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L’Union européenne, la Serbie et la Bosnie-Herzégovine

mardi 26 octobre 2010


Les ministres des affaires étrangères des 27 ont demandé, le 25 octobre, à la Commission de Bruxelles d’enclencher la procédure d’examen de la candidature serbe d’adhésion à l’UE déposée en décembre 2009. L’avis de la Commission pourrait être rendu fin 2011. Les Pays-Bas ont fini par céder aux pressions des autres pays membres de l’Union en renonçant à leur préalable concernant l’arrestation de Ratko Mladic. Ils ont néanmoins obtenu que la question demeure posée tout au long du processus d’adhésion. Elle le sera comme un rite formel qui, comme l’expérience l’a montré, ne gênera pas beaucoup les autorités de Belgrade, jamais avares de promesses non tenues. L’acceptation par le gouvernement serbe d’entamer des discussions avec Pristina a suffi comme preuve de sa bonne volonté européenne comme si, outre que celui du Kosovo ne se posait pas le problème de la Bosnie-Herzégovine qui demeure crucial pour la paix dans la région. Par son soutien à Dodik, Belgrade compromet bel et bien celle-ci, ce qui apparemment ne heurte personne dans les milieux diplomatiques et les médias internationaux qui ne soufflent mot de cet aspect des choses.

Le Conseil des ministres des affaires étrangères a aussi adopté les conclusions suivantes sur la Bosnie-Herzégovine :

"1. Le Conseil se félicite de l’augmentation du taux de participation constatée lors des élections qui ont eu lieu le 3 octobre en Bosnie-Herzégovine et du bon déroulement de ce scrutin qui, selon l’évaluation préliminaire réalisée par le Bureau pour les institutions démocratiques et les droits de l’homme (BIDDH) de l’OSCE et sa mission d’observation électorale internationale, a été d’une manière générale conforme aux normes internationales.

2. L’UE réaffirme son attachement sans équivoque à la perspective européenne de la Bosnie-Herzégovine. L’UE réaffirme également son attachement sans équivoque à l’intégrité territoriale de la Bosnie-Herzégovine en tant qu’État souverain et uni.

3. Quinze ans après la signature à Paris des accords de paix de Dayton, les citoyens de Bosnie-Herzégovine méritent que leur pays franchisse un pas qualitatif sur la voie de l’intégration dans l’UE.

4. Les dirigeants politiques doivent maintenant nouer un dialogue politique constructif et former de nouveaux gouvernements qui inscriront l’UE au cœur de leur programme.

5. Il incombe au premier chef aux dirigeants politiques de réaliser des progrès tangibles et concrets, notamment sur la voie de l’intégration dans l’UE, dans un esprit de compromis et d’action collective constructive, en s’abstenant de toute rhétorique et de tout acte de nature à créer des divisions qui seraient contraires aux intérêts de la population de Bosnie-Herzégovine. La Bosnie-Herzégovine a déjà montré qu’elle était capable de tenir ses engagements lorsque la volonté politique nécessaire est là. L’UE est prête à apporter son aide pour les réformes qui s’imposent d’urgence, y compris par le biais de sa future présence renforcée. La Bosnie-Herzégovine n’a plus de temps à perdre.

6. Rappelant son soutien à l’objectif d’une libéralisation du régime des visas lorsque tous les critères seront remplis et rappelant le vote intervenu le 7 octobre au Parlement européen à ce sujet, le Conseil souligne qu’il a l’intention de se prononcer sur la question le 8 novembre.

7. Rappelant ses conclusions du 25 janvier sur l’opération ALTHEA, le Conseil confirme que l’UE est déterminée à continuer de jouer un rôle militaire exécutif afin de soutenir les efforts déployés par la Bosnie-Herzégovine pour maintenir le climat de sûreté et de sécurité, en vertu d’un nouveau mandat de l’ONU, et, se fondant sur les réalisations de l’opération ALTHEA, à continuer d’accomplir des tâches non exécutives à l’appui du renforcement des capacités et de la formation afin de contribuer à la consolidation de la maîtrise locale du processus et des capacités en la matière. Le Conseil est convenu de faire périodiquement le bilan de l opération, notamment sur la base de la situation sur le terrain."

Le point le plus positif pour les citoyens de BH est celui qui concerne la libéralisation des visas pour laquelle une décision pourrait être prise le 8 novembre.

Pour le reste, il ne s’agit que de la répétition des thèmes martelés depuis que l’Union européenne s’est engagée à accueillir en son sein, avec tous les autres pays des Balkans occidentaux, la Bosnie-Herzégovine, qui a son lot de problèmes spécifiques du fait des conséquences de la guerre d’agression qui l’a détruite. La nouveauté serait que l’UE ne se contente pas de ressasser ses litanies mais qu’elle prenne des positions fermes de manière à changer les choses sur le terrain.

Le moment est pour cela favorable, au lendemain d’élections qui ont modifié la configuration des forces politiques en BH plus qu’il n’était prévu, créant une situation propice à ce que les nouveaux responsables élus à tous les niveaux se déterminent au regard des principes rappelés par ces conclusions, notamment quant à l’intégrité territoriale et l’unité du pays, l’orientation européenne et la recherche d’accords dans un esprit de compromis et d’action collective constructive.

Alors que les discussions ont commencé entre les directions des partis politiques bosniens pour former des exécutifs au niveau de l’Etat, des entités et des cantons de la Fédération, il s’avère que diverses majorités sont possibles.

L’une, dirigée par le SDP (sociaux-démocrates), qui a remporté le plus de voix aux élections et constituée avec le SDA (bosniaque), les partis croates minoritaires HDZ 1990 et HSP, les partis serbes de la RS opposés à Dodik et un petit parti "multiethnique, NSRzB, serait proche des vues européennes. Les partis de la RS défendraient certes l’existence et les prérogatives de l’entité serbe, mais dans un esprit et avec des objectifs certainement plus "modérés" que ceux de Milorad Dodik et de son SNSD. Zlatko Lagumdzija, dirigeant du SDP et candidat à la présidence du gouvernement, s’est explicitement placé dans une perspective proeuropéenne avec la priorité accordée aux questions socio-économiques et non à la représentation séparée des communautés "ethniques".

Une autre coalition, numériquement plus difficile à former, serait basée sur l’accord entre le SNSD, parti dominant en RS qui aura autant de députés que le SDP à la Chambre des représentants centrale et le HDZ-BH de Dragan Covic, majoritaire dans l’électorat croate, dont la revendication principale est la constitution d’une troisième entité, ce que Milorad Dodik soutient à condition que cela ne touche pas la RS. Il lui faudrait, pour être majoritaire, souder tout le camp serbe et trouver l’appoint de quelques députés bosniaques disposés à accepter le schéma d’une confédération à trois, qui entérinerait de fait la dislocation finale de la BH, loin du souhait d’un maintien de l’unité du pays et de la recherche de compromis acceptables par tous. Une telle alliance, à première vue contre nature, n’est pas à écarter.

Pour le moment, ces deux coalitions possibles se cherchent sur fond d’antagonisme profond entre Zlatko Lagumdzija et Milorad Dodik, malgré leur label commun de "social-démocrate" que le premier conteste d’ailleurs au second au sein de l’Internationale socialiste dont les deux partis, SDP et SNSD sont ( curieusement ?) membres. L’affrontement entre ces deux blocs aurait le mérite d’être clair et bien fondé mais sa vivacité serait redoutée aussi bien en Bosnie-Herzégovine, où bien des gens se satisfont, quoi qu’ils disent, du statu quo, que par l’Union européenne profondément divisée sur les moyens à utiliser pour stabiliser la région. C’est pour cela que dans le pays, certains préconisent une coalition englobant le SDP, le SDA, le SNSD et le HDZ-BH, considérés comme les partis dominants dans leurs "ethnies" respectives, ce qui a aussi la préférence d’une partie de l’Union européenne à la recherche de solutions consensuelles. Mais c’est vouloir ignorer les prises de position de Milorad Dodik, aussi catégoriques après qu’avant les élections, qui sont à l’opposé d’une BH unie et d’une voie européenne. Avec tous les dirigeants de son parti, il ne cesse de s’élever et d’agir contre un renforcement des institutions centrales de l’Etat, nécessaire à une direction cohérente du pays. Il est suivi en cela par le dirigeant du HDZ BH, Dragan Covic, l’un et l’autre dénonçant les risques de l’instauration d’un Etat fondé sur la citoyenneté.

Les résolutions de l’Union européenne du 25 octobre seraient louables si elles s’accompagnaient de la résolution de favoriser la réalisation des objectifs qu’elles énoncent. Les précédents gouvernements de la BH étaient incapables de décider de quoi que ce soit car leurs participants étaient en désaccord sur tout. Il existe maintenant une petite chance de mettre sur pied des équipes capables de s’entendre sur des compromis positifs, ce qui exclut aussi bien Dodik que Covic. C’est à l’Union européenne d’appuyer cette tentative, mais le veut-elle ou préfère-t-elle recommencer comme avant en réunissant les contraires qui se paralysent et attendre que la situation pourrisse jusqu’à une fin prévisible et ses conséquences imprévisibles ?

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