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La RS après l’indépendance du Kosovo

vendredi 22 février 2008


Milorad Dodik, a participé à la grande manifestation de Belgrade co-organisée par le DSS, parti du chef du gouvernement serbe Kostunica et le parti radical de Nikolic, pour protester contre la proclamation de l’indépendance du Kosovo et affirmer que la Serbie ne l’accepterait jamais. Elle s’est terminée par de très violents incidents et l’attaque de plusieurs ambassades étrangères, entre autres celles de BH, de Croatie, de Turquie et des Etats-Unis, qui a été incendiée. Il s’est ainsi démarqué du Président Tadic, en visite à Bucarest, et des partis serbes dits proeuropéens qui ont préféré se tenir à l’écart d’une démonstration dont il était aisé de prévoir le caractère ultranationaliste, dans la tonalité des "meetings du peuple" du temps de la montée en puissance de Milosevic à la fin des années 80 et déjà sur le thème du Kosovo, des malheurs infligés au peuple serbe ,de sa résistance et de sa riposte, posant les prémisses de la guerre qui allait suivre. Cette manifestation a eu ses échos en RS avec des rassemblements, des défilés et des incidents dans plusieurs villes.

L’Assemblée de la RS s’est réunie au même moment pour prendre position sur le sujet. La résolution adoptée refuse d’abord toute "reconnaissance de proclamation unilatérale d’indépendance du Kosovo" et demande " à tous les représentants de la RS dans l’Etat de s’ y opposer". Elle précise ensuite les suites qu’elle compte donner à l’affaire en ces termes : " Si un nombre significatif des membres de l’ONU, notamment des membres de l’UE, reconnaissent l’indépendance du Kosovo....l’Assemblée pense qu’il s’agirait d’un précédent dans la reconnaissance du droit à l’autodétermination,dont celui à la sécession... Dans une telle situation, la RS serait en droit d’organiser un référendum pour décider de son statut étatique".

Dans son discours devant les députés, Milorad Dodik a déclaré que la RS se trouvait dans "un état de rébellion, de rébellion démocratique" contre les décisions de la Communauté internationale qui refuse à la RS ce qu’elle accorde au Kosovo et dont les représentants en BH prétendent décider de ce qu’il convient de faire dans le pays. Il a toutefois rejeté les propositions faites par certains partis et des ONG de RS d’engager immédiatement une procédure de référendum, l’estimant prématurée. Il continue, pour le moment, d’exiger que le Parlement de BH confirme la validité des accords de Dayton et la pérennité de l’entité serbe, la signature de l’Accord avec l’UE étant, pour lui, liée à cette condition. Son soutien à la réforme de la police telle qu’il l’a obtenue et qui répond entièrement à ses désirs lui permet à cet égard de se présenter en bon élève de l’Europe Il répète par ailleurs qu’une fois cet accord signé, le fonction de Haut-Représentant n’aurait plus de raison d’être. Autrement dit, et compte tenu de sa revendication d’inscrire dans la constitution un droit de sécession des entités , Milorad Dodik a le mérite de ne rien cacher de ses intentions : que l’Accord avec l’Union européenne soit conclu, que la Haut-Représentant parte, que les entités soient libres d’agir à leur guise, que nouvelle constitution ou pas, la RS lance son référendum et qu’elle rejoigne enfin la mère patrie serbe.

Face à cela, les autorités de Bruxelles, les ambassadeurs occidentaux en poste à Sarajevo, le Haut-Représentant s’en tiennent à leur credo de Dayton (la BH est formée de trois peuples constitutifs égaux et de deux entités qui n’ont pas droit à la séparation) et au constat que la BH n’est pas le Kosovo, sans autre explication .Cette plate explication de texte a un double défaut :

D’une part, elle fige le système politique bosnien dans sa paralysie en empêchant toute révision de son fonctionnement comme en témoigne finalement l’échec de la récente tentative du Haut-Représentant en ce sens. Elle masque aussi, et plus fondamentalement, que l’une des dispositions essentielles de l’accord de Dayton, celle inscrite dans son annexe 7, qui concerne les retours, n’a jamais été appliquée, ce qui justifierait, en soi, une remise en cause totale de ce texte.

D’autre part, elle ne répond absolument pas à l’argument ressassé non seulement en Serbie ou en RS, mais par toutes sortes de commentateurs étrangers, parfois éminents, notamment en France, selon lequel les Serbes de RS devraient avoir le même droit de séparer de la BH que les Albanais du Kosovo de la Serbie. Au-delà des arguments juridiques qui ne manquent pas, qu’ils soient fondés sur le statut du Kosovo dans la fédération yougoslave ou sur les termes mêmes de la résolution 1244, ou encore sur les jugements du TPI et de la CIJ qui ont établi la nature criminelle de la RS, ne faut-il pas voir, tout à la fois dans l’intégrité territoriale de la BH et l’indépendance du Kosovo la marque et la sanction de la défaite de la politique menée depuis des décennies, d’abord par Milosevic, puis par ses successeurs qui n’ont pas voulu rompre avec elle ? Au lieu de s’efforcer de comprendre les griefs des Serbes sur l’injustice qui les frappe, ne faudrait-il pas leur dire, comme l’ont fait Nenad Canak et Cedomir Jovanovic, au nom de l’opposition anti-nationaliste au Parlement de Serbie, que leur pays était en train de solder, douloureusement, mais inévitablement, les comptes de 20 années d’une politique désastreuse pour toute la région ?

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