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Communiqué de l’UNHCR sur les retours en Bosnie-Herzégovine

vendredi 24 septembre 2004


Le cap du million de retours vers la Bosnie-Herzégovine est passé

21 septembre 2004

GENÈVE. Un tournant décisif a été atteint dans la reconstruction de la Bosnie-Herzégovine, dévastée par la guerre entre 1992 et 1995, avec le passage du cap d’un million de retours, réfugiés et personnes déplacées confondus, a annoncé ce mardi l’agence des Nations Unies pour les réfugiés.

D’après les dernières statistiques compilées par le HCR, 1 000 473 personnes - soit tout juste plus de la moitié des deux millions de personnes déplacées de force par la guerre - étaient rentrées chez elles à la fin du mois de juillet. Parmi elles, 444 147 étaient des réfugiés qui avaient quitté le pays et 560 326 étaient des personnes déplacées à l’intérieur du territoire.

« On ne peut trop insister sur la signification de ce tournant » estime le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Ruud Lubbers. « Il démontre la détermination de ces populations de Bosnie-Herzégovine à tourner la page sur ce chapitre dévastateur de leur histoire. Il démontre aussi comment les efforts et les ressources considérables consacrés à la résolution des problèmes à la source des déplacements dans les régions d’origine, bénéficient aussi à la communauté internationale : au cours des années 90, les nations d’Europe occidentale recevaient en effet des centaines de milliers de demandes d’asile chaque année, en provenance de Bosnie-Herzégovine. Aujourd’hui, elles n’en reçoivent plus qu’une fraction. »

Près des trois-quarts des retours se sont opérés vers la Fédération de Bosnie-Herzégovine, tandis que le dernier quart concernait la République serbe de Bosnie. Près de vingt mille personnes sont retournées vers le district de Brcko, administré séparément par rapport aux deux autres entités définies par les accords de Dayton en 1995.

« Nous pouvons nous réjouir de ces nombreux retours, a ajouté M. Lubbers, mais il ne nous faut pas oublier le courage qu’il a fallu à bon nombre d’entre ces personnes pour prendre une décision difficile, face à la multitude de problèmes juridiques, économiques et sociaux qui persistent actuellement. Près de neuf ans après les accords de Dayton, des progrès énormes ont été réalisés, mais de grosses difficultés doivent encore être surmontées et le soutien de la communauté internationale est encore nécessaire pour les années à venir. »

Le délégué du HCR à Sarajevo, M. Udo Janz, a pour sa part précisé que même si le nombre global des retours avait nettement diminué au cours des deux dernières années, il était toutefois encourageant de constater qu’une large proportion des retours s’était faite vers des régions où les personnes se retrouvent en situation de minorité, y compris vers des localités très touchées par la guerre et où de nombreuses atrocités se sont déroulées.

« Il est évident que dans beaucoup de régions la situation reste instable. Le défi auquel nous devons faire face est donc de renforcer la position des personnes qui sont d’ores et déjà rentrées, pour s’assurer que leur retour soit durable » a indiqué M. Janz.

« Pendant les sept premiers mois de cette année, a-t-il poursuivi, 15 470 personnes sont revenues au total, dont 10 589 - soit les deux-tiers - qui se retrouvent en minorité dans leur région. Ces retours de minorités ont été particulièrement marqués dans certaines zones, notamment à l’est de la République serbe de Bosnie, à Bratunac, Srebrenica et Zvornik. »

Depuis 1996, le nombre de retours en situation de minorité s’élève ainsi à 446 795, soit plus de la moitié des rapatriements pendant cette période.

« Il est crucial que la communauté internationale, ainsi que les autorités de Bosnie-Herzégovine à tous les niveaux, continuent d’assister les personnes qui sont revenues et celles qui décideront de le faire à l’avenir, affirme le délégué. La loi sur la propriété, qui permet aux propriétaires de reprendre possession de leurs résidences d’avant-guerre, occupées par d’autres, a largement contribué au succès du programme de rapatriement. Mais les gens ont encore besoin de soutien pour reconstruire leur maison, lorsqu’elle a été détruite. Ils doivent aussi gagner leur vie, et ont besoin d’aide dans ce domaine aussi. Les personnes qui font partie de minorités ont tout particulièrement besoin de cette assistance au retour. »

Le HCR avait ouvert son bureau en Bosnie en 1991, avant que le conflit n’éclate. En 1995, l’agence se trouvait à la tête d’une vaste opération humanitaire au profit d’environ 1,5 million de gens. Celle-ci comprenait, entre autres, l’acheminement de convois humanitaires et le pont aérien de Sarajevo, le plus long de l’histoire. Selon les termes de l’accord de Dayton, l’agence s’est ensuite attachée à accompagner le retour des réfugiés et des déplacés, pour que ce retour s’effectue de manière durable et dans la sécurité. Depuis lors, en coopération avec de nombreuses autres agences internationales et ONG, le HCR a aidé à la reconstruction de milliers de maisons et soutenu un grand nombre de projets dans le domaine de la réintégration, de la formation et de la création d’activités génératrices de revenus.

Au total, plus de 500 millions de dollars ont été dépensés par le HCR pour soutenir des projets dans le pays depuis 1995. Mais, avec le déclin constant des fonds humanitaires disponibles pour l’aide au retour, l’agence compte de plus en plus sur l’implication des agences de développement et des institutions bancaires pour combler le fossé entre assistance humanitaire et développement durable.

« Il y a encore tant à faire, répète Udo Janz, dans le domaine de la réparation des infrastructures, du logement, de la création d’emploi, et des investissements dans les secteurs de la santé et de l’éducation. La reconstruction d’un pays ravagé, tant physiquement qu’économiquement et psychologiquement, ne peut être que longue. »

Il reste encore de nombreux réfugiés de Bosnie-Herzégovine dans les pays de la région, dont environ 100 000 en Serbie et Monténégro et en Croatie. Sans doute une cinquantaine de milliers d’autres se trouvent dans d’autres parties de l’Europe ou ailleurs, sans que des solutions durables ne se dessinent pour eux. On estime enfin que quelque 313 000 personnes sont encore déplacées à l’intérieur même de la Bosnie-Herzégovine, et que les cinq cent mille réfugiés restants ont trouvé asile ou même une nouvelle citoyenneté dans un autre pays du monde.

NDLR de la "Lettre de Sarajevo" :
Le très relatif optimisme de l’UNHCR,qui constate que plus de la moitié des personnes qui ont dû quitter la B.-H. n’est pas rentrée au pays,doit être fortement tempéré par les propos de son représentant à Sarajevo, Udo Janz, sur la précarité et la fragilité de nombreux retours dits "minoritaires", c’est à dire dans dans des zones sous le contrôle de groupes nationalistes hostiles. Tous les observateurs notent en effet que ces retours officiellemnt comptabilisés ne sont souvent que provisoirs en raison des difficultés de tous ordres qui empêchent une réinstallation durable des personnes et des familles qui veulent regagner leurs foyers d’origine.


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