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L’Union européenne,la Bosnie et la Serbie

mercredi 19 mars 2008


Plusieurs avertissements sont dernièrement venus attirer l’attention sur la gravité de la situation de la Bosnie-Herzégovine. Après la mise en garde lancée par le Premier ministre slovène Janez Jansa, au moment de son accession à la présidence tournante du Conseil européen, ce sont par exemple la fondation allemande "Bertelsmann" qui pointe les retards accumulés par la BH par rapport aux autres pays de la région, ou l’ancien coordinateur du Pacte de stabilité pour le Sud-Est européen Erhard Busek qui estime que ce pays représente le plus grand problème dans les Balkans. En conclusion de son discours devant les Présidents des commissions des Affaires étrangères des parlements des pays membres de l’UE, tenu le 18 mars à Ljubljana, le Haut-Représentant Miroslav Lajcak a dit en substance la même chose en appelant l’UE à ne pas se désintéresser de la BH alors que l’attention générale se porte sur le Kosovo et la Serbie.

Les autorités de Bruxelles ne manquent effectivement pas de se préoccuper de la BH, de même que le Haut-Représentant dont c’est la fonction, mais leur ligne de conduite, qui s’inscrit dans un contexte dominé par la violente réaction de la Serbie à l’indépendance du Kosovo, suscite bien des interrogations. Il est clair que les dirigeants européens, appuyés par les Etats-Unis, ont choisi d’arrimer au plus vite l’ensemble de la région à l’UE pour tenter de résoudre, dans ce cadre, les conflits liés à la désintégration de la Yougoslavie. Après une période marquée par une série de conditions posées à la Serbie et à la BH pour démarrer le processus d’intégration, ils ont brusquement décidé de les lever toutes. C’est le cas, pour la Serbie, du préalable de l’arrestation de Mladic et pour la BH, de la réforme de la police, vidée aujourd’hui de son contenu. L’objectif, non dissimulé, est de tout faire pour empêcher la victoire du bloc ultra-nationaliste formé par les radicaux de Nikolic et les "démocrates" de Kostunica, qui multiplie les provocations au Kosovo et prône l’alliance avec la Russie, de préférence à l’adhésion à l’UE. Si l’intention est louable, les modalités de sa mise en application posent des questions.

En ce qui concerne la Serbie, il faut d’abord se demander si de trop grandes et ostensibles manifestations d’amitié à l’égard du peuple serbe, comme la lettre que lui ont récemment adressée les ministres des affaires étrangères français et suédois Bernard Kouchner et Carl Bildt, sont d’une quelconque utilité pour les pro-européens serbes. Bernard Kouchner ne doit pas ignorer les sentiments que lui portent la majorité des Serbes. Plus profondément, est-il possible de passer sous silence les propos de Boris Tadic, l’élu des dirigeants européens, qui affirme crûment que l’entrée de la Serbie dans l’UE lui permettrait d’interdire l’adhésion du Kosovo, Etat pourtant reconnu ou en voie de l’être par la grande majorité des pays de l’Union ? Est-il raisonnable de s’exposer ainsi, sans garanties, à de prévisibles avanies ?

Quant à la Bosnie-Herzégovine, il est devenu évident que Bruxelles a choisi de laisser les coudées franches à Milorad Dodik. Après avoir tenté de réduire les pouvoirs de nuisance de la RS à la fin de l’année dernière, le Haut-Représentant Miroslav Lajcak décerne maintenant au Premier ministre de RS des compliments pour son rôle de facteur de paix et de stabilité, dans le genre de ceux prodigués naguère, pour les mêmes raisons, à Milosevic. Il considère que les menaces de sécession proférées par les dirigeants de l’entité serbe ne sont que paroles en l’air et va jusqu’à encourager leur exigence de légitimation de la division ethnique de la BH, sous forme d’un vote de ratification des accords de Dayton par l’ensemble des parlementaires bosniens. Tout ceci alors que l’Assemblée de RS se prépare à voter une résolution interdisant tout dessaisissement de compétences de l’entité au profit de l’échelon central et qu’elle oppose son veto, au nom de la défense des intérêts vitaux du peuple serbe, à des demandes adressées à l’ONU par deux des co-présidents de BH pour faire respecter les décisions de la CIJ et proposer le transfert des archives du TPIY à Sarajevo. Quoi qu’on pense du bien-fondé de cette dernière demande, il y a lieu de s’étonner de son incidence éventuelle sur la protection de ces intérêts vitaux. Ceux-ci seraient-ils menacés par la recherche de la vérité historique ? Si l’on ajoute à cela des provocations tel que le projet d’érection d’une grande croix orthodoxe à la mémoire des victimes serbes de la guerre, sur le mont Trebevic d’où provenaient les tirs de l’armée de Mladic sur Sarajevo, on peut avoir une idée du climat dans lequel s’exerce le chantage sur les députés bosniens pour qu’ils acceptent, au nom de l’impératif européen, le projet de réforme de la police qui ne modifie pratiquement pas la situation actuelle et ne touche en rien au statut et au fonctionnement des polices des entités, à la plus grande satisfaction des dirigeants de la RS. La poursuite de la discussion parlementaire sur le sujet dépend actuellement de la position de la commission de défense et de la sécurité, appelée par le Haut-Représentant à revenir sur un premier vote négatif. Fait notable, Miroslav Lajcak a cru nécessaire de citer nommément les douze membres de cette commission, désignant à l’avance les récalcitrants comme responsables de l’échec éventuel de la BH à entrer dans le processus de stabilisation et d’association avec l’UE.

Il est possible, sinon probable, qu’il finira par obtenir gain de cause, mais ce sera aux conditions fixées par Milorad Dodik, c’est-à-dire le maintien du statu quo. Miroslav Lajcak donne l’explication de la position de l’Union européenne dans la conclusion de son discours du 18 mars :" Un progrès tangible de l’intégration de la BH en Europe renforcera les sentiments proeuropéens en créant un cercle vertueux [dans le pays]. En ce moment, l’intégration à l’UE est le seul et le plus important but commun à l’ensemble des citoyens". Si la valeur de ce but n’est pas niable, on peut en revanche douter de la capacité du cercle vicieux qui enserre la BH à se muer, par lui-même et sans intervention extérieure, en cercle vertueux. N’est-ce pas accorder trop de crédit à la vertu ?

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