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Que réserve l’accord de Washington ?

jeudi 24 novembre 2005


Les dirigeants des huit principaux partis politiques de Bosnie-Herzégovine, réunis à Washington à la faveur du dixième anniversaire de la conclusion de l’accord de Dayton ont signé une déclaration par laquelle ils s’engagent à « entamer un processus de réformes constitutionnelles qui va renforcer l’autorité du gouvernement et rationaliser le parlement et la présidence » et à « mener ces réformes d’ici à mars 2006 ». Ils assurent vouloir défendre les droits de l’homme de tous les Bosniens. Les huit signataires sont le Président collégial de la BH, Sulejman Tihic, (SDA) le Président de la RS, Dragan Cavic (SDS), le ministre des Affaires étrangères de BH, Mladen Ivanic (PDP), le ministre de la Sécurité de BH, Barisa Colak (HDZ), le Président du Parti pour la BH, Safet Halilovic, le Président du SDP, Zlatko Lagumdzija le Président du SNSD, Milorad Dodik et Mate Bandur, pour le HNZ.Les trois membres de la Présidence, Ivo Miro Jovic, Sulejman Tihic et Borislav Paravac ont confirmé cet accord dans un document séparé. Les dirigeants de la RS ont, en outre, publié une déclaration particulière appelant « Radovan Karadzic et Ratko Mladic à se rendre volontairement et immédiatement aux autorités de la RS ou directement au TPIY », ajoutant que « s’ils continuent à refuser de se rendre, la RS est prête et déterminée à prendre toutes les mesures et actions nécessaires pour les trouver et les interpeller, ainsi que les autres fugitifs encore réclamés par le Tribunal de La Haye ».

Cet ensemble de résolutions, intervenues après des discussions souvent tendues, ont été adoptées sous la forte pression des autorités américaines représentées notamment par la Secrétaire d’Etat, Condoleezza Rice et le Sous-Secrétaire Nicholas Burns qui ont fait valoir la nécessité pour la Bosnie-Herzégovine de se doter d’institutions adaptées aux perspectives de son intégration aux structures euro-atlantiques. V. Rice a salué l’accord obtenu comme un « historique pas en avant ». Elle a rétroactivement justifié les accords de Dayton en estimant qu’ « un Etat faible et divisé était approprié en 1995, mais qu’aujourd’hui, en 2005, la pays avait besoin d’un Etat plus fort et énergique pour assurer le bien public et défendre l’intérêt national ». Richard Holbrooke a, de son côté, procédé à une sorte d’autocritique de son rôle passé en regrettant d’avoir permis la création d’une entité appelée « Republika Srpska ». Nicholas Burns a spécifié que la Bosnie ne pouvait « rester un pays fractionné et penser pouvoir devenir membre d’une Europe ou d’une OTAN unifiées ».

Si, comme le soulignent les commentateurs, les engagements qui viennent d’être pris marquent un moment important de l’après-Dayton, l’issue du processus qui s’enclenche reste très incertaine, car aucune proposition précise n’a été faite pour réaliser le renforcement des autorités centrales de l’Etat, présidence, gouvernement et parlement ou pour redistribuer les compétences entre l’Etat et les entités, l’existence même de celles-ci n’ayant pas été formellement mise en cause. Les premières réactions des parties signataires de l’accord révèlent les divergences qui subsistent intactes entre partisans d’un pays divisé et ceux d’un pays réunifié dans le cadre d’une large décentralisation. Les opinions exprimées en BH sont contrastées. Ceux qui espéraient des changements fondamentaux sont déçus, mais il en est qui estiment qu’un mécanisme de transformation se trouve désormais en place. Du côté nationaliste serbe, les radicaux (de Seselj) prévoient la catastrophe, mais les plus réalistes sont soulagés de ce que la pérennité de leur entité leur semble préservée. Le test de l’arrestation de Mladic et de Karadzic sera pour la RS le signe le plus clair de sa volonté réelle de prendre le tournant de la nouvelle politique qu’elle prétend accepter.

Les pourparlers qui s’annoncent et dont le terme a été fixé à mars 2006 pour qu’ils aboutissent avant les élections générales prévues en octobre de la même année, risquent donc d’être ardus et de se terminer sans résultat d’envergure. Il serait nécessaire que l’Union européenne et chacun de ses pays membres fassent entendre plus fort leur voix pour pousser la Bosnie-Herzégovine à devenir cet Etat « normal », en dehors duquel tout progrès vers l’Europe ne peut être qu’illusoire. En déclarant le 21 novembre à Bruxelles, qu’il n’y aurait pas de « dramatiques changements » dans la constitution de BH, Javier Solana, ministre des affaires étrangères de l’Union, s’est montré, comme à l’habitude, bien timide. Quant à la position de la France, existe-t-elle ?

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