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L’Union européenne et les "Balkans occidentaux"

samedi 29 mai 2004


Si la question des frontières de l’Europe se pose, elle ne concerne pas les pays des « Balkans occidentaux » qui, selon la terminologie bruxelloise, désignent la région formée par l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, la Macédoine et la Serbie-Monténégro (Kosovo fictivement inclus). Géographiquement, historiquement, cette partie de notre continent est, à l’évidence, européenne. Cette réalité a été admise par les Conseils européens qui se sont succédé depuis 1999, avec la définition d’un « processus de stabilisation et d’association » puis la reconnaissance à ces pays de la qualité de candidats potentiels. Le sommet U.E.-Balkans occidentaux de Thessalonique de juin 2003 a établi l’agenda de la marche vers l’adhésion, au travers d’accords de stabilisation et d’association soutenus par des partenariats avec Bruxelles.

Ces accords existent avec la Macédoine et la Croatie tandis que des négociations sont engagées avec l’Albanie et que l’étude de faisabilité pour la Bosnie-Herzégovine a été approuvée en 2003. La Commission de Bruxelles vient de donner un avis favorable à la candidature de la Croatie, qui rejoint ainsi la Bulgarie et la Roumanie dans le peloton des prochains élus.

Les opinions publiques et les gouvernements de la région expriment tous le désir d’appartenir à l’U.E. S’il entre dans cette attraction une soif de bénéficier d’une sécurité et d’un bien-être censés venir avec l’Europe, il serait malséant de n’y voir que cela. Au-delà des avantages attendus, il y a aussi l’aspiration à participer, sans restriction, à un ensemble européen cimenté par une histoire et des principes communs.

S’agissant des pays de l’ex-Yougoslavie, un facteur particulier est à prendre en compte. L’Europe, telle qu’elle vit et s’organise, peut en effet se présenter comme un modèle et une contrainte pour réaliser les transformations indispensables au rétablissement de leurs équilibres intérieurs et extérieurs. On pense, non seulement aux réformes économiques, mais aussi et plus encore, à l’instauration d’Etats de droit, notamment pour ce qui touche aux relations entre citoyens de nationalités différentes. L’autorité tutélaire du droit européen ne serait-elle pas à même de s’ériger en gardienne des libertés que l’Etat national, trop souvent Etat ethnique, est incapable d’assurer ?

Cette question pointe la plus importante, peut-être, des nombreuses difficultés que doivent surmonter les pays de la région. Elle porte sur le sens de certaines postures et proclamations pro-européennes. Le cas des dirigeants de Belgrade est, de ce point de vue, exemplaire. La tournure des événements en Serbie, où s’est reconstitué, après l’assassinat de Zoran Djindjic, une majorité reflétant toutes les nuances du nationalisme extrême, illustre le caractère artificiel d’une orientation européenne affirmée, mais démentie dans les faits.

Cette ambivalence se retrouve, à des degrés divers, dans les autres pays de la région, dont aucun n’est sorti indemne de l’épreuve des crises, des destructions et des massacres qui ont marqué les années de guerres et leurs suites. La tendance au repli national, à l’exclusion ethnique et à la xénophobie, si elle n’est pas propre aux Balkans, y entraîne un redoublement des dangers.

Il faut rappeler que ces dangers, s’ils menacent d’abord les peuples de la région, n’y sont pas, pour autant, circonscrits. C’est pourquoi l‘Union européenne, ses gouvernements et ses opinions publiques ont tort de s’intéresser si peu à l’avenir des « Balkans occidentaux » La persistance, à plus forte raison l’aggravation des tensions et des crises peuvent mener à de nouvelles explosions de violence, avec des répercussions inévitables dans toute l’Europe.

L’intégration de ces pays à l’Union européenne n’est certes pas une panacée et il est vrai qu’elle rencontre d’énormes obstacles. Aux retards qu’ont dû combler les dix nouveaux Etats membres, s’ajoutent les dégâts humains, matériels et sociaux des années de guerres et les problèmes nés de l’imposition de solutions incohérentes, fruits de compromis alambiqués. Les constructions baroques résultant des accords de Dayton pour la Bosnie-Herzégovine, de la résolution 1244 pour le Kosovo et de l’union de la Serbie et du Monténégro ordonnée par Bruxelles, paralyseraient les meilleurs des gouvernements, dans les contextes les plus favorables à un exercice paisibles des pouvoirs.

On est loin de ce climat dans les Balkans. C’est pourtant la situation face à laquelle ils se trouvent que doivent affronter les peuples de la région et leurs représentants, comme les puissances européennes qui ne peuvent éluder leurs responsabilités passées et présentes. L’appel à la prise en mains de leurs affaires par les peuples de la région, l’injonction nécessaire de se plier aux obligations internationales qui incombent à leurs dirigeants, par exemple celle de coopérer avec le TPI, doivent s’accompagner d’un soutien à la constitution de systèmes politiques viables, fonctionnant dans des espaces clairement délimités, ainsi que d’une aide économique massive.

Il revient à chacun des pays de la région de choisir son destin. Si certains préfèrent se réfugier dans leur mythologie nationale plutôt que de se tourner vers l’avenir, ils peuvent le faire, avisés des déboires auxquels ils s’exposent. Quant à ceux qui prouvent en actes qu’ils ont opté pour l’ouverture européenne, ils seraient en droit d’attendre de l’U.E. qu’elle ne complique pas les procédures ni ne lésine sur les moyens pour les accueillir.

Est-ce faire preuve de pessimisme que de relever que cette vision ne semble pas, malgré l’exception croate, être celle retenue par les responsables politiques européens qui manquent singulièrement de conviction et de crédibilité dans les propos et les promesses qu’ils émettent, a de rares occasions, sur le sujet ? Gageons que les Balkans n’occuperont pas une grande place dans la campagne électorale européenne.

Faïk Dizdarevic, Maurice Lazar

Article paru dans « La Lettre de Confrontations Europe », avril-mai 2004, bimestriel dirigé par Philippe Herzog. www.confrontations.org


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