Archives de la Lettre d'information de l'Association Sarajevo - Fondatrice Mirjana Dizdarevic

Association Sarajevo

Accueil du site > Analyses et commentaires > Europe du Sud-Est > Absurdité et confusion

Absurdité et confusion

Des suites de l’affaire Hartmann à la situation en Bosnie-Herzégovine

dimanche 20 novembre 2011


Dans les grands chamboulements des crises mondiale et européenne, la situation singulière des pays de l’ex-Yougoslavie qui ne se sont pas remis des conflits et des guerres des années 90 paraît plus que jamais absente des préoccupations et des interrogations des grands médias. Il faut que l’insolite et l’absurde ressortent particulièrement de certaines informations pour que celles-ci passent le barrage du silence. Il en va ainsi de la « condamnation » de Florence Hartmann par le TPI à sept jours de prison pour avoir refusé de verser directement à ce tribunal les 7OOO € de l’amende qu’il lui avait infligée pour avoir, non divulgué, mais mentionné et analysé, en sa qualité de journaliste et d’écrivain, l’accord passé avec les autorités serbes afin de dissimuler les preuves capitales de l’agression de la Serbie de Milosevic contre la Bosnie-Herzégovine, ce qui a eu des conséquences considérables, notamment pour modérer le verdict de la Cour internationale de Justice dans l’affaire de la plainte de la BH contre la Serbie, qui a ainsi pu échapper au verdict le plus lourd. Florence Hartmann a préféré consigner cette somme sur le compte bancaire de son comité de soutien, à charge pour le TPI d’en demander la saisie aux autorités françaises qui auraient alors à arbitrer entre leur obligation de coopérer avec le TPI en exécutant le 142° mandat d’arrêt international lancé par le tribunal et celle de se conformer à la Convention européenne des droits de l’homme en matière de protection de la liberté des journalistes et d’administration d’une bonne justice. Les magistrats du TPI se sont, en effet, en l’occurrence mis en position d’être à la fois juges et parties. Dans les commentaires de cette décision du Président du TPI, l’indignation se mêle justement de dérision à l’idée de voir Florence Hartmann partager sept jours de sa vie dans une cellule voisine de celles de Karadzic, Mladic ou Seselj….

Mais, à y bien regarder, l’absurdité et la confusion sont la règle en ce qui concerne la région, qu’il s’agisse des discussions générales sur son avenir européen, alors que l’Union européenne est en pleine crise existentielle et que son élargissement devient de plus en plus problématique, ou des problèmes propres à chacun de ses pays.

La Serbie est dans l’attente de la décision du Conseil européen qui doit statuer le 9 décembre sur sa demande de candidature à l’UE, en fait suspendue à l’amélioration des relations entre Belgrade et Pristina tandis que la situation dans le nord du Kosovo demeure tendue et que la mésentente règne partout, aussi bien entre les deux capitales qu’au sein du gouvernement de Belgrade, empêtré et divisé par ses contradictions, en lui-même et par rapport aux Serbes du Kosovo travaillés par l’opposition ultra-nationaliste. 20.000 Serbes de la « province » auraient demandé la citoyenneté russe, aux dires du Ministre des Affaires étrangères serbe Vuk Jeremic, qui l’interprète comme un appel au secours, somme toute légitime. Cela, la demande comme l’appréciation du ministre, en dit long sur les tendances profondes de la société serbe, partagée entre européanisme et affinités russo-orthodoxes.

Quant à la Bosnie-Herzégovine, c’est « rien de nouveau à signaler » : toujours pas de gouvernement, même stagnation, mêmes oppositions, rapport du Haut-Représentant Valentin Inzko au Conseil de Sécurité, en date du 15 novembre, plus négatif que jamais, avec mauvais points accentués pour les dirigeants de la RS et des deux partis nationalistes croates HDZ. L’information relativement nouvelle est que l’Allemagne se soit déclarée au Conseil de Sécurité pour une « délocalisation à l’étranger » du Bureau du Haut-Représentant, ce qui préluderait à sa suppression, en faveur de l’accroissement du rôle du Représentant spécial de l’UE., Peter Sorensen, en poste depuis début septembre. On s’acheminerait dès lors vers un pilotage européen exclusif de l’intervention internationale en BH, solution qui aurait aussi, au sein de l’UE, la faveur de la France et de l’Espagne. La Russie a depuis longtemps exprimé l’avis que soit abolie la fonction de Haut-Représentant de la Communauté internationale, qu’entendent toujours préserver les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la Turquie. S’il paraît logique et naturel que l’Union européenne s’implique en première dans la résolution de la question bosnienne, la grande incohérence de la politique qu’elle a menée jusqu’ici en la matière a de quoi inquiéter pour la suite, dans les circonstances actuelles de délitement de la construction européenne, doublé de l’influence de l’adjoint de Catherine Ashton, le diplomate slovaque Miroslav Lajcak, qui ne se pose pas en partisan fanatique de l’intégrité et de l’unité de la Bosnie-Herzégovine, bien au contraire.

Association Sarajevo


© Association Sarajevo - 17, rue de l'Avre 75015 Paris - http://www.association-sarajevo.org/

Nous contacter - Référence légales - Suivre la vie du site RSS 2.0 - Plan du site - Espace privé - SPIP