Archives de la Lettre d'information de l'Association Sarajevo - Fondatrice Mirjana Dizdarevic

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La Serbie et Srebrenica

lundi 6 juin 2005


La diffusion, par les plus importantes chaînes de télévision serbes, de la vidéo projetée lors de l’audience du procès de Milosevic du 1° juin montrant l’exécution de six jeunes Bosniaques de Srebrenica par des membres du groupe paramilitaire « Scorpion », qui a commis de nombreux crimes pendant les guerres yougoslaves alors qu’il était sous le contrôle direct des autorités de Belgrade, n’a pas fini de produire ses effets.

En Serbie même, les groupes qui n’ont cessé de se battre pour que soient reconnues la réalité des faits et les responsabilités serbes dans le tragique déroulement des événements survenus depuis la fin des années 80, peuvent enfin commencer de se faire entendre au-delà de leur petit cercle de résistants, isolés dans un environnement indifférent ou hostile. C’est d’ailleurs Natasa Kandic, directrice du Fonds humanitaire pour les droits de l’homme, qui, en toute connaissance des risques qu’elle prenait, s’est procuré et a remis au TPI l’enregistrement qui vient d’être révélé. Les huit organisations qui constituent le fer de lance du secteur de la société serbe qui s’est maintenu à contre-courant de l’opinion dominante, avaient auparavant déjà demandé à l’Assemblée nationale de Serbie d’adopter une déclaration sur Srebrenica reconnaissant l’implication de la Serbie dans le crime commis. Le Président de l’Assemblée a refusé que la question soit mise à l’ordre du jour, sous prétexte que le massacre n’avait pas eu lieu sur le territoire de la Serbie. Il a néanmoins promis qu’il en discuterait avec les représentants des groupes parlementaires.

Le choc créé dans le pays permet en tout cas à ceux des dirigeants serbes qui comprennent que la Serbie ne pourra éternellement se soustraire aux injonctions internationales de coopérer pleinement avec le TPI, de préparer l’opinion à une arrestation éventuelle de Karadzic et de Mladic, encore considérés tout récemment comme des héros par les deux-tiers de la population. L’arrestation immédiate de dix des participants aux assassinats atroces montrés dans le film, prouve que la police serbe ne manque pas d’informations et de moyens pour exécuter ses obligations. Carla Del Ponte ne peut qu’être renforcée dans son exigence d’un règlement rapide du cas des deux « fugitifs », qu’elle ne cesse de réitérer à tous ses interlocuteurs, publics ou privés. Dans un entretien qu’elle a eu à Sarajevo avec une délégation de l’association « Mères de Srebrenica et de Zepa », elle aurait fait état d’un engagement du président serbe Boris Tadic de faire arrêter Mladic dans les délais les plus courts.

La production de ce document clé, qui en laisse prévoir d’autres, est par ailleurs capitale sur le plan judiciaire, aussi bien pour ce qui concerne le jugement de Milosevic, dont une partie de la défense consiste à nier l’intervention directe des forces de Belgrade à Srebrenica - comme plus généralement en Bosnie - que le sort de la plainte pour génocide, déposée par la B.-H. contre la Serbie devant la Cour Internationale de Justice.

L‘apport de ce nouvel élément, avec ses suites possibles, ne peut manquer d’avoir des répercussions en Bosnie-Herzégovine et notamment en Republika Srpska, enfermée pour l’heure dans son refus de procéder à la réforme de la police selon les principes énoncés par l’Union européenne et toujours exposée aux remous de l’affaire, non réglée, des faux serments prononcés par les jeunes recrues de Bileca et de Manjaca. La dernière péripétie de cette affaire est la destitution du chef d’état-major de l’armée de la RS par les autorités de l’EUFOR et de l’OTAN.

Dans la Fédération, les partis au pouvoir essaient de s’adapter à l’air du temps, qui est au changement. Le HDZ, à l’issue d’un congrès contesté par une partie de ses membres, a porté à sa présidence Dragan Covic, qui avait été évincé de la Présidence collégiale de l’Etat par le Haut-Représentant. Le nouveau président du parti nationaliste croate s’est engagé à le moderniser et a proposé des modifications constitutionnelles, avec la création d’une troisième entité, croate, si la RS était maintenue.

Le congrès du SDA, tenu en mai, avait réélu comme président Sulejman Tihic, considéré comme modéré, en écartant de sa direction quelques dirigeants réputés conservateurs. Le Premier ministre SDA de B.-H. Adnan Terzic vient, de son côté, de préconiser la tenue d’élections anticipées, seul moyen, selon lui, de sortir de la crise qui paralyse le pays, formule qui lui aurait été soufflée, selon « Oslobodjenje », par le Haut-Représentant Paddy Ashdown.

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