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Du nouveau pour la Bosnie ?

mardi 11 novembre 2008


Le Conseil des ministres des Affaires étrangères et de la Défense des pays de l’UE a entériné le 10 novembre, concernant la Bosnie-Herzégovine, les propositions élaborées par la Présidence de l’Union, son chargé des relations internationales et son commissaire à l’élargissement. Elles sont censées représenter un changement de stratégie pour résoudre les problèmes de ce pays en lui permettant de prendre effectivement le chemin de l’intégration européenne. Cette nouvelle orientation tient en six points : engagement accru de l’UE en BH ; présence accrue ; nouvelle résolution de Conseil de sécurité en vue de clore le Bureau du Haut-Représentant ; maintien d’un fort engagement de la Communauté internationale en BH ; utilisation active et complète en BH des instruments à la disposition de l’UE ; soutien à des réformes constitutionnelles évolutives en BH. Sous leur formulation plutôt vague, ces propositions expriment le souhait ou peut-être la volonté de l’UE de s’attaquer elle-même aux blocages qui empêchent la BH de sortir de sa régression, en incitant fortement et efficacement les dirigeants bosniens à procéder aux réformes nécessaires, dans le cadre maintenu des accords de Dayton.

Reprenant les critiques rituellement énoncées à l’encontre de la classe politique des deux entités, le Conseil "s’est déclaré très préoccupé par la récente évolution de la situation politique en Bosnie-Herzégovine, notamment par l’utilisation d’une rhétorique nationaliste et la mise en œuvre de décisions unilatérales par certains responsables qui remettent en cause les compétences communes et les fondements de l’Etat". Mais cette semonce a été amortie par l’annonce, deux jours avant la tenue du Conseil, d’un accord intervenu entre les trois partis "ethniques" dominants, le SNSD de Milorad Dodik, le SDA de Sulejman Tihic et le HDZ-BIH de Dragan Covic. Ces trois dirigeants se sont, en un tournemain, entendus sur des questions qui les opposent depuis des mois et des années. Ils se sont ainsi mis d’accord sur un processus de réforme de la Constitution, sur les rubriques du recensement, sur le statut définitif de Brcko et sur le régime de la propriété des biens publics. Notant "avec satisfaction l’accord intervenu entre trois des principaux parti bosniens", les ministres européens ont prudemment "appelé à une concrétisation rapide de ces propositions et invité les forces politiques bosniennes à se rassembler autour de ce projet".

La réalisation de ce soudain accord se heurte effectivement à un double obstacle. Il faudrait d’abord convaincre de sa justesse les formations politiques qui n’ont pas été associées à sa conclusion. Si Milorad Dodik n’a rien à craindre de la part des autres partis de la RS, il n’en va pas de même dans la Fédération où le SDA et le HDZ-BIH doivent compter avec l’opposition de leurs frères ennemis du SBiH d’Haris Silajdzic et du HDZ-1990 de Bozo Ljubic , membres de la coalition gouvernementale, et l’attitude du SDP (sociaux-démocrates) qui n’en fait pas partie. Le SBiH reproche au SDA d’avoir tout cédé à Dodik, le HDZ-1990 reproche au HDZ-BIH d’avoir oublié la revendication croate de troisième entité. De fait, Milorad Dodik a bien obtenu ce qu’il voulait sur le recensement qui devrait comporter les mentions relatives à la nationalité, la religion et la langue et la propriété des biens publics qui reviendrait largement aux entités. Il a consenti, en contrepartie, à ce qu’un programme d’encouragement aux retours soit établi et que soit ouvert le chantier de la réforme constitutionnelle pour pallier les défauts de fonctionnement des institutions.

Seulement, et c’est le plus grave doute qui pèse sur la valeur et l’avenir de l’accord vite qualifié d’ "historique" par ses auteurs, l’aide aux retours pourrait n’être qu’un nouveau faux-semblant et la réforme de la constitution un leurre si les dirigeants de RS ne renversaient pas leurs positions sur le droit de veto des entités et l’élargissement des compétences des autorités centrales au détriment de celles des entités. On a le droit de penser que l’on n’en est pas encore là et que l’accord miracle d’ Odzak , du nom de la localité où il a été signé, n’ait été qu’une démonstration de façade pour prévenir les foudres d’une Union européenne en veine de sévérité, tout comme l’a été la énième et infructueuse recherche de Mladic dans une usine de Valjevo par les forces de sécurité serbes.

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