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Pas d’exemption de visas pour les citoyens de Bosnie-Herzégovine

vendredi 13 novembre 2009


Le Parlement européen a adopté le 12 novembre une résolution recommandant l’exemption de visas d’entrée dans l’espace Schengen pour les citoyens de la Macédoine, du Monténégro et de la Serbie, à partir du 19 décembre 2009. La majorité des députés a suivi la rapporteure slovène de la Commission des Affaires civiles, Tanja Fajon, pour demander que la Bosnie-Herzégovine et l’Albanie soient, elles aussi, inscrites sur la ’liste blanche". Cela a été obtenu, mais avec des conditions d’application qui renvoient la libéralisation attendue à plus tard, "après une évaluation de la Commission confirmant que chacun de ces pays répond à tous les objectifs de référence…" La Bosnie et l’Albanie sont invitées à procéder aux réformes nécessaires pour atteindre ces objectifs, étant entendu que la Commission devra aider les autorités compétentes à le faire et présenter un rapport sur les progrès accomplis, au début de l’année 2010.

Malgré les amendements apportés au projet initial de la Commission de Bruxelles, la discrimination qui frappe les Bosniens et plus particulièrement les Bosniaques, demeure donc. L’épouse du Ministre des Affaires étrangères de Suède Carl Bildt, la députée Anna Maria Corazza Bildt, a joué un rôle important dans le maintien de cette mise à l’écart de la Bosnie-Herzégovine, contre l’avis de la rapporteure Tanja Fajon. Les principales oppositions, dans les instances européennes, à l’entrée de la BH dans l’espace Schengen seraient venues de l’Allemagne, de l’Espagne, de la France et de l’Italie.

De nombreux observateurs, et non des moins avertis puisqu’ils comptent parmi eux la plupart des anciens Hauts-Représentants, ont relevé l’effet dévastateur, en Bosnie-Herzégovine, d’une telle inégalité de traitement entre les pays de l’ex-Yougoslavie. Dans le contexte régional, elle apparaît comme jouant d’abord en faveur de la Serbie, qui se voit considérée comme le pilier de l’intégration européenne des Balkans occidentaux, malgré l’inexécution de ses engagements concernant Mladic, malgré son peu d’empressement à tempérer l’activisme négatif de Dodik, malgré son refus d’apaiser ses relations avec le Kosovo, malgré aussi une orientation pro-russe peu compatible avec l’affichage de valeurs européennes.

Le soupçon est alors fondé que le refus de lever la barrière des visas soit un instrument de chantage pour arracher aux partis de la Fédération un accord à tout prix dans le cadre du processus de Butmir auquel s’accrochent les médiateurs internationaux, notamment les Européens. Il s’agirait de contraindre ces partis d’accepter les réformes minimales tolérables par les dirigeants de la RS, qui ne toucheraient en rien les compétences des entités et leurs pouvoirs de blocage par le maintien du "vote par entité", autrement dit qui laisseraient le pays se disloquer sans fin. Cette perspective se concrétiserait si le PIC ( Conseil de mise en œuvre des accords de Dayton) décidait ensuite de fermer le Bureau du Haut-Représentant pour transférer la pleine représentation internationale à un envoyé spécial de l’Union européenne attribué d’une mission de conseil. Alors que toutes les rencontres entre interlocuteurs bosniens, avec ou sans participation étrangère, échouent les unes après les autres, il est peu probable qu’une décision ferme soit prise à l’issue de la réunion du PIC des 18 et 19 novembre, mais on parle déjà de la réunion suivante de février 2010.Autant de temps gagné ou plutôt perdu.

Tout ceci se passe pendant que Biljana Plavsic est reçue chaleureusement à Banja Luka par les dirigeants de la RS, que Radovan Karadzic réussit à retarder l’ouverture de son procès, que le commandant de l’armée qui a assiégé Sarajevo, Dragomir Milosevic, voit sa peine réduite de 33 à 29 ans de prison, et que de l’autre côté, dans la Fédération, la polémique sur les agissements criminels et la corruption des uns et des autres, bat son plein.

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