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Karadzic arrêté à Belgrade

mardi 22 juillet 2008


Radovan Karadzic a été arrêté à Belgrade le 21 juillet. D’après les premières informations données par Rasim Ljajic, Président du Conseil serbe pour la coopération avec le TPIY, il aurait vécu ces derniers temps, sous une fausse identité, à Novi Beograd, banlieue de la capitale serbe, en exerçant les "médecines douces" dans une clinique privée Il est sur le point d’être transféré à La Haye, où l’attend le TPIY qui l’a inculpé en 1995 de génocide, de complicité de génocide, exterminations, meurtres, persécutions, déportations, actes inhumains et autres crimes à l’encontre des populations bosniennes non serbes. Ex-président de la "Republika Srpska", il apparaît évidemment comme un des acteurs clés de la destruction de la Bosnie-Herzégovine réalisée en étroite coordination avec les autorités serbes sous la direction de Milosevic. Son procès ne manquera pas d’apporter les éclaircissements que la mort prématurée de celui-ci a empêché de mettre complètement à jour au niveau judiciaire.

La nouvelle de son arrestation a été accueillie avec bonheur et soulagement à Sarajevo et dans la Fédération où elle a été chaleureusement saluée par l’opinion, les médias et les responsables politiques. A Srebrenica, la présidente de l’association "Mères de Srebrenica", Hatidza Mehmedovic, après avoir reconnu qu’elle avait perdu tout espoir, s’est montrée convaincue que la justice sera finalement rendue.

En RS, alors que les radicaux crient à la trahison, les dirigeants adoptent une ligne légaliste, considérant que cette arrestation répond aux obligations internationales de la Serbie et soulignant que l’inculpation de Karadzic, strictement individuelle, ne devait comme telle, entraîner aucune question sur la légitimité, l’action passée et le statut de l’entité serbe. L’Assemblée de la RS a interrompu sa session qui ne sera reprise qu’en septembre. Les autorités policières ont fait savoir qu’elles n’avaient pas été impliquées dans la localisation et l’arrestation du fugitif.

C’est curieusement presque dans les mêmes termes que le nouveau ministre de l’intérieur de Serbie, Ivica Dacic, président du SPS (parti de Milosevic), a dégagé sa responsabilité pour cette arrestation, qui n’aurait pas été le fait de la police sous ses ordres, mais des services de sécurité qui échappent à son contrôle. Les dirigeants du SPS expliquent que tout en ne revenant pas sur leur contestation de la légitimité du TPI et leur opposition aux transfèrements de citoyens serbes à La Haye, ils doivent tenir compte des obligations internationales de la Serbie. Face au déchaînement des radicaux qui crient à la capitulation de Boris Tadic, les partisans de celui-ci voient dans l’événement la marque de la nouvelle politique proeuropéenne du gouvernement. Ceux qui en Serbie se réjouissent le plus sont les opposants de toujours à la politique grand-serbe menée par Milosevic et ses successeurs dits "démocrates". Natasa Kandic relève qu’il s’agit d’un moment historique, Nenad Canak, qui a rallié le bloc électoral formé par Tadic, demande que des mesures soient prises contre tous ceux qui pendant 13 ans ont protégé Karadzic, le LDP de Cedomir Jovanovic déclare qu’avec cette arrestation le pays se trouve maintenant en situation d’affronter la pleine vérité sur ce qui s’est passé dans les Balkans entre 1991 et 1999.

Toutes les instances internationales, l’ONU, le TPI, Washington, les capitales européennes et les autorités de Bruxelles proclament à l’envi leur satisfaction après ces années d’inertie plus ou moins partagée de leur part. Les ministres européens réunis à Bruxelles sous présidence française ont aussitôt considéré que la Serbie avait accompli un grand pas vers son adhésion à l’Union européenne, mais avec l’expression de nuances significatives. Selon Javier Solana, porte-parole de la diplomatie européenne, la Serbie vient de démontrer qu’elle collaborait pleinement avec le TPIY. Mais d’autres diplomates sont plus dubitatifs, constatant que Mladic court toujours. Pour Bernard Kouchner, "les choses vont être plus faciles, mais ne préjugeons de rien".

Outre le cas Mladic, qui n’est pas rien, tous les communiqués de l’Union européenne relèvent que pour la Serbie, la route de l’Europe comprend la nécessité de la coopération et de la stabilité régionales, ce qui suppose à l’évidence, bien que non dit, l’acceptation de la réalité de l’indépendance du Kosovo.Dans les conditions actuelles, ceci est à l’antipode de la position de Belgrade. Le ministre des affaires étrangères d’Allemagne a eu dernièrement l’occasion de mettre, à cet égard, les pieds dans le plat.

La coopération et la stabilité régionales dépendent aussi, ce qui est moins évoqué, d’une solution pérenne du problème de la Bosnie-Herzégovine, qui n’adviendra pas tant que Milorad Dodik sera laissé libre de tailler à sa mesure le fief né de la purification ethnique réalisée par Karadzic et les siens, avec l’assentiment et sous l’impulsion de Milosevic.

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