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Tractations pour la formation d’un gouvernement en Serbie

lundi 19 mai 2008


Alors que la coalition formée autour du Parti démocrate du Président Boris Tadic continue de célébrer la grande victoire qu’elle aurait remportée aux élections du 11 mai, à la grande satisfaction des autorités européennes, les discussions engagées pour former le nouveau gouvernement de Serbie révèlent toute l’ambiguïté de la situation politique du pays.

Autant que l’ampleur du succès, obtenu avec 39 % des voix, des "proeuropéens" de Tadic, auxquels on doit ajouter les 5% des encore plus "proeuropéens" du LDP de Cedomir Jovanovic, importe en réalité la position de faiseur de gouvernement, dont s’est assuré le Parti socialiste, qu’il est devenu inconvenant, paraît-il, de qualifier d’héritier de Milosevic. C’est de ce parti, et de ce parti seul, que dépend en effet la composition et l’orientation du futur gouvernement. Avec ses 20 députés, il peut faire pencher la balance, soit en faveur du bloc démocratique proeuropéen, soit en celui du rassemblement antieuropéen et prorusse qui fait du revirement explicite de la position européenne sur le Kosovo la condition de l’adhésion de la Serbie à l’Union européenne. Sur cette question du Kosovo, les partisans de Tadic se contentent de proclamer leur opposition à l’indépendance de ce territoire, reconnue à ce jour par 19 pays de l’Union, opposition que les responsables européens estiment tolérable dans la mesure où elle reste platonique et ne dégénère pas en obstruction violente.

Compte tenu de son passé, de ses alliances anciennes et d’une vision commune des "intérêts nationaux" serbes, le parti socialiste (SPS) s’est d’abord tourné vers les radicaux et le parti démocratique de Serbie (DSS) de Vojislav Kostunica. Les pourparlers entre eux ont rapidement abouti à une entente sur des "principes", à vrai dire facile à réaliser. Un même accord a été obtenu pour la mairie de Belgrade qui reviendrait à Aleksandar Vucic, jeune secrétaire général du parti radical et ancien ministre de l’information de Milosevic. Mais ces accords n’ont pas encore été concrétisés.

Le SPS et son président Ivica Dacic sont loin d’avoir définitivement fait leur choix et il apparaît clairement qu’ils font monter les enchères pour vendre leur participation au meilleur acheteur. Parmi les petits partis alliés au SPS, celui de la "Serbie unie" incline nettement vers l’alliance avec la coalition de Tadic. Son président, Dragan Markovic "Palma", homme d’affaires controversé et ancien compagnon d’armes d’Arkan, ne cache pas que, dans certaines circonstances, l’attrait des investissements étrangers doit l’emporter sur la défense intransigeante de l’honneur national, fût-il lié à la terre sacrée du Kosovo.

Le SPS, qui n’est pas insensible à ce genre d’argument de par sa liaison avec les milieux économiques, souhaite par ailleurs protéger son avenir en s’insérant dans le cercle des partis politiques vertueux, ce qui se traduit pour lui qui s’affirme "socialiste", par l’affiliation à l’Internationale socialiste. Le président de l’IS en fonction, l’ancien premier ministre grec Georges Papandreou lui a d’ores et déjà promis cette récompense s’il rompt avec les radicaux.

Ivica Dacic, de retour de Moscou où il a consulté ses amis du parti de Poutine, réfléchit donc avec la direction du SPS, sur la conduite à tenir, les coalitions à former au niveau local entrant également en ligne de compte. Le Président du parti radical, Tomislav Nikolic, a de son côté obtenu l’aval de son mentor Vojislav Seselj, qu’il est allé voir dans sa prison hollandaise, pour former un gouvernement avec le DSS de Kostunica et le SPS.

Boris Tadic peut donc toujours espérer compter des ministres "socialistes" dans un prochain gouvernement serbe dirigé par un de ses fidèles. Mais comme le souligne l’analyste politique belgradois Petar Lukovic, la seule certitude est qu’Ivica Dacic sera ministre- et vraisemblablement vice-premier ministre- dans n’importe quel gouvernement serbe, qu’il soit à dominante radicale ou démocrate.

Comme les autorités européennes, les dirigeants des pays voisins de la Serbie, de BH, de Croatie et même du Kosovo, ont salué ce qu’ils veulent considérer comme une victoire achevée de Tadic. Tous craignent en effet une aggravation des tensions régionales en cas d’arrivée au pouvoir des radicaux. Mais la participation du SPS à tout gouvernement serbe n’augure rien de bon pour une solution rapide et durable des problèmes de la région, qui implique entre autre une mise au clair des comptes du passé. La réhabilitation du parti de Milosevic n’irait évidemment pas dans ce sens.

En ce qui concerne la Bosnie-Herzégovine, il faut noter que la défense de la RS, telle qu’elle est, figure en bonne place dans le programme du SPS, ce qui ne peut que conforter, s’il le fallait, la position, de Milorad Dodik plus que jamais hostile à toute délégation de compétences au niveau central de l’Etat. Il ne fait pas de doute que les prétendus obstacles techniques à la signature immédiate de l’Accord de stabilisation et d’association entre l’UE et la BH n’étaient qu’un prétexte, comme l’a affirmé une source anonyme slovène à la radio Deutsche Welle. Dans leur désir de rehausser leur soutien à la Serbie, les autorités de Bruxelles ont décidé de tout lâcher au profit de Belgrade en laissant les autres pays de la région en plan. Le dénouement de la situation en Serbie montrera si ce choix, qui a fait ses preuves négatives dans le passé, aura cette fois été utile et à quel prix.

Association Sarajevo

PS A signaler, pour mieux comprendre les aspirations diverses et contradictoires qui traversent la société serbe, le très vivant petit livre de la journaliste norvégienne Ars SEIERSTAD : "Dos au monde-Portraits de Serbie", Le livre de poche, 7€


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