Association Sarajevo http://www.association-sarajevo.org/ fr SPIP - www.spip.net Association Sarajevo http://www.association-sarajevo.org/IMG/siteon0.jpg http://www.association-sarajevo.org/ 253 581 Recompositions gouvernementales en Serbie et en Bosnie-Herzégovine http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article824 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article824 2012-06-29T14:48:50Z text/html fr Maurice LAZAR Pour spectaculaire que soit l'accès au premier rang de la politique serbe d'Ivica Dacic, qui cumulera les fonctions de Premier ministre et de ministre de l'intérieur du gouvernement qui sera prochainement constitué à Belgrade, la promotion de l'ancien porte-parole du SPS (parti socialiste serbe) du temps de Milosevic n'a rien de surprenant. Avec le franc-parler, ou si l'on préfère, le cynisme qu'on lui connaît, celui qui apparaissait déjà comme l'homme fort du gouvernement sortant à (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique27" rel="directory">Europe du Sud-Est</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">Pour spectaculaire que soit l'accès au premier rang de la politique serbe d'Ivica Dacic, qui cumulera les fonctions de Premier ministre et de ministre de l'intérieur du gouvernement qui sera prochainement constitué à Belgrade, la promotion de l'ancien porte-parole du SPS (parti socialiste serbe) du temps de Milosevic n'a rien de surprenant. Avec le franc-parler, ou si l'on préfère, le cynisme qu'on lui connaît, celui qui apparaissait déjà comme l'homme fort du gouvernement sortant à direction démocrate n'avait pas caché, après les élections serbes du mois de mai, qu'il se donnerait à celui, de l'un ou l'autre camp, qui lui offrirait les conditions les plus avantageuses. Entre l'ancien président battu Boris Tadic et le nouvel élu Tomislav Nikolic, l'intérêt a vite fait pencher la balance en faveur du dernier, d'autant qu'il concordait avec l'alliance nouée dans les années 90 entre les deux courants dont sont issus les deux têtes du nouvel exécutif serbe, le national-communisme de Slobodan Milosevic et l'ultra-nationalisme de Vojislav Seselj, Dacic étant devenu « socialiste » et Nikolic « progressiste ». Les visites en Russie de Dacic et Nikolic aux lendemains de la victoire électorale de celui-ci et le succès de celui-là, sont sans doute pour quelque chose dans le renversement d'alliances qui s'est si facilement opéré à Belgrade, au détriment des démocrates de Boris Tadic. Celui-ci avait largement contribué au retour en force des anciens partisans de Milosevic en acceptant de passer l'éponge sur leur passé.</p> <p class="spip">Le Président Nikolic et son futur Premier ministre Dacic ont beau proclamer qu'ils maintiendront la politique pro-européenne et de réconciliation régionale menée - avec bien des ambiguïtés- par Boris Tadic, ils auront du mal à persuader leurs voisins de leur bonne foi. Ivica Dacic s'est, quant à lui, clairement prononcé pour une partition du Kosovo et pour, à terme, le rattachement de la Republika Srpska à la Serbie.Un des prétextes à la rupture de son accord avec les démocrates de Tadic a d'ailleurs été que celui-ci envisageait de joindre à sa coalition le LDP (parti libéral démocrate) de Cedomir Jovanovic, coupable d'avoir abandonné le Kosovo et considéré la RS comme le fruit d'un génocide. C'est dire le problème que persistera de poser le Kosovo et la menace qui continuera de peser sur la Bosnie-Herzégovine du fait de l'appui renforcé de Belgrade à la politique destructrice de Dodik et des dirigeants de la RS.</p> <p class="spip">La Bosnie-Herzégovine a elle-même été aussi le théâtre d'une recomposition gouvernementale, encore en cours. Ici, c'est l'alliance entre les deux principaux partis de la Fédération croato-bosniaque, le SDP (parti social-démocrate) présidé par Zlatko Lagumdzija et le SDA (parti fondé par Alija Izetbegovic) qui a volé en éclats et provoqué des réactions en chaîne, à la suite du refus du SDA de voter un budget de rigueur. Lagumdzija a fait expulser du gouvernement central les ministres SDA, pour les faire remplacer par ceux d'un autre parti nationaliste bosniaque minoritaire, le SBB (Union pour un meilleur avenir), faisant entrer dans ce gouvernement, comme ministre de la sûreté, le dirigeant de ce parti, Fahrudin Radoncic , patron de presse et homme d'affaires réputé « sulfureux » en raison de diverses relations douteuses. Le SDP y gagne un nouveau ministère, celui de la défense, mais guère en crédibilité, d'autant plus que ce changement a entraîné une crise dans les instances de l'exécutif de la Fédération. Deux partis croates minoritaires y sont remplacés par les nationalistes croates majoritaires des deux partis HDZ, jusqu'ici dans une opposition acharnée à la majorité dirigée par le SDP, en principe d'orientation civique. Les deux branches du HDZ sont ainsi associées au SDP aussi bien au niveau de la Fédération qu'au niveau central où se retrouvent les six principaux partis bosniens, deux partis nationalistes croates, deux partis nationalistes serbes, un parti nationaliste bosniaque et un parti se présentant comme multiethnique d'orientation civique, ce qui donne la mesure des contradictions qui minent cette coalition. Autrement dit, il ne s'agit pas d'un gouvernement central qui met en œuvre une politique cohérente mais d'une répartition de postes et des sinécures qui les accompagnent, donnant l'apparence d'un appareil administratif chargé d'assurer le minimum des tâches qu'attendent de lui les autorités internationales qui ont imposé à la BH le statut insoutenable des accords de Dayton. C'est de ce gouvernement que le Commissaire à l'élargissement de l'UE Stefan Fule, qui a réuni le 27 juin à Bruxelles tous les dirigeants politiques bosniens, espère obtenir le respect d'un agenda des réformes nécessaires à l'adhésion à l'UE. Outre que les circonstances actuelles rendent cette perspective plus éloignée que jamais, la diversité des positions des partis qui se partagent les pouvoirs en BH les empêche de « parler d'une seule voix » comme le souhaite l'UE, sans compter l'orientation bien plus pro-russe que pro-européenne des dirigeants de la RS, à l'instar de la nouvelle équipe gouvernementale en formation à Belgrade.</p> <p class="spip">Ivica Dacic a promis, devant l'évidence de la reconstitution de l'échiquier politique serbe des années 90, que cette nouvelle équipe ne reviendrait pas à la politique de ce temps. Il entendait sans doute par là qu'elle ne recourrait plus à la violence déchaînée par Belgrade dans cette période. Mais ce n'est qu'une question de méthode. Sur le fond, le refus de l'indépendance du Kosovo, le discours sur la défense de la RS et plus généralement l'orientation générale de la politique de Milosevic et ses responsabilités dans les crimes commis, aucun de ces sujets n'est renié ou remis en cause et c'est face à tout cela que l'Union européenne fait semblant de croire que tout continue, ou presque, de bien aller en Serbie. Si les ambiguïtés et le double langage de Boris Tadic pouvaient, à la rigueur, donner le change, comment continuer de se fier aux bonnes paroles de Nikolic et de Dacic ?</p> <p class="spip">Association Sarajevo</p></div> Rapport du Haut-Représentant Valentin Inzko sur la Bosnie-Herzégovine http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article822 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article822 2012-05-21T14:46:25Z text/html fr Maurice LAZAR Le Haut-Représentant de la Communauté internationale en Bosnie-Herzégovine, Valentin Inzko, a présenté le 15 mai au Conseil de Sécurité des Nations-Unies son rapport semestriel. Réduit de fait au rôle d'observateur d'une situation sur laquelle il n'a aucune prise, ce diplomate qui connaît bien le pays en dresse un tableau réaliste. <br />Dans le domaine politique, les progrès constatés depuis le rapport de novembre 2011 ont vite été énumérés : un gouvernement a enfin été formé, le budget pour (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique19" rel="directory">sur la B.H.</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">Le Haut-Représentant de la Communauté internationale en Bosnie-Herzégovine, Valentin Inzko, a présenté le 15 mai au Conseil de Sécurité des Nations-Unies son rapport semestriel. Réduit de fait au rôle d'observateur d'une situation sur laquelle il n'a aucune prise, ce diplomate qui connaît bien le pays en dresse un tableau réaliste.</p> <p class="spip">Dans le domaine politique, les progrès constatés depuis le rapport de novembre 2011 ont vite été énumérés : un gouvernement a enfin été formé, le budget pour l'année 2011 (il s'agit bien de 2011, car celui pour 2012 est toujours en attente) a enfin été adopté, les lois relatives à l'aide de l'Etat et au recensement ont enfin été votées, après des années de mise en demeure par l'UE ; le règlement de la question de la propriété des biens militaires et des biens, qui traîne lui aussi depuis longtemps, a fait l'objet d'un accord entre les 6 partis gouvernementaux, mais cet accord reste à formaliser.</p> <p class="spip">Pour ce qui est de la mission spécifique du Haut-Représentant, qui est de veiller à l'exécution des accords de Dayton par le bon fonctionnement des institutions dans le respect de l'intégrité et de la souveraineté du pays, on peut citer quelques lignes du rapport, qui sont autant d'accusations transparentes contre les dirigeants de la « Republika Srpska », les deux partis croates nationalistes ,HDZ-BiH et HDZ-199O étant seulement mentionnés pour « toujours contester la légalité et la légitimité du gouvernement au pouvoir dans la Fédération croato-bosniaque » :</p> <p class="spip">« Les développements positifs ont fait oublier plusieurs menaces qui ont continué de peser sur l'Accord cadre général pour la paix, notamment les efforts déployés par certains pour remettre en cause l'intégrité territoriale du pays et pour revenir sur les réformes liées à l'application de l'Accord. …............................................................................................................................................................ De hauts responsables ont admis publiquement qu'ils cherchaient délibérément à entraver le fonctionnement des institutions de Dayton. …............................................................................................................................................................, Ces déclarations jettent un doute sur l'attachement des hauts dirigeants concernés à l'ordre constitutionnel de la BH, notamment à la souveraineté et l'intégrité territoriale de ce pays, et par extension, à l'accord de paix. …............................................................................................................................................................ Je reste préoccupé par le fait que de hauts responsables de la RS continuent de contester qu'un génocide a été commis à Srebrenica en 1995 comme l'ont confirmé la CIJ et le TPIY ».</p> <p class="spip">Ces appréciations sont accompagnées de citations appropriées de déclarations de Milorad Dodik, qui en a produit d'autres après la publication du document, toutes dans le sens d'une dissolution de la BH.</p> <p class="spip">Il serait souhaitable que les responsables de l'UE et des capitales européennes tiennent compte de ce rapport pour évaluer et modifier leurs relations avec les dirigeants de la RS, alors qu'ils disposent d'un dispositif de sanctions parfaitement applicables aux manquements relevés par le Haut-représentant Valentin Inzko.</p> <p class="spip">Ce rapport devrait aussi avoir des répercussions sur l'attitude des gouvernements européens à l'égard de la Serbie, dont les nouvelles autorités ne ménageront certainement pas un appui moindre aux dirigeants de la RS que le président battu Boris Tadic qui a, avec constance, manifesté son plein soutien à Milorad Dodik. De ce point de vue, l'élection surprise de Tomislav Nikolic, le « nationaliste », au détriment de Boris Tadic, l' « européen », ne changera pas grand-chose , l'un et l'autre partageant les mêmes valeurs de la « serbité » et de l' « européanisme ». Il est certes regrettable pour les démocrates de Serbie de voir réapparaître au premier plan un ancien partisan de Seselj, mais ils avaient déjà en bonne place, au pouvoir, en la personne d'Ivica Dacic, un ancien fidèle de Milosevic, qu'ils garderont quelle que soit la combinaison gouvernementale qui sortira des tractations post-électorales, car c'est le SPS (parti socialiste serbe) fondé par Milosevic, qui en détient les clés, pouvant s'allier, au gré de ses intérêts, aux démocrates de Tadic ou aux radicaux de Nikolic.</p> <p class="spip">Association Sarajevo</p></div> On a aussi voté en Serbie http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article821 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article821 2012-05-08T12:26:49Z text/html fr Maurice LAZAR Il y a aussi eu, le 6 mai, des élections en Serbie, regroupant le même jour celles concernant le Président de la République, l'Assemblée nationale et les municipalités. <br />Boris Tadic, Président sortant et dirigeant du Parti démocrate (DS) retrouvera le 20 mai, pour un deuxième tour, le leader du Parti progressiste serbe (SPS, issu d'une scission du parti radical de Seselj) Tomislav Nikolic, chacun ayant recueilli environ un quart des suffrages, avec une légère avance pour le (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique27" rel="directory">Europe du Sud-Est</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">Il y a aussi eu, le 6 mai, des élections en Serbie, regroupant le même jour celles concernant le Président de la République, l'Assemblée nationale et les municipalités.</p> <p class="spip">Boris Tadic, Président sortant et dirigeant du Parti démocrate (DS) retrouvera le 20 mai, pour un deuxième tour, le leader du Parti progressiste serbe (SPS, issu d'une scission du parti radical de Seselj) Tomislav Nikolic, chacun ayant recueilli environ un quart des suffrages, avec une légère avance pour le premier. Avec ses jolis scores de 14 % aux présidentielles et de plus de 17% aux législatives, le vice-président et ministre de l'intérieur Ivica Dacic, chef du Parti socialiste de Serbie (SPS) fondé Milosevic, dont il fut le porte-parole pendant les années 90, désignera le vainqueur de la course. Il a indiqué qu'il se prononcera en faveur de celui qui lui aura promis le poste de Premier ministre, sa préférence allant d'abord à Boris Tadic avec lequel il a conclu l'accord qui a permis à la coalition actuelle de gouverner le pays depuis les dernières élections.</p> <p class="spip">Le résultat des élections législatives met l'homme fort du gouvernement sortant en position de choisir n'importe laquelle des combinaisons politiques possibles, à condition qu'elle lui offre la direction du gouvernement. L'européisme affiché par toutes les formations représentées à l'Assemblée, à l'exception du Parti démocratique de Serbie (DSS) de Vojislav Kostunica, et le nationalisme plus ou moins tempéré de toutes, à l'exception du Parti libéral-démocrate (LDP) de Cedomir Jovanovic (20 sièges de députés sur 250) permettent de former des majorités très diverses axées, à des degrés variables, sur l'entrée dans l'UE et la préservation des « intérêts du peuple serbe », c'est-à-dire le refus de la reconnaissance de l'indépendance du Kosovo et la défense de la « Republika Srpska » et de ses dirigeants, avec tout ce que cela représente comme menaces sur l'intégrité de la Bosnie-Herzégovine. Ivica Dacic s'est, sur ces sujets, montré le plus explicite en se prononçant clairement pour la partition du Kosovo et la réunion, à terme, de la RS à la Serbie.</p> <p class="spip">Ces considérations n'ont pas empêché le chef de la délégation de l'UE pour la Serbie, Vincent Degert, de se féliciter des bons résultats obtenus par les partis pro-européens. Formellement, il n'a pas tort puisque, sauf le DSS de Vojislav Kostunica et ses 21 députés, tous les partis représentés à l'Assemblée se disent pro-européens. Le parti radical ultra-nationaliste de Seselj n'a même pas pu atteindre la barre des 5%. Mais que penser de l'attachement aux « valeurs européennes » d'un parlement et d'un gouvernement qui dépendraient de partis et de dirigeants qui n'ont jamais remis fondamentalement en cause la politique qui a mené aux désastres des guerres yougoslaves et dont les positions actuelles sont grosses de tous les dangers pour la région ? Le successeur non repenti de Milosevic à la tête du gouvernement serbe, cela n'aurait aucune signification et aucune importance ?</p> <p class="spip">Association Sarajevo</p></div> Vingtième anniversaire du début de la guerre en Bosnie-Herzégovine et du siège de Sarajevo http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article820 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article820 2012-04-04T16:54:44Z text/html fr Maurice LAZAR La commémoration du début officiel de la guerre en Bosnie-Herzégovine, le 6 avril 1992, et du siège de Sarajevo, le 2 mai, sera marquée cette année par des manifestations exceptionnelles organisées par la municipalité de Sarajevo, avec la participation de nombreuses personnalités étrangères, notamment dans le cadre du projet « Sarajevo 2012 » lancé à l'initiative de Rémy Ourdan, chef du service international du « Monde », qui a couvert les événements sur place durant 4 ans, comme (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique19" rel="directory">sur la B.H.</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">La commémoration du début officiel de la guerre en Bosnie-Herzégovine, le 6 avril 1992, et du siège de Sarajevo, le 2 mai, sera marquée cette année par des manifestations exceptionnelles organisées par la municipalité de Sarajevo, avec la participation de nombreuses personnalités étrangères, notamment dans le cadre du projet « Sarajevo 2012 » lancé à l'initiative de Rémy Ourdan, chef du service international du « Monde », qui a couvert les événements sur place durant 4 ans, comme correspondant de diverses radios, puis de ce journal.</p> <p class="spip">Le siège, qui a duré 1395 jours, est considéré comme le plus long de l'histoire moderne. 11541 personnes, dont environ 1600 enfants, ont péri sous les tirs et les bombardements des forces militaires serbes placées sous le contrôle ou l'autorité du régime de Milosevic et de ses subordonnés locaux. La guerre, dans son ensemble, a causé une centaine de milliers de morts, la plupart civiles, et provoqué le déplacement de la moitié de la population à l'intérieur ou à l'extérieur du pays, dont elle a détruit l'unité forgée au cours des siècles. Le massacre de Srebrenica, qualifié de génocide par le Tribunal pénal international et la Cour internationale de justice a représenté le condensé et le couronnement de la politique d'agression et de purification ethnique menée par le régime de Milosevic et ses affidés. Si l'on ne peut attribuer aux dirigeants serbes de l'époque la responsabilité exclusive de la désintégration de la Fédération yougoslave, la majorité des historiens et les juges internationaux s'accordent sur le rôle prépondérant du nationalisme serbe dans le processus qui a abouti aux conflits meurtriers des années 90. La Bosnie-Herzégovine en a payé le plus lourd tribut, mais aucun des pays de l'ex-Yougoslavie n'en est sorti indemne, à des degrés divers.</p> <p class="spip">L'importance de ce vingtième anniversaire devrait retentir au-delà des frontières de la Bosnie-Herzégovine. L' « expérience de la Bosnie », comme on l'appelle, est en effet souvent invoquée, avec celle du Rwanda, comme l'exemple de ce que la « Communauté internationale »- terme commode pour diluer les responsabilités- ne doit pas faire lorsque un pays ou une population se trouvent en butte à une agression interne ou étrangère. Chaque situation étant spécifique, une réponse définitive et péremptoire est sans doute impossible. Mais en l'occurrence, il est certain que c'est l'Europe instituée, alors dénommée Communauté européenne, et en son sein ses principales puissances, la France au premier rang, qui par incapacité, impuissance, aveuglement ou quelque autre infirmité, se sont rendues coupables de non-assistance à peuples en danger. Il était visible, dès l'automne 1991, avec la destruction de Vukovar et le refus de la Serbie de Milosevic d'accepter l'arbitrage de la Conférence de La Haye, que la seule manière de juguler les conflits armés, à ce moment encore limités, était d'exercer une pression résolue sur Belgrade, avec menace de sanction crédible, pour lui imposer l'arrêt des hostilités et l'acceptation d'un accord de type confédéral, le seul envisageable et dans cette période, possible et applicable. On a préféré « laisser le temps au temps » faire son œuvre et ne rien entreprendre en renvoyant la recherche d'une solution à un Conseil de sécurité des Nations Unies paralysé par le véto que la Russie oppose toujours dans les cas analogues. Cette démission n'est sans doute pas pour rien dans la perte de confiance dans les valeurs et l'efficacité de l'Union européenne dont on constate chaque jour les effets, sur tous les plans.</p> <p class="spip">S'il est sans doute vain de demander aux responsables européens de revenir sur ce passé et de reconnaître les fautes de leurs prédécesseurs, il est par contre nécessaire d'exiger d'eux qu'ils n'abandonnent pas une nouvelle fois la Bosnie-Herzégovine au sort que lui destinent les mêmes forces nationalistes qui, hier usaient de la violence et aujourd'hui misent sur le pourrissement de la situation, pour parvenir à leurs fins, c'est-à-dire à la dissolution du pays par sa partition en territoires ethniquement purs, contraire à son histoire comme aux valeurs européennes, et de plus, grosse de tous les dangers pour la paix en Europe. De ce point de vue, il faut souligner le contraste entre la célébration le 9 janvier, à Banja Luka, de vingtième anniversaire de la création de ce qui allait devenir la « Republika Srpska », à l'origine de la guerre de Bosnie, et la commémoration prévue à Sarajevo, du début de cette guerre et du siège de la ville où allait se manifester la résistance à cette tentative d'instaurer en Europe un ordre fondé sur la séparation et le découpage « ethniques » des populations et des territoires. A Banja Luka se sont rassemblés le ban et l'arrière ban de toutes les autorités politiques, religieuses et culturelles serbes, de Serbie et de RS, pour communier dans le culte du nationalisme, à Sarajevo se retrouveront les acteurs, les témoins et les héritiers d'un autre combat, celui pour une société ouverte et démocratique, qui reste à construire en Bosnie-Herzégovine.</p> <p class="spip">Le paradoxe de la situation est que dans la course engagée par les pays de la région pour se rapprocher de l'Union européenne dans le but, illusoire ou non, de trouver des avantages à leur adhésion, le pays qui a actuellement le vent en poupe est la Serbie et le bon dernier, la Bosnie-Herzégovine. Sans user de l'argument de la morale, il est facile de montrer que, sur bien des points essentiels, la Serbie n'a pas réellement rompu avec sa politique des années Milosevic. C'est vrai sur le plan des personnes, avec la forte présence gouvernementale d'Ivica Dacic, chef du SPS (parti socialiste de Serbie, fondé par Milosevic) dont il fut le porte-parole pendant toutes les guerres yougoslaves. C'est vrai en ce qui concerne le Kosovo, dont la Serbie ne se résigne pas à reconnaître que cette « province » s'est définitivement détachée d'elle. C'est aussi vrai de la Bosnie-Herzégovine, avec le soutien de Belgrade aux autorités de la RS et de son président Milorad Dodik qui continue d'afficher son objectif de voir le pays disparaître en tant qu'Etat. En fait de « coopération régionale », condition imposée par Bruxelles pour adhérer à l'UE, on peut attendre mieux. S'il est incontestable que la Serbie a vocation, comme tous les pays des « Balkans occidentaux », à l'adhésion à l'UE, l'impératif de la « coopération régionale » ne doit pas être oublié. Sur ce point et s'agissant de la Bosnie-Herzégovine la récente résolution du Parlement européen relative à l'élargissement de l'UE à la Serbie le rappelle heureusement dans son alinéa 43 qui, entre autres « demande au gouvernement serbe de s'assurer que ses relations directes avec les autorités de la Republika Srpska soient conformes avec ce soutien affiché et ne nuisent pas à l'intégrité, à la souveraineté, aux compétences ou au fonctionnement effectif de l'État de Bosnie Herzégovine ; en outre, invite instamment les autorités serbes à soutenir les réformes menées en Bosnie-Herzégovine pour renforcer et moderniser les institutions du pays avec, en perspective, les réformes liées à l'Union européenne »</p> <p class="spip">Si la Bosnie-Herzégovine se trouve dans l'état déplorable qui est le sien, et indépendamment de la faiblesse de sa classe politique, qui n'est pas un cas unique en Europe, c'est bien du fait du système politique non viable qui lui a été imposé par les accords de Dayton, qui eux-mêmes n'ont pas été, quoi qu'on en dise, inventés par les Américains, dont le seul « mérite » est d'avoir réussi à les faire accepter. Dans l'importante thèse de Thierry Tardy intitulée « La France et la gestion des conflits yougoslaves ,1991-1995 » ( Bruxelles,Ed. Bruylant, 1999), l'auteur remarque à juste titre que « l'accord de Dayton reprend très largement le plan Juppé-Kinkel présenté à l'automne 1993 et repris ensuite par le Groupe de contact » (p.302). La principale responsable du désastre de la guerre en BH est bien l'UE et c'est à elle qu'il revient de le réparer autant que faire se peut. Vingt ans après le début de cette guerre infâmante pour l'Europe, il serait temps que Bruxelles et les capitales européennes prennent la mesure des périls que fait peser le problème irrésolu de la BH, non seulement pour le pays et la région, mais pour l'Europe tout entière. Sa résolution passe par la refondation du système politico-institutionnel de BH dans le sens maintes fois indiqué par les organismes européens, refondation qui dépend elle-même du retrait des exigences des dirigeants de la RS soutenus par Belgrade. C'est de Belgrade qu'est partie la guerre, c'est de Belgrade que doit être exigée sa fin réelle.</p> <p class="spip">Association Sarajevo</p></div> Les viols pendant la guerre en Bosnie-Herzégovine http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article819 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article819 2012-03-29T15:34:41Z text/html fr Maurice LAZAR La justice n'a toujours pas été rendue aux femmes victimes de viol pendant la guerre en Bosnie-Herzégovine <br />Il est temps que le gouvernement de Bosnie-Herzégovine traduise dans les faits l'engagement qu'il a pris en 2010 de garantir justice, vérité et réparation pour les centaines de victimes de violences sexuelles commises pendant la guerre, souligne Amnesty International dans un rapport publié jeudi 29 mars. <br />Il est temps que le gouvernement de Bosnie-Herzégovine traduise dans les faits (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique19" rel="directory">sur la B.H.</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">La justice n'a toujours pas été rendue aux femmes victimes de viol pendant la guerre en Bosnie-Herzégovine</p> <p class="spip">Il est temps que le gouvernement de Bosnie-Herzégovine traduise dans les faits l'engagement qu'il a pris en 2010 de garantir justice, vérité et réparation pour les centaines de victimes de violences sexuelles commises pendant la guerre, souligne Amnesty International dans un rapport publié jeudi 29 mars.</p> <p class="spip">Il est temps que le gouvernement de Bosnie-Herzégovine traduise dans les faits l'engagement qu'il a pris en 2010 de garantir justice, vérité et réparation pour les centaines de victimes de violences sexuelles commises pendant la guerre, souligne Amnesty International dans un rapport publié jeudi 29 mars.</p> <p class="spip">« Près de deux décennies après la fin de la guerre, des centaines de femmes continuent de vivre avec les conséquences du viol et d'autres formes de torture, sans avoir accès comme il se doit à l'aide médicale, psychologique et financière dont elles ont besoin pour reconstruire leur vie brisée. Pendant ce temps, la plupart des responsables présumés restent impunis », a déclaré Jezerca Tigani, directrice adjointe du programme Europe et Asie centrale d'Amnesty International.</p> <p class="spip">Le rapport d'Amnesty International, intitulé Old Crimes, Same Suffering : No justice for survivors of wartime rape in north-east Bosnia and Herzegovina, se penche sur la situation actuelle des femmes victimes de viol au cours de la guerre vivant dans le canton de Tuzla (nord-est du pays), qui illustre les problèmes rencontrés par les victimes pour accéder à leurs droits au niveau local.</p> <p class="spip">Pendant le conflit qui a duré de 1992 à 1995, Tuzla était considéré comme un « lieu sûr » et des milliers de victimes de crimes de violence sexuelle commis par les forces armées serbes s'y sont réfugiées. Beaucoup y sont restées après la guerre car elles n'ont pas pu ou pas voulu retourner chez elles en Republika Srpska, région de Bosnie à majorité serbe aujourd'hui.</p> <p class="spip">Il y a seulement deux ans, après des années d'intenses pressions exercées par plusieurs organisations locales et internationales de la société civile, dont Amnesty International, le gouvernement de Bosnie-Herzégovine s'est enfin engagé à garantir les droits des victimes en promettant de mettre au point un « programme national en faveur des femmes victimes de violences sexuelles pendant ou après le conflit », mais en raison de l'impasse politique qui perdure au niveau de l'État, ce programme n'a toujours pas été finalisé ni adopté.</p> <p class="spip">« Le nouveau gouvernement, formé fin 2011, doit encore montrer sa volonté d'adopter et de mettre en œuvre les engagements pris par ses prédécesseurs. C'est une priorité urgente, a insisté Jezerca Tigani.</p> <p class="spip">« Les responsables politiques de haut niveau, en particulier ceux de la Republika Srpska, doivent reconnaître le fait que des crimes de violence sexuelle ont été commis à grande échelle durant la guerre. »</p> <p class="spip">De nombreux crimes de droit international, tels que le viol et les autres formes de torture, l'esclavage sexuel, la disparition forcée et la détention arbitraire, ont été commis au cours du conflit en Bosnie-Herzégovine.</p> <p class="spip">Les victimes vivant aujourd'hui à Tuzla ont parlé à Amnesty International des graves problèmes physiques et psychologiques qu'elles continuent de rencontrer, parmi lesquels figurent l'état de stress post-traumatique, l'anxiété, les maladies sexuellement transmissibles, le diabète, l'hypertension et l'insomnie. Très peu d'entre elles bénéficient d'une assurance maladie suffisante pour faire face à leurs pathologies spécifiques, ce qui limite leur accès aux services de santé dont elles ont absolument besoin, et la plupart ne peuvent pas payer tous les médicaments qu'il leur faut.</p> <p class="spip">Aucun des responsables directs des crimes commis contre les victimes interrogées au cours des recherches d'Amnesty International n'a été traduit en justice. Sur les dizaines de milliers d'affaires de crimes de violence sexuelle commis pendant la guerre, moins de 40 ont été jugées par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie à La Haye ou par les tribunaux nationaux bosniaques. Le rapport met en évidence le fait que le système judiciaire bosniaque, complexe, organisé sur plusieurs niveaux et manquant de moyens, entrave la progression des procédures pénales, ce qui prive les victimes de leur droit d'obtenir justice.</p> <p class="spip">« Le manque de ressources et de compétence des organismes locaux d'action sociale et de santé est à l'origine de graves lacunes et incohérences dans la manière dont ils fournissent les services de réadaptation indispensables aux victimes de violence sexuelle pendant la guerre, ce qui a pour effet de priver ces femmes de leur droit à la réadaptation – une partie essentielle des réparations auxquelles elles ont droit, a ajouté Jezerca Tigani.</p> <p class="spip">« Les droits des victimes doivent être une priorité pour les autorités centrales et locales. Les institutions locales ont besoin de moyens et de recommandations du gouvernement central pour apporter une aide directe aux femmes. Jusqu'ici, les victimes ont dû s'en remettre à l'aide psychosociale et médicale des ONG destinées aux femmes à Tuzla, dont la détermination à fournir des soins excellents et hautement spécialisés à ces femmes malgré d'immenses obstacles est remarquable.</p> <p class="spip">« Il a fallu plus de dix ans pour que les autorités bosniaques reconnaissent leurs obligations internationales envers les personnes victimes de viol pendant la guerre. Combien de temps leur faudra-t-il pour surmonter l'impasse politique et le désaccord sur la répartition des compétences entre l'État et les collectivités locales afin de mettre en œuvre leurs engagements ? Combien de temps encore les milliers de femmes victimes se verront-elles encore dire qu'elles doivent attendre leurs droits d'obtenir justice, vérité et réparation ? »</p> <p class="spip">Témoignages J'ai survécu, mais je suis la seule à savoir comment. Il est très difficile de vivre, mais je dois vivre et je fais de mon mieux. Tout ce que je fais est pour mes enfants, afin qu'ils aient une meilleure vie, qu'ils ne souffrent pas. Mais nous devons nous battre pour nos droits. Nous ne pouvons pas attendre que quelqu'un nous aide. C'est ainsi, voilà tout. (I., Tuzla)</p> <p class="spip">Je me souviens de tout et j'aimerais que ce ne soit pas le cas. Je me souviens de la torture. Ils m'ont battue jusqu'à ce que je ne puisse plus me lever. Ils venaient et m'emmenaient seule, puis je me retrouvais avec l'homme dans une pièce. J'ai été détenue pendant trois mois. J'ignorais où mes enfants se trouvaient. Je rêve toutes les nuits de ce qui s'est passé. Même avec ces comprimés, je fais ces rêves. Je suis retournée chez mon fils. Je vis avec lui, son épouse et leur fille de cinq ans. Nous pouvons à peine survivre avec ma pension. Mon fils et son épouse n'ont pas de revenus et n'ont pas la possibilité de trouver du travail ici. Je n'ai pas d'assurance maladie ici, alors je parcours 100 km jusqu'à Tuzla pour voir un docteur et suivre ma thérapie à Vive Zene. (M., qui est rentrée de Tuzla, où elle vivait en tant que personne déplacée depuis 2003, à Zvornik, en Republika Srpska, il y a plusieurs années)</p> <p class="spip">L. vivait dans le village près de Zvornik, dans le nord-est de la Bosnie-Herzégovine. Elle était enceinte et avait un fils d'un an quand la guerre a débuté. Son mari était en Croatie pour son travail à l'époque. Lorsque le village a été occupé par les paramilitaires serbes, elle s'est enfuie et s'est cachée dans les bois pendant presque un an avec d'autres villageois des environs. Cependant, en janvier 1993, ils ont commencé à se diriger vers Tuzla pour chercher de la nourriture et un abri. L. et son fils ont été séparés du groupe et elle s'est évanouie, épuisée. Elle s'est réveillée dans un hôpital à Zvornik, entourée de soldats serbes. On lui a dit que son fils était mort. L. était également enceinte de huit mois à ce moment-là. Elle a expliqué à Amnesty International que les soldats l'avaient torturée et que, à cause des violents coups qui lui avaient été infligés, elle avait perdu son bébé. Par la suite, elle a été détenue secrètement dans trois camps successifs à Zvornik et près de Bijeljina, où elle a été violée à plusieurs reprises. Elle a finalement été libérée dans le cadre d'un échange de prisonniers. Elle s'est rendue à Tuzla, où elle a fini par retrouver son mari. Elle a eu deux enfants après la guerre. Les expériences qu'elle a vécues pendant la guerre lui ont laissé de nombreux problèmes physiques et mentaux chroniques, mais c'est toujours elle qui s'occupe principalement de ses enfants, de son mari et de ses beaux-parents.</p> <p class="spip">29 mars 2012</p></div> La Bosnie-Herzégovine vue du Parlement européen http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article817 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article817 2012-03-16T12:27:06Z text/html fr Maurice LAZAR Le Parlement européen a adopté le 14 mars 2012 une longue résolution sur l'élargissement de l'Union européenne à la Bosnie-Herzégovine. On en trouvera le texte intégral sur le site de l'Association Sarajevo www.association-sarajevo.org en date du 16 mars. <br />Le document récapitule, en les résumant, la plupart des maux qui accablent le pays et indique les pistes qui lui permettraient de sortir de l'ornière, en s'engageant simultanément sur la voie de l'intégration européenne. Il reprend en les (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique19" rel="directory">sur la B.H.</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">Le Parlement européen a adopté le 14 mars 2012 une longue résolution sur l'élargissement de l'Union européenne à la Bosnie-Herzégovine. On en trouvera le texte intégral sur le site de l'Association Sarajevo www.association-sarajevo.org en date du 16 mars.</p> <p class="spip">Le document récapitule, en les résumant, la plupart des maux qui accablent le pays et indique les pistes qui lui permettraient de sortir de l'ornière, en s'engageant simultanément sur la voie de l'intégration européenne. Il reprend en les mettant à jour, toutes les observations et critiques énoncées dans les résolutions votées précédemment, à intervalles réguliers, par le Parlement de Strasbourg.</p> <p class="spip">Les députés européens ont pu, cette fois, saluer la formation en BH d'un nouveau gouvernement après seize mois de crise et se féliciter des progrès réalisés par le vote de deux lois longtemps attendues, celle sur le recensement et celle sur les aides publiques. Celles-ci étaient exigées par Bruxelles en préalable au dépôt par la BH d'une demande d'adhésion à l'UE. Il semble par ailleurs que l'adoption par le Parlement de BH du budget 2012 soit en vue, ce qui n'est pas encore le cas de l'exécution d'une autre condition posée par Bruxelles, qui concerne la mise en conformité de la Constitution à l'arrêt Sejdic-Finci de la Cour européenne des droits de l'homme, du 25-11-2009.Il s'agit des droits des citoyens bosniens qui ne se reconnaissent pas comme Bosniaques, Croates ou Serbes, à se présenter aux élections à la Présidence collégiale de la BH et à celles de la Chambre des Peuples. Sur ce point, les désaccords persistent.</p> <p class="spip">La résolution balaie tout le champ des carences et des problèmes qui minent la société bosnienne, de l'éducation à la justice, de la corruption au respect de l'annexe 7 des accords de Dayton qui a trait aux retours des personnes déplacées, de la remontée des extrémismes nationaux et religieux à la lumière à faire sur les crimes sexuels commis pendant la guerre, etc...</p> <p class="spip">Mais son thème dominant est le renforcement des institutions centrales de l'Etat par une réforme constitutionnelle, nécessité soulignée dans plusieurs passages du texte. Le malheur est que les députés européens, qui insistent depuis longtemps sur cette condition clé de toutes les réformes indispensables, ne proposent rien pour avancer dans ce sens, sinon le sempiternel appel à la bonne volonté des responsables politiques bosniens, dont la plupart sont bien installés dans le statu quo. C'est principalement le cas des dirigeants de la RS qui ne démordent pas de leur opposition à toute centralisation du pouvoir en BH, même légère. Leur volonté est au contraire d'aller vers une dissolution du pays et de son Etat.</p> <p class="spip">La résolution du Parlement européen se termine par un point 58, qui illustre bien la singulière situation de la BH dans la région. Il y est écrit : « Le Parlement européen se dit préoccupé par le fait que la Bosnie-Herzégovine soit le seul pays de la région à ne pas autoriser l'entrée de ressortissants du Kosovo sur son territoire ; prie dès lors instamment les autorités de Bosnie-Herzégovine d'accepter les documents de voyage des ressortissants du Kosovo pour entrer dans le pays, comme le font la Serbie et d'autres pays ; » Cet exemple montre à quel point le pouvoir de nuisance des dirigeants de la RS est grand, car c'est eux qui s'opposent à la liberté de circuler des citoyens du Kosovo, que la Serbie a été obligée d'accepter sous la pression de l'UE. Il montre aussi la faiblesse des autorités de Bruxelles face à l'arrogance de Milorad Dodik, qui érige la Republika Srpska en bastion de l'ultra-nationalisme serbe. L'UE n'a, en fait, pas de politique en direction de la BH, si ce n'est celle du laisser-faire.</p> <p class="spip">Les élections législatives et, peut-être, présidentielles qui se tiendront en Serbie le 6 mai révèleront la nouvelle configuration des forces politiques dans ce pays. Que le Président Boris Tadic en sorte, ou non, vainqueur, il serait souhaitable qu'à leur issue, l'UE invite la Serbie, qui a dû céder sur le Kosovo à considérer qu'elle a aussi un rôle à jouer dans l'établissement d'un Etat viable en BH, en se désolidarisant de l'extrémisme de Dodik et de ses partisans en BH. Ce devrait être, pour la Serbie, une condition sine qua non de son adhésion à l'UE, car le problème de la BH demeure crucial dans les Balkans et en Europe et, comme se plait à le dire le ministre des affaires étrangères serbe Vuk Jeremic, sa clé se trouve à Belgrade. Si les autorités européennes continuent de refuser d'agir, et l'exemple du Kosovo prouve qu'elles le peuvent, les bonnes résolutions du Parlement européen continueront de ne servir qu'à encombrer ses archives.</p> <p class="spip">Association Sarajevo</p></div> Les ministres des affaires étrangères de l'Union européenne recommandent la candidature de la Serbie http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article814 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article814 2012-02-28T19:24:11Z text/html fr Maurice LAZAR Les ministres des Affaires étrangères des 27 ont donné le 28 février un avis favorable à la candidature de la Serbie à l'UE., ce qui devrait conduire le Conseil de l'Union des 1° et 2 mars à lui octroyer le statut de candidat et fixer la date de l'ouverture des négociations en vue de l'adhésion. Celle-ci représente l'objectif principal du Président Boris Tadic et son meilleur atout pour que son parti et ses alliés l'emportent aux élections législatives du printemps. Le soutien à (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique27" rel="directory">Europe du Sud-Est</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">Les ministres des Affaires étrangères des 27 ont donné le 28 février un avis favorable à la candidature de la Serbie à l'UE., ce qui devrait conduire le Conseil de l'Union des 1° et 2 mars à lui octroyer le statut de candidat et fixer la date de l'ouverture des négociations en vue de l'adhésion. Celle-ci représente l'objectif principal du Président Boris Tadic et son meilleur atout pour que son parti et ses alliés l'emportent aux élections législatives du printemps. Le soutien à l'équipe actuellement au pouvoir, supposée plus pro-européenne que l'opposition du SNS (parti progressiste serbe) et plus apte à favoriser la coopération régionale, a probablement joué un rôle déterminant dans la levée des refus des dernières capitales européennes opposées à la demande serbe. Après le ralliement de l'Allemagne aux vues de la plupart des autres pays membres de l'Union, il ne restait plus qu'à obtenir l'accord de la Roumanie, soucieuse des droits de la minorité valaque en Serbie, et de la Lituanie irritée par la candidature à la présidence de l'Assemblée générale des NU du ministre des affaires étrangères de Serbie Vuk Jeremic, contre son propre candidat. Il a fallu de longues heures de discussion pour venir à bout de ces réticences. La Lituanie serait au fond convaincue, selon les dires d'un diplomate, que l'accession de la Serbie à l'UE reviendrait à « y faire entrer une partie de la Russie ».</p> <p class="spip">Une première demande de la Serbie avait été repoussée en décembre dernier à la suite des violents incidents, avec mort d'hommes, qui avaient opposé dans le nord du Kosovo Serbes et militaires allemands de la KFOR et entravé les communications dans le secteur et avec la Serbie. La chancelière Angela Merkel avait alors exigé le démantèlement des institutions serbes présentes dans le nord du Kosovo, à la suite de quoi la diplomatie allemande avait fait poser par l'UE une série de conditions à la prise en compte de la candidature de la Serbie. Les plus importantes concernaient la « gestion intégrée des frontières » et la « coopération régionale ouverte à tous », autrement dit, que le Kosovo puisse participer sans discrimination aux réunions régionales. La Serbie voulait que le Kosovo n'y apparaisse que sous le parapluie de la MINUK (mission d'administration intérimaire des NU), avec le rappel de la résolution 1244 du Conseil de Sécurité sur le statut provisoire du Kosovo, signe pour Belgrade de l'appartenance du Kosovo à la Serbie.</p> <p class="spip">L'accord conclu à Bruxelles entre Kosovars et Serbes a finalement abouti à ce que la dénomination du Kosovo soit accompagnée d'une note renvoyant à la résolution du Conseil de Sécurité mais aussi à l'arrêt de la Cour internationale de justice qui a jugé que la proclamation de l'indépendance du Kosovo n'était pas contraire au droit international. Ce compromis sauve ainsi les apparences aux deux parties : la Serbie considère que le statut intérimaire de sa « province » édicté par la résolution 1244 reste en vigueur, avec la mention de sa souveraineté théorique ; le Kosovo estime que ce statut est devenu caduc par la proclamation de l'indépendance du pays, déclarée valide par le CIJ et reconnue par de nombreux Etats, à ce jour 87, dont 22 des 27 de l'UE. Contre les protestations de leurs oppositions respectives qui dénoncent des reculs inacceptables, les deux gouvernements se prétendent gagnants, celui de Belgrade pour n'avoir pas formellement reconnu l'indépendance du Kosovo, celui de Pristina pour avoir obtenu sa participation aux forums régionaux avec selon lui, une reconnaissance tacite de la part de la Serbie. Il est aussi prévu que des douaniers kosovars participeront aux contrôles des passages entre les deux pays. L'UE se félicite quant à elle des progrès accomplis dans le règlement des relations entre le Kosovo et la Serbie. Elle ne pourrait d'ailleurs pas imposer à Belgrade une reconnaissance de l'indépendance du Kosovo en bonne et due forme, puisque cinq de ses pays membres (Chypre, Espagne, Grèce, Roumanie, Slovaquie) s'y opposent encore.</p> <p class="spip">La Serbie est donc en passe de franchir un pas important sur le chemin de l'intégration européenne, qui sera long à parcourir autant en raison des difficultés qui assaillent la communauté d'accueil que des obstacles internes qui lui restent à surmonter pour mettre en oeuvre les réformes exigées par l'UE et plus encore peut-être par la nécessité d'instaurer une « coopération régionale » avec les pays voisins.</p> <p class="spip">Boris Tadic et ses ministres se vantent d'avoir réussi à maintenir envers et contre tous les deux objectifs majeurs de leur politique : l'intégration à l'Union européenne et la défense de la souveraineté serbe sur le Kosovo. Ils savent pourtant, et leur double opposition, l'ultranationaliste comme la pro-européenne, le leur rappelle à l'envi, qu'il s'agit là d'une illusion. Les autorités européennes n'accepteront pas d'admettre dans l'UE un pays qui nourrira des revendications territoriales contre un autre pays, dont la vocation à l'adhésion est, de surcroît, elle aussi reconnue. Le parti démocrate et ses alliés ont seulement obtenu un délai, un long délai, pour sortir du déni de réalité dont est affligée une grande partie de l'opinion serbe. C'est à quoi l'invite dès maintenant une fraction de la société politique de Serbie, avec l'alliance électorale que viennent de conclure l'encore jeune LDP (Parti social-libéral) dirigé par Cedomir Jovanovic et l'ancien SPO (Parti serbe du Renouveau) de Vuk Draskovic, qui après avoir été le chantre du nationalisme serbe à la fin des années 8O et au début des suivantes est revenu, non sans contorsions, de ses errements passés. Un succès aux prochaines élections, même relatif, permettrait à ce courant de peser sur les orientations du Parti démocrate de Boris Tadic, tiraillé entre des tendances diverses, dont celle du nationalisme extrême du ministre des affaires étrangères Vuk Jeremic. Celui-ci, de même que le vice-premier et ministre de l'intérieur Ivica Dacic, ancien proche collaborateur de Milosevic, cachent à peine qu'ils préfèreraient l'alliance avec la Russie de Poutine à l'adhésion à l'Union européenne. Ivica Dacic, qui a suivi les leçons de cynisme de son ancien mentor, a tout récemment déclaré : « Si l'UE et les Etats-Unis ne comprennent pas nos positions et se rangent toujours du côté des Albanais, il est normal de s'attendre à ce qu'une option politique vienne au pouvoir qui se tournera peut-être vers la Russie ».</p> <p class="spip">Les dirigeants serbes seront inévitablement amenés à choisir un jour entre l'UE et le Kosovo. L'autre problème non réglé qui empêche la stabilisation durable des relations entre les pays issus de la désintégration de la Yougoslavie est celui de la Bosnie-Herzégovine. Mais si les autorités européennes et internationales appellent sans relâche les dirigeants politiques bosniens à faire le nécessaire pour que leur pays soit gouverné, elles ne mentionnent jamais la part de responsabilité portée par Belgrade pour parvenir à ce but. Bien au contraire, c'est plutôt un brevet de bonne conduite qu'elles décernent à Boris Tadic, se contentant de sa repentance bien tempérée pour les crimes commis par Milosevic et ses sbires et de ses déclarations répétées sur son respect de la souveraineté et de l'intégrité de la BH. Elles négligent ce faisant l'appui que Belgrade renouvelle constamment à Milorad Dodik et, par voie de conséquence, à sa politique qui vise à la dissolution de la Bosnie-Herzégovine. Le dernier exemple en date de cette connivence remonte à la scandaleuse commémoration du 20° anniversaire de la création par Radovan Karadzic de ce qui allait devenir la Republika Srpska et préluder à la guerre. La participation à cette éclatante cérémonie des plus hautes autorités politiques, religieuses et culturelles serbes est une bonne preuve de la contradiction de la politique de la Serbie entre désir affiché de réconciliation et maintien des aspirations, des ressentiments et des haines qui ont conduit à la destruction de la BH. Là aussi, c'est le déni qui l'emporte, comme l'illustre le refus quasi-total du public de Serbie et de RS de regarder un film comme celui d'Angelina Jolie, qui n'est pourtant que le reflet de la réalité des années des guerres comme le confirment de nombreux témoins étrangers.</p> <p class="spip">Si les intervenants extérieurs ne peuvent pas grand-chose pour aider la société serbe à accomplir le travail de mémoire et de recherche de la vérité, qui lui revient en propre, ils peuvent du moins poser les conditions politiques à la pleine insertion de la Serbie dans son environnement européen, et parmi ces conditions, celles concernant l'établissement d'une Bosnie-Herzégovine refondée dans ses institutions, corrigeant celles de Dayton, sont primordiales. Sur ce point qui met directement en cause la politique de la Serbie, qui soutient au contraire le statu quo en BH, l'Union européenne demeure muette.</p> <p class="spip">Association Sarajevo</p></div> La Bosnie-Herzégovine a un gouvernement http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article812 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article812 2012-02-11T16:44:22Z text/html fr Maurice LAZAR Plus d'un mois après l'accord passé entre les six principaux partis politiques bosniens, plus de seize mois après les élections générales du 3 octobre 2010, marqués par les tumultueuses discussions pour parvenir à cet accord, le Conseil des ministres de BH qui sera présidé par Vjekoslav Bevanda ( membre du parti nationaliste bosno-croate HDZ-BiH) a obtenu l'investiture de la Chambre des représentants par 26 voix contre 7 et une abstention. L'opposition est venue des deux partis rivaux du (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique19" rel="directory">sur la B.H.</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">Plus d'un mois après l'accord passé entre les six principaux partis politiques bosniens, plus de seize mois après les élections générales du 3 octobre 2010, marqués par les tumultueuses discussions pour parvenir à cet accord, le Conseil des ministres de BH qui sera présidé par Vjekoslav Bevanda ( membre du parti nationaliste bosno-croate HDZ-BiH) a obtenu l'investiture de la Chambre des représentants par 26 voix contre 7 et une abstention. L'opposition est venue des deux partis rivaux du SDA (fondé par Alija Izetbegovic), l'Alliance pour un meilleur avenir de la BH (SBB) de Fahrudin Radoncic et le Parti pour la BH ( SBiH) de Haris Silajdic, qui reprochent au nouveau gouvernement de n'avoir pas de programme et de ne pas comporter de femmes ministres de plein exercice [5 des postes de ministres-adjoints seront toutefois détenus par des femmes]. Outre Vjekoslav Bevanda, apprécié pour ses compétences économiques, les deux principales figures ministérielles seront, aux Affaires étrangères, Zlatko Lagumdzija, Président du SDP (parti social-démocrate) et aux Finances, Nikola Spiric, président du Conseil des ministres sortant et membre du SNSD (parti de Milorad Dodik). Chaque titulaire de portefeuille sera flanqué d'un adjoint, voire deux, de bords « ethniques » ou politiques différents. Cinq des dix ministres appartenaient au cabinet précédent ; les principales innovations sur ce plan sont l'entrée au gouvernement du SDP avec l'attribution de deux portefeuilles, dont celui des Affaires étrangères, et celle du SDS (parti fondé par Karadzic) qui partagera la représentation de la RS avec un ministre, pour deux au SNSD. On remarquera la discordance des alliances au niveau de l'Etat central et à celui des entités, le SDS étant dans le gouvernement central mais dans l'opposition au SNSD en RS, les deux branches du HDZ étant au gouvernement central mais exclues du gouvernement de la Fédération croato-bosniaque, dont elles contestent toujours la légitimité, comme le font à leur suite les autorités de l'entité serbe.</p> <p class="spip">La première tâche, urgente, du gouvernement sera de régulariser le budget pour l'année 2011, qui après avoir été adopté par le Parlement, n'a pas été promulgué en raison de problèmes de procédure, puis de préparer et de faire adopter le budget de 2012. Avant même la constitution définitive du Conseil des ministres, la Parlement avait voté deux lois depuis très longtemps attendues, l'une sur le recensement, l'autre sur le financement et la distribution de l'aide publique.</p> <p class="spip">Sur le premier point, les représentants de la RS ont obtenu gain de cause en faisant supprimer du projet initial un article qui subordonnait la prise en compte du prochain recensement, pour la répartition « ethnique » des fonctions publiques, à la pleine application de l'annexe 7 des accords de Dayton sur le retour des personnes déplacées. Les partisans de cette clause estiment que cette suppression ne changera rien à la situation actuelle, le recensement de 1991 devant, selon eux, demeurer la base de cette répartition au niveau des entités et des cantons , conformément aux constitutions de l'Etat et des entités, mais cette interprétation n'est pas celle des représentants de la RS. Le recensement, qui contiendra les mentions de nationalité et de religion, prévu pour 1993, constatera ou légitimera, au choix, les épurations ethniques intervenues pendant ou à l'issue de la guerre.</p> <p class="spip">La loi sur l'aide publique dispose que le financement et la répartition de l'aide publique seront réglés par un organisme composé de 3 représentants de l'Etat, 2 de chacune des entités et 1 du district de Brcko. Accusé par son opposition d'avoir cédé une compétence de la RS au profit d'une autorité centrale, ce qui est le leitmotiv de toutes les revendications des Serbes de Bosnie, le gouvernement de Milorad Dodik répond que c'est un bon compromis puisqu'il s'agit d'un transfert à une institution mixte, qui préserve le pouvoir de décision de chaque entité.</p> <p class="spip">Ces deux règlements répondaient à des exigences maintes fois renouvelées par Bruxelles, posées comme des conditions expresses à l'avancée de la BH vers l'UE et, subséquemment, à la délivrance d'une aide qui profitera à tout le pays, les deux entités étant également intéressées. Il était donc avantageux pour tous qu'ils interviennent un jour, de même que le vote du budget, sans lequel c'est tout l'Etat, avec ses entités, qui se seraient trouvées asphyxiés.</p> <p class="spip">Reste à satisfaire à la dernière condition posée par l'UE, qui concerne la mise en conformité de la Constitution du pays à l'arrêt Sejdic-Finci de la Cour européenne des droits de l'homme, pour donner le droit aux citoyens ne se réclamant d'aucun des « peuples constitutifs » de la BH (bosniaque, croate, serbe) d'être élus à la Présidence collégiale et à la Chambre des peuples. Les responsables bosniens assurent que la question sera bientôt réglée. La Bosnie-Herzégovine remplirait alors les conditions formelles d'une prise en compte d'une demande de candidature à l'UE, que certains prévoient déjà pour les mois de mars ou juin, avec une acceptation possible en 1993.</p> <p class="spip">Ces prévisions optimistes mais plausibles ne doivent pas dissimuler les obstacles qui se dressent sur la voie d'un redressement durable de la situation de la BH, tant la crise qui sévit en Europe y est redoublée par des dysfonctionnements institutionnels qui entravent les prises de décision et plus encore par des visions opposées de l'avenir du pays qui mettent en cause son existence même. Car pendant que le gouvernement se constituait, il n'était question de la part de Milorad Dodik que de s'en prendre à sa dernière cible visée, les institutions judiciaires centrales de la BH, Cour et Bureau des Procureurs de BH, coupables de se conduire en marionnettes manipulées par les Bosniaques et les étrangers à leurs ordres. Le dernier prétexte à cette attaque est la disculpation de Jovan Divjak, Ejup Ganic et leurs 12 coaccusés dans l'affaire de la « rue Dobrovoljacka ». D'après des déclarations répétées du Président de la RS, ce gouvernement ne devrait d'ailleurs pas être conçu comme un gouvernement, mais comme un simple Conseil des ministres, seulement habilité à refléter la composition « ethnique » du pays et à prendre les mesures minimales nécessaires à sa conservation pour satisfaire la « Communauté internationale », en donnant l'apparence de l'existence d'une coquille vide dite « Bosnie-Herzégovine ». En réitérant ses déclarations sur la dissolution inévitable de la Bosnie-Herzégovine, Milorad Dodik ne cesse d'infliger des rebuffades aux responsables de l'Union européenne qui avaient cru qu'en le faisant échapper à des sanctions en mai 2011, ils allaient mettre une fin définitive à ses menaces. On verra ce qu'il adviendra des promesses du Président du nouveau Conseil des ministres, Vjekoslav Bevanda, de donner la priorité à l'orientation européenne de la BH. Il est probable que, de son côté, Zlatko Lagumdzija tiendra à défendre sa réputation d'ardent partisan de l'intégration de la BH aux structures euro-atlantiques. Mais on sait que Milorad Dodik répète qu'il ne sacrifiera pas la RS à l'Europe et que, grand ami de la Russie qui ne lui ménage pas en retour son soutien, il a plus que des réticences à l'égard de l'OTAN. Il sera intéressant d'observer le choc de ces politiques contraires.</p> <p class="spip">En tout état de cause, si l'entrée en fonction du nouveau gouvernement et la réalisation des accords relatifs aux conditions posées par l'UE (budget, recensement, aide publique, réforme constitutionnelle en conformité de l'arrêt Sejdic-Finci) permettaient à la BH de faire des pas en avant, elles ne suffiraient pas à elles seules à la remettre sur pieds. Comme l'a souligné la résolution de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe du 15-12-2011, comme l'a réaffirmé il y a quelques jours l'ancien président de Croatie, Stipe Mesic, ce sont les institutions de Dayton qui sont à revoir pour mettre à bas l'ethnocratie qui rend impossible l'exercice de la démocratie en Bosnie-Herzégovine. Il faudrait pour cela un engagement résolu de l'UE, dont on voit mal les prémices dans les circonstances actuelles, qui ne viserait pas seulement les dirigeants de la RS, mais aussi ceux de la Serbie, dont le soutien à Milorad Dodik ne faiblit pas.</p> <p class="spip">Association Sarajevo</p></div> Pas encore de gouvernement en Bosnie-Herzégovine. Dodik plus agressif que jamais http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article811 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article811 2012-02-02T14:01:44Z text/html fr Maurice LAZAR Dans un communiqué en date du 1° février, les ambassadeurs du Conseil de mise en oeuvre des accords de Dayton (PIC) expriment leurs préoccupations du fait que « le fonctionnement des institutions de la Bosnie-Herzégovine et l'accomplissement des obligations internationales du pays soient mis en danger par le défaut persistant d'adoption des budgets des années 2011 et 2012 » et ils pressent les autorités bosniennes responsables, Conseil des ministres, Présidence et Parlement, de faire en (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique19" rel="directory">sur la B.H.</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">Dans un communiqué en date du 1° février, les ambassadeurs du Conseil de mise en oeuvre des accords de Dayton (PIC) expriment leurs préoccupations du fait que « le fonctionnement des institutions de la Bosnie-Herzégovine et l'accomplissement des obligations internationales du pays soient mis en danger par le défaut persistant d'adoption des budgets des années 2011 et 2012 » et ils pressent les autorités bosniennes responsables, Conseil des ministres, Présidence et Parlement, de faire en sorte que ces lois de finances soient votées conformément à la Constitution et à la loi.</p> <p class="spip">Contrairement à ce qui avait été trop vite avancé, le budget pour 2011 n'a, en effet, pas été réellement approuvé après l'accord passé entre les six principaux partis en vue de former un nouveau gouvernement, après maintenant 16 mois de vacance. Ce budget pour 2011 n'a pas été promulgué au Journal officiel en raison de contestations dont on ne sait exactement si elles sont procédurales ou politiques, ou les deux à la fois, tant les mécanismes de prises de décision sont compliqués et les oppositions politiques difficiles à surmonter. Quant à celui pour 2012, c'est le gouvernement à venir qui doit l'élaborer et le soumettre au vote du Parlement, mais ce gouvernement n'a pas encore été définitivement formé. Les « peuples constitutifs » et les partis de BH qui sont censés les représenter se sont bien partagé les portefeuilles mais les procédures d'habilitation de leurs titulaires traînent, sans compter les obstacles que les événements en cours viennent dresser pour retarder l'exécution des accords.</p> <p class="spip">L'un de ces événements a été la décision du bureau des procureurs de BH de cesser les investigations concernant les responsabilités supposées de Jovan Divjak, Ejup Ganic et 12 autres personnalités dans l'affaire de l'attaque du convoi de l'Armée fédérale yougoslave (JNA) qui se retirait de Sarajevo début avril 1992, dite de la « rue Dobrovoljacka ». Milorad Dodik et les dirigeants de la RS en ont pris prétexte pour renouveler leur hostilité aux institutions judiciaires centrales de la BH, Cour et Bureau des Procureurs. Ils ont semblé faire de leur abolition un préalable à la formation du nouveau gouvernement, pour revenir ensuite en arrière, tout en prévoyant de lancer une initiative législative en ce sens et en brandissant à nouveau leur menace de tenir un référendum en RS sur ce thème.</p> <p class="spip">A ce facteur de tension, périodiquement réactivé, vient de s'ajouter la violente polémique qui a opposé, à Belgrade, le Président de la RS, Milorad Dodik, au dirigeant du parti libéral-démocrate Cedomir Jovanovic. Celui-ci n' a pas craint, à la veille de la campagne électorale qui va s'ouvrir en Serbie, de carrément déclarer que la RS s'est construite sur des crimes, tels que le génocide de Srebrenica ou le siège de Sarajevo, et que la Serbie devait changer de politique en renonçant à faire de la préservation de la RS une compensation à la perte du Kosovo. Milorad Dodik a, quant à lui, profité de cette tribune pour réaffirmer ses thèses, comme il l'avait fait le 9 janvier, lors de la célébration à Banja Luka du vingtième anniversaire de la création de la RS par Radovan Karadzic, où il avait glorifié cet acte comme une mesure nécessaire à la défense du peuple serbe de Bosnie, menacé dans son existence. Pressé par Jovanovic, il a loué le rôle du fondateur de l'entité serbe actuellement en procès à La Haye. Il a dénié le caractère génocidaire du massacre de Srebrenica en limitant la portée du jugement du TPIY dans l'affaire Krstic. Il a accompagné sa démonstration de ses prédictions, devenues habituelles, sur l'inéluctabilité de la dissolution de la Bosnie-Herzégovine, fondée autant sur l'inexistence de celle-ci comme entité étatique historique que sur son impossibilité de fonctionner. Il a réitéré sa conception de la RS comme sujet de droit international, qu'il s'efforce d'accréditer par ses déplacements à l'étranger, le soutien de la Russie et aussi la caution de l'Etat d'Israël, suivant l'idée couramment émise dans certains milieux serbes de l'équivalence entre « serbophobie » et antisémitisme, justifications respectives de la politique serbe et de la politique israélienne.</p> <p class="spip">Il est une des assertions du Président de l'entité serbe que l'on ne saurait, en tout cas, contester, encore qu'il fasse tout pour la rendre plus vraie que nature. C'est celle de l'impossibilité de faire fonctionner les institutions de Dayton, tout au moins dans les conditions actuelles d'inertie de la « Communauté internationale » et d'abord, de l'Union européenne. Le dernier document d'origine internationale qui dénonce cet état des choses est la résolution n° 1855 sur « Le fonctionnement des institutions démocratiques de la BH » adoptée le 24 janvier par l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe. L'une de ses phrases essentielles est la suivante : « [L'assemblée] réaffirme que l'exécution de l'arrêt Sejdic et Finci [sur les droits électifs des citoyens non bosniaques, croates et serbes] constitue une première étape dans la réforme constitutionnelle globale qui s'avère nécessaire pour se défaire du carcan institutionnel imposé par la Constitution de Dayton et se diriger vers une démocratie moderne, eurocompatible et fonctionnelle dans laquelle tous les citoyens, quelle que soit leur origine ethnique, jouissent des mêmes droits et libertés ». Le texte pointe également les abus que permettent d'entraîner les dispositions des accords de Dayton concernant les règles de quorum, le vote par entité et la notion d' « intérêt vital national ». Les rapporteurs du texte, la Norvégienne Karin Woldseth et le Français Jean-Claude Mignon, avaient, dans leur rapport, mis directement en cause les partis nationalistes croates et serbes, accusés de vouloir faire prévaloir le principe de l'ethnicité sur celui de la démocratie. Mais, et là encore Milorad Dodik a raison lorsqu'il se moque de résolutions qui n'ont aucune prise sur la réalité, puisque ce qui compterait effectivement serait l'engagement actif de l'Union européenne contre ses entreprises destructrices, mais elle demeure muette et donc complaisante à son égard. Le Haut-Représentant de la Communauté internationale Valentin Inzko réagit par des mots, mais son rôle est devenu nul par la faute de l'UE, le Représentant spécial de l'UE Peter Sorensen se tait et l'on ne sait pas à quoi il sert. Pour Bruxelles et les capitales européennes, c'est comme si la Bosnie-Herzégovine n'existait seulement que dans et par leurs paroles de regrets et de déplorations, sans plus.</p> <p class="spip">Association Sarajevo</p></div> Le parquet de Bosnie-Herzégovine disculpe Jovan Divjak, Ejup Ganic et 12 autres personnalités. http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article810 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article810 2012-01-18T18:12:10Z text/html fr Maurice LAZAR Le bureau des procureurs de Bosnie-Herzégovine a décidé de cesser ses investigations sur les responsabilités de quatorze personnalités bosniennes supposées impliquées dans l'affaire dite de la « rue Dobrovoljocka », en référence à l'attaque de la colonne de l'Armée fédérale yougoslave (JNA) qui évacuait Sarajevo début avril 1992 et qui avait provoqué, selon ce bureau, la mort de sept militaires, tandis que quatorze étaient blessés ( Les autorités serbes de Serbie et de RS avancent quant à (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique19" rel="directory">sur la B.H.</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">Le bureau des procureurs de Bosnie-Herzégovine a décidé de cesser ses investigations sur les responsabilités de quatorze personnalités bosniennes supposées impliquées dans l'affaire dite de la « rue Dobrovoljocka », en référence à l'attaque de la colonne de l'Armée fédérale yougoslave (JNA) qui évacuait Sarajevo début avril 1992 et qui avait provoqué, selon ce bureau, la mort de sept militaires, tandis que quatorze étaient blessés ( Les autorités serbes de Serbie et de RS avancent quant à elles les nombres respectifs de quarante-deux et soixante-douze). C'est en vertu de mandats d'arrêt émis par la justice serbe de Serbie qui a lancé des poursuites sur la même affaire qu'Ejup Ganic, à l'époque membre de la présidence de BH et Jovan Divjak, dirigeant militaire de la résistance bosnienne, ont été arrêtés et retenus plusieurs mois, le premier à Londres en 2010 et le second à Vienne l'année dernière. Le parquet de BH a jugé, après avoir entendu 352 témoins et examiné 412 pièces, dont des documents audio-visuels, qu'il n'existait aucune preuve à l'encontre des personnes visées, mais qu'il y avait matière à continuer l'enquête pour crimes de guerre commis contre les victimes de cette attaque. Les procureurs de Belgrade ont déclaré, pour leur part, maintenir leurs accusations et poursuivre leur action.</p> <p class="spip">Cette décision du bureau des procureurs de BH a suscité un tollé général en Republika Srpska où dirigeants et médias de tous bords crient au déni de justice, imputé aux magistrats bosniaques mais aussi aux procureurs étrangers qui font partie du parquet, et nommément à l'un d'eux, Jude Romano, qui doit bientôt quitter ses fonctions. On y voit une nouvelle preuve de la partialité des autorités internationales et de la volonté de certains cercles de faire porter la culpabilité de tous les crimes commis au cours de la guerre sur le côté serbe. Réagissant depuis Israel où il effectuait un voyage de diplomatie parallèle de promotion de l'amitié entre cet Etat et la RS, Milorad Dodik a déclaré que « l'arrêt des investigations du bureau des procureurs de BH était une décision purement politique de l'un de ses membres étrangers et que la RS ne pouvait faire confiance à la Cour de BH et à ses procureurs centraux ». Il a réaffirmé qu'il considérait que l'attaque de la rue Dobrovoljacka avait été le début de tout, ce qui entre dans l'interprétation de la guerre de BH comme guerre de défense du peuple serbe de Bosnie, célébrée comme telle tout au long des cérémonies du vingtième anniversaire de la fondation de la RS.</p> <p class="spip">Le Président de la RS est revenu, dans une interview à l'hebdomadaire de Banja Luka « Novi Reporter », sur la signification de cet anniversaire en mettant l'accent sur l'importance cruciale du renforcement de l'entité serbe qu'il présente comme un « sublimé et un concentré des aspirations à la liberté que les Serbes de la région portent depuis des siècles », ce qui rejoint certaines déclarations exaltant le rôle de la RS au cours des cérémonies de cet anniversaire, celles en particulier du patriarche de l'Eglise orthodoxe serbe Irinej ou du vice-premier ministre et ministre de l'intérieur du gouvernement serbe Ivica Dacic, l'ancien porte-parole du SPS (parti socialiste serbe) de Milosevic pendant les guerres yougoslaves.</p> <p class="spip">Pendant ce temps, le Conseil des ministres de BH qui sera présidé par Vjekoslav Bevanda est toujours en formation, mais comme l'annonce aussi Milorad Dodik, ses compétences seront très strictement limitées, pour qu'elles n'empiètent pas sur celles des entités, qui pour les dirigeants de la RS, doivent demeurer prépondérantes.</p> <p class="spip">Association Sarajevo</p></div>