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Ratko Mladic arrêté (2)

vendredi 27 mai 2011


L’arrestation de Ratko Mladic a été accueillie à la satisfaction générale de la "Communauté internationale". Aucun dirigeant politique, aucune ONG, aucun média sérieux n’a voulu manquer l’occasion rare de célébrer une victoire de la justice internationale.

En Serbie, seul le parti radical de Seselj a carrément dénoncé l’opération. Son dirigeant, Dragan Todorovic, a noté que le procès de Mladic pouvait menacer l’existence de la RS. Le leader du principal parti d’opposition SNS (parti progressiste serbe), Tomislav Nikolic, se tient plutôt dans une expectative embarrassée face au Président Boris Tadic qui assume la responsabilité de ce qu’il considère comme un acte fondateur, de clôture d’un chapitre de l’histoire de la Serbie, de réconciliation régionale et d’ouverture vers l’intégration à l’Union européenne. C’est ce dernier aspect qui est le plus mis en relief en Serbie et ailleurs. On relève particulièrement l’opportunité du moment de cette arrestation, qui rend caduc le rapport négatif que le Procureur en chef du TPIY Serge Brammertz, avait rédigé pour le Conseil de Sécurité, de même que se trouve satisfaite la principale, sinon la seule condition que posait Bruxelles à l’acceptation de la candidature serbe à l’UE. Catherine Ashton n’a pu qu’en prendre acte au cours de sa visite à Belgrade. Le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, se trouve très isolé lorsqu’il émet la réserve que l’arrestation de Mladic ne signifie pas automatiquement pour la Serbie l’adhésion à l’UE.

L’opinion est beaucoup moins euphorique en Bosnie-Herzégovine. En RS, Milorad Dodik et ses proches commentent sobrement l’événement en estimant que l’arrestation de Mladic et son transfèrement à La Haye ne sont que l’application des accords de Dayton. Ils espèrent que le procès sera équitable et que les auteurs des crimes commis contre les Serbes seront traités de la même manière que Mladic. Le président du SP (parti socialiste) Petar Djokic, allié de Milorad Dodik, pense que l’arrestation de Mladic n’est pas une bonne nouvelle, tandis que Dragan Cavic, dirigeant du DP (parti démocrate, d’opposition) parle de "pilule amère". D’autres réactions et déclarations sont plus violentes, comme celles d’associations d’anciens combattants qui déplorent la honte et crient à la trahison. Des posters dans ce sens sont apparus sur les murs de Banja Luka où doit se tenir le 31 mai un rassemblement de protestation

La tonalité est évidemment très différente dans la Fédération, mais l’heure est plus au contentement du type "il vaut mieux tard que jamais" qu’à l’allégresse. Si certains accueillent avec intérêt les déclarations de Boris Tadic sur les promesses de réconciliation que contiendrait l’arrestation de Mladic, d’autres s’interrogent sur le retard calculé et le moment précis de cet acte, finalement imposé par l’Union européenne. En BH comme ailleurs, on s’étonne que l’ancien chef militaire des Serbes de Bosnie ait pu séjourner aussi longtemps, sans être inquiété, chez des parents qui portent le même nom que lui. Boris Tadic a beau s’offusquer des doutes soulevés par ce manque flagrant de compétence des services de sécurité serbes, il peine à convaincre. Sans être passé par des écoles de police, chacun sait que les recherches dans les milieux familiaux sont les premières à faire pour retrouver des fugitifs.

Boris Tadic, qui a fait de l’adhésion à l’Union européenne l’axe central de sa politique, a le droit de savourer les louanges qui lui sont adressés, sinon de partout, du moins de la part des dirigeants européens et américains. Mladic à La Haye lui permet d’attendre avec optimisme la réunion du Conseil européen de la fin de l’année, qui aura à décider de la candidature de la Serbie à l’UE. L’éclat de l’événement éclipse les autres côtés, moins reluisants, de la politique serbe dans la région, et notamment la situation plus que précaire de la Bosnie-Herzégovine, qui n’est pourtant que le fruit des crimes commis par Mladic sous l’autorité de Milosevic. Lorsque les dirigeants de la RS mettent en cause, dans les faits, l’unité de la Bosnie-Herzégovine et qu’ils sont soutenus par Belgrade, on peut légitimement établir la comparaison avec les guerres et épurations ethniques qui ont détruit la BH, sous la direction du trio Milosevic-Mladic-Karadzic, avec la différence heureusement importante que maintenant, c’est la politique qui est la continuation de la guerre par d’autres moyens, et non le contraire comme dans les années 90. S’il est très bien que la Serbie finisse par livrer Mladic, apparemment très mal en point, à la justice internationale, il serait aussi bien qu’elle cesse de soutenir Dodik dans son entreprise de désintégration de la Bosnie-Herzégovine.

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