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Bosnie-Herzégovine:une année sans gouvernement

mardi 27 septembre 2011


Un an après les élections d’octobre 2010, la Bosnie-Herzégovine n’ a toujours pas d’autre gouvernement que celui investi par la Chambre des représentants issue des élections de 2006 et rien n’indique qu’une solution proche soit en vue. Après deux réunions de discussions entre les six principaux partis du pays, à Mostar puis à Sarajevo, celle qui s’est tenue à Brcko le 26 septembre n’ a abouti à rien. Entre les critères de la rotation des fonctions sur la base nationale (non inscrite dans la constitution de Dayton), de l’égalité de la représentation des « peuples constitutifs » de BH (appréciée différemment selon les partis), de la représentation des « minorités » ou des « autres », de la reconnaissance du fait majoritaire dégagé par les élections, les motifs d’opposition sont tels qu’ils offrent toutes les possibilités de désaccord, sans même compter les divergences sur le fond des problèmes, dont le principal est celui de la nature et de l’avenir du pays. Or ce qui est essentiellement en cause, c’est bien ce dernier point sur lequel le Président de la RS, Milorad Dodik, a le mérite de la clarté lorsqu’il ne cesse de proclamer que la Bosnie-Herzégovine n’a pas d’avenir et qu’il agit pour qu’il en soit ainsi en s’opposant à toute tentative de renforcer les institutions centrales du pays, en cherchant même à les diminuer. Cela est le cas avec sa contestation des institutions judiciaires communes, ce l’est encore quand il risque de faire perdre à la BH 96 millions d’euros d’aides de l’UE en refusant qu’une partie de ces aides ( 8 millions) aille à des projets qu’il estime relever de compétences centrales illégales (agriculture, emploi, statistiques, justice). Tout lui est bon pour restreindre les capacités d’action des autorités bosniennes centrales, en vue de parvenir à la dissolution du pays, objectif qu’il ne cache pas.

L’Union européenne a manifesté son intention de soutenir le processus de l’intégration européenne de la BH en y envoyant un Représentant spécial en la personne du diplomate danois Peter Sorensen, familier des problèmes de la région, ce qui a déchargé de cette fonction Valentin Inzko qui la cumulait avec celle de Haut- Représentant de la Communauté internationale, nommé par le Conseil de Sécurité des Nations-Unies. Il est certes trop tôt pour porter un jugement sur l’action du nouvel émissaire arrivé à Sarajevo début septembre. Mais il y a fort à parier que s’il se contente de donner des conseils et d’adresser des objurgations aux parties en présence pour qu’elles trouvent les compromis nécessaires pour rendre les institutions bosniennes « efficientes », comme le demande Bruxelles, il obtiendra les mêmes résultats que ses prédécesseurs, c’est-à-dire pas grand chose. La réalité est celle que viennent de décrire, après d’autres, sur « Slobodna Evropa », les analystes allemands Florian Bieber et Bodo Weber, selon lesquels l’UE n’ a pas de solution à la crise en BH, qu’elle n’a ni de stratégie, ni de volonté pour harmoniser sa politique avec la réalité du terrain. Bien placé pour émettre un avis, l’ancien Haut-Représentant Miroslav Lajcak avait déjà exprimé une opinion analogue en août 2009, du temps où il était devenu ministre des affaires étrangères de Slovaquie, et le fait qu’il soit maintenant directement en charge des questions des Balkans auprès de Catherine Ashton, avec une complaisance marquée à l’égard de Milorad Dodik , ne change rien, mais plutôt confirme ces propos désabusés.

L’éditorialiste du journal « Le Monde » du 22 septembre écrivait justement à propos du conflit israélo-palestinien que « cette idée que seuls les intéressés arriveront à la paix est une faribole que l’histoire dément, au Proche-Orient et ailleurs ». La Bosnie Herzégovine fait partie de cet « ailleurs », même si la paix n’ y est pas immédiatement menacée, mais qu’est seulement en question l’existence d’un pays au coeur des Balkans. Qu’un conflit armé comme celui qui a déchiré la BH de 1992 à 1995, avec tous les crimes qui l’ont accompagné, soit maintenant improbable, explique sans doute que « Le Monde » comme l’ensemble des médias français, accordent si peu d’importance à la situation de ce pays dont la désintégration ne manquerait pas d’affecter l’Europe dans son ensemble.

On ne répétera jamais assez que l’intenable état actuel de la Bosnie-Herzégovine résulte directement de l’incapacité de la Communauté internationale, et d’abord de l’Europe première concernée, à prévenir et arrêter la destruction du pays, puis à bien régler les suites du conflit, qui ont été mal réglées par les accords de Dayton et leur application dans le sens voulu par les nationalistes serbes qui, vaincus dans la guerre, ont été libres de continuer leur politique dans la paix. L’Union européenne ne peut donc se contenter d’agir en arbitre qui compte les coups entre parties égales, elle doit prendre parti pour participer à l’édification, en Bosnie-Herzégovine, d’un système politique démocratique et viable, respectueux des droits individuels et nationaux, en conformité de ce qu’on appelle les « valeurs européennes ». Est-ce trop demander ?

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