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L’UE et les Etats-Unis convoquent les dirigeants bosniens à une réunion

dimanche 4 octobre 2009


L’aggravation, chaque jour croissante, de la situation politique en Bosnie-Herzégovine, décrite récemment comme un " cauchemar" par le général français Henri Bentégeat, président du comité militaire de l’UE, a finalement fait réagir les tuteurs internationaux du pays, à savoir l’Union européenne et les Etats-Unis. Le ministre des Affaires étrangères de Suède, pays qui préside actuellement l’UE, Carl Bildt, et le secrétaire-adjoint du Département d’Etat américain, Jim Steinberg, viennent de convoquer les principaux dirigeants bosniens à une réunion qui doit se tenir le 9 octobre à Butmir, à laquelle participera aussi le commissaire de l’UE à l’élargissement, Olli Rehn. Les lettres d’invitation ont été envoyées aux chefs de trois partis dont le siège est en RS, dont l’un, le SNSD de Milorad Dodik, dirige le gouvernement de l’entité et les deux autres sont dans l’opposition, et de cinq partis établis dans la Fédération, deux partis nationalistes bosniaques, SDA de Sulejman Tihic et SBiH d’Haris Silajdzic, deux partis nationalistes croates, HDZ BiH et HDZ 1990 et un parti se voulant multinational, le SDP de Zlatko Lagumdzia, dans l’opposition au niveau de l’Etat central comme dans la Fédération. La palette des participants est ainsi bien plus large que celle du "processus de Prud", quasiment enterré, qui ne comprenait que les dirigeants des trois principales formations nationalistes du pays et de la majorité gouvernementale, Milorad Dodik pour le SNSD serbe, Sulejman Tihic pour le SDA bosniaque et Dragan Covic pour le HDZ-BiH croate.

Le communiqué publié le 2 octobre par l’UE et les Etats-Unis indique que les gouvernements des 27 et Washington "sont gravement préoccupés par l’impasse politique actuelle" et que "le pays court le risque de se retrouver à la traîne du reste de la région". Il escompte que "la réunion sera une occasion importante pour les dirigeants politiques [bosniens] de manifester leur volonté politique de surmonter l’impasse et de mettre en place une plate-forme à partir de laquelle la BH pourra réaliser des progrès concrets vis-à-vis de l’OTAN et l’UE dans son programme de réforme" Il souligne que "l’UE et les Etats-Unis ont le désir commun de travailler ensemble pour soutenir les ambitions euro-atlantiques de la Bosnie-Herzégovine".

Des conversations entre diplomates et dirigeants bosniens ont accompagné l’annonce de la rencontre. Bien que rien n’ait filtré des propositions qui pourraient être faites par les représentants de Bruxelles et de Washington, on s’attend à ce que la réforme constitutionnelle dont tout le monde, hors les dirigeants de la RS, reconnaît la nécessité, figure au centre des discussions. La question essentielle est de savoir jusqu’ou les représentants internationaux voudront aller pour rendre viable le système politico-institutionnelle de la Bosnie-Herzégovine et comment ils envisagent de faire accepter la refondation qui s’impose à leurs interlocuteurs, et notamment ceux de l’entité serbe qui ont multiplié ces derniers temps les gestes de résistance à tout changement. De leur côté, les partisans, réels ou supposés, d’une Bosnie-Herzégovine pleinement "civique", c’est-à-dire ou règnerait simplement, sans aucune autre, la règle de la citoyenneté, devraient composer avec l’hostilité affirmée de la "Communauté internationale" à l’abolition des entités. Un haut-fonctionnaire du Ministère suédois des Affaires étrangères a dit, au sujet de cette réunion :" chacun devra être prêt à un compromis et peut-être à avaler des choses déplaisantes, mais ils seront tous gagnants. S’ils n’acceptent pas de compromis, ils seront tous perdants". Ces propos expriment à coup sûr la ligne générale qui est celle des médiateurs internationaux, mais n’éclairent guère sur la nature du compromis qu’ils préconisent, si toutefois, ils en ont un à proposer.

Pour que la Bosnie-Herzégovine soit en état d’exister et de résoudre ses problèmes, il faudrait en tout cas que les responsables internationaux cessent de s’incliner, comme ils l’ont le plus souvent fait jusqu’à maintenant, devant les rodomontades et ultimatums de Milorad Dodik, attaché à maintenir à tout prix le fief dont il tire de juteux bénéfices. Comme pour prévenir une menace qui lui semble se préciser, il vient de déclarer avoir été l’objet, de la part d’un diplomate qu’il ne désigne pas, d’un chantage sous forme de promesse de faire cesser les poursuites pour corruption engagées à son encontre contre un assouplissement de ses positions politiques. S’il n’a donné aucune preuve de ce qu’il avance, Milorad Dodik sent bien la fragilité que lui vaut le côté affairiste de ses activités que dénoncent ses opposants, en RS même.

Il est aussi question d’une certaine influence modératrice que les autorités européennes aimeraient voir adoptée par le gouvernement serbe de Serbie, dans ses efforts pour se rapprocher de l’UE. Mais rien ne transparaît dans ce sens au travers des déclarations officielles des autorités de Belgrade, du président Tadic comme du ministre des Affaires étrangères Jeremic qui a eu entretien avec Milorad Dodik le 30 septembre à Banja Luka et s’inquiète des pressions exercées,selon lui, sur les leaders de l’entité serbe. Les dirigeants serbes conjuguent dans la même phrase le respect de l’intégrité et de la souveraineté de la BH et la défense des droits de la RS. S’il s’agit des droits de la RS comme les entend Milorad Dodik, il n’ y a pas grand-chose à espérer d’une "modération" dont ne témoigne pas la toute récente condamnation à 12 ans de prison infligée à Ilija Jurisic par le Tribunal pour les crimes de guerre, de Belgrade. Cet ancien officier de la sécurité publique de Tuzla été arrêté en Serbie et jugé pour des crimes de guerre commis contre une colonne de l’armée fédérale yougoslave qui évacuait cette ville au début la guerre. L’affaire, qui cause une grande émotion en BH et particulièrement à Tuzla dont l’ancien maire, Selim Beslagic est également mis en cause par la justice serbe, n’est pas faite pour réchauffer les relations entre Belgrade et Sarajevo. Tant la compétence du tribunal serbe que sa manière de conduire le procès et l’absence de preuve convaincante de la culpabilité de l’accusé sont vivement critiquées en Bosnie et, en Serbie, par le fonds de droit humanitaire présidé par Natasa Kandic.

La Serbie aurait pourtant le plus grand intérêt à user de son influence auprès des dirigeants de la RS pour les amener à plus de raison. Les promesses des autorités de Belgrade d’arrêter Mladic sont toujours renouvelées mais jamais tenues. L’invitation au pragmatisme en ce qui concerne le Kosovo n’est pas suivie d’effet, même lorsqu’elle est lancée par un dirigeant aussi proche de la Serbie que Carl Bildt. Le renouveau de violence manifesté par l’échec de la célébration du Gay Pride à Belgrade et les agressions contre des étrangers avec la mort du supporter toulousain Brice Taton, qui ne doit rien au foot mais tout à l’ultranationalisme et à la xénophobie, ternit la vocation européenne dont se réclame la Serbie et dont elle est généreusement créditée. Mais les élites et les politiques serbes sont-ils prêts à s’engager concrètement et sans retour dans une politique de rupture avec les erreurs d’un passé toujours présent ? C’est une question que devrait poser l’Union européenne aux dirigeants de Belgrade, mais à laquelle a déjà répondu le Président Boris Tadic en prêchant et en appliquant une politique de réconciliation nationale entre partisans et adversaires du régime de Milosevic, jusqu’au sein de son gouvernement dont le numéro 2 n’est autre qu’un ancien numéro 1 du parti de Milosevic.

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