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Les élections municipales en Bosnie-Herzégovine

mercredi 6 octobre 2004


45,5% des électeurs (42 dans la Fédération, 49 en RS et 64 dans le district de Brcko) ont participé aux élections municipales qui se sont tenues en Bosnie-Herzégovine le 2 octobre. Les résultats définitifs seront proclamés dans un mois, à l’issue du recensement des votes exprimés à l’étranger.

Le scrutin, le premier qui ait été organisé, depuis les accords de Dayton, par les autorités bosniennes elles-mêmes, s’est déroulé régulièrement, dans le calme et sans incidents notables. Le Comité Helsinki des droits de l’homme a néanmoins relevé que toutes les autorités religieuses s’étaient indirectement impliquées dans le soutien des formations politiques qui leur sont respectivement proches, HDZ pour les catholiques, SDA pour les musulmans et SDS pour les orthodoxes.

48 partis politiques, 18 coalitions et près de 150 candidats indépendants étaient en lice, ce qui n’était pas un gage de clarté du choix qui s’offrait aux électeurs.

Comme on s’y attendait, les partis nationalistes se sont, une fois encore, affirmés comme dominant le paysage politique bosnien, mais le terme de « percée nationaliste », souvent employé dans la presse française, ne correspond pas exactement à la réalité. Il s’agit d’abord d’une constante, seulement en partie démentie par les élections de 2000 et qui doit, de plus, être nuancée par la prise en compte de certains mouvements qui indiquent une évolution du corps électoral.

En Republika Srpska, le fait le plus saillant est le recul du SDS (parti créé par Karadzic) par rapport au SNDS (sociaux-démocrates de Milorad Dodik). Le premier contrôlera 37 municipalités et le second 14, dont Banja-Luka, principale ville de l’entité, mais aussi Trebinje, jusqu’ici considéré comme un bastion de l’ultra-nationalisme serbe en Herzégovine orientale. En terme de voix, le SNDNS devance même légèrement le SDS.

Dans la Fédération, on peut de même constater que les formations les plus nationalistes, si elles ont enregistré des gains par rapport aux élections municipales de 2000, ont reflué par rapport aux élections législatives de 2002. C’est le cas du HDZ qui, tout en l’ayant emporté à la tête d’une coalition à Mostar et conservé sa position dominante dans ses fiefs de Bosnie centrale et d’Herzégovine occidentale, a enregistré des reculs qui ont profité à des partis, comme le HSS (parti paysan croate), qui répudient l’extrémisme de l’ultra-nationalisme croate. Le SDA, de son côté, est loin de s’imposer sans opposition dans la zone qu’il prétend diriger. Le SDP a gardé la mairie de l’important centre industriel de Tuzla et résisté à Sarajevo, en conservant notamment la municipalité du centre-ville. Le parti de Zlatko Lagumdzia assure qu’il a consolidé son implantation locale en pénétrant dans une centaine de conseils municipaux, dans l’ensemble du pays. L’attribution de nombreux sièges de maires reste encore indécise en raison d’un deuxième comptage à effectuer.

Si l’on ne peut donc pas parler d’exacerbation ni même d’aggravation des tensions en Bosnie-Herzégovine, que montrerait ce scrutin, la stagnation qu’il révèle n’en est pas moins inquiétante, car elle nourrit le pourrissement de la situation. La faible participation, 45% en moyenne, ne paraît pas en elle-même anormale, en raison de l’objet local de la consultation et de la fréquence des élections qui se sont succédées dans le pays depuis plusieurs années. Que ce soient les électeurs jeunes et ceux des milieux urbains qui répugnent le plus à se rendre aux urnes, met néanmoins en relief le doute profond que les secteurs dynamiques de la société bosnienne entretiennent à l’égard de la classe politique du pays et des institutions qui lui ont été imposées, lesquelles, selon le quotidien « Oslobodjenje », ne correspondent pas au projet d’intégration européenne officiellement affiché. Ce journal estime que les résultats de ces élections traduisent l’ « état catastrophique » du pays.

Le SDP, qui a amorcé une remontée et le SNDS qui a remporté un franc succès, pourraient constituer l’axe d’une opposition solide à l’alliance des trois nationalismes opposés qui prétendent gouverner le pays. Le quotidien « Oslobodjenje » estime que la « question-clé est de savoir si ces deux partis sociaux-démocrates sauront trouver les moyens d’une coopération mutuelle pour ouvrir ainsi le processus de la démocratisation ». Il faut observer que de tels espoirs avaient déjà été émis dans le passé et qu’ils ont été déçus.

Beaucoup dépendra de la capacité de ces partis à renouveler leur personnel et leurs visions d’avenir, pour inspirer confiance aux générations montantes. « Oslobodjenje » note que l’option social-démocrate du SNSD risque d’être étouffée par les slogans nationalistes auxquels ne renonce pas ce parti et que le SDP, de son côté, reste handicapé par les réserves que ses dirigeants suscitent dans l’électorat de gauche, qui expliquent les bons résultats obtenus par le SDU, son rival issu d’une scission.

Dans ce sombre tableau, le paysage électoral du district autonome de Brcko mérite d’être remarqué, avec un record de participation de 64% et une confrontation qui donne le SDP et le SDS en tête, au coude à coude. Faut-il mettre ces résultats en relation avec le statut particulier du district et une prospérité sans pareille en Bosnie ? Ce serait à examiner.

Il est en tout cas certain qu’autant que les transformations internes au pays, compteront les décisions qui se prendront ailleurs, à Bruxelles, pour définir un nouveau cadre institutionnel et accompagner les changements nécessaires, à Zagreb et à Belgrade pour que la Bosnie-Herzégovine soit définitivement soustraite aux menaces irrédentistes qui pèsent toujours sur elle. De ce dernier point de vue, le deuxième tour des élections municipales en Serbie est gros de soucis, avec l’affirmation renouvelée d’un panserbisme qui ne décline pas. Quant aux chances d’une intervention positive de l’ U.E. la tournure que prend, notamment en France, le débat européen, ne pousse pas à l’optimisme.

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