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La Bosnie-Herzégovine et l’élargissement de l’Union européenne

jeudi 20 mai 2004


L’Union Européenne, qui compte depuis le 1° mai dernier 25 Etats et 453 millions d’habitants, est devenue un puissant marché mondial et un phénomène politique majeur dans la recherche d’une identité plus globale encore. La Slovénie est la première des anciennes républiques de l’ex-Yougoslavie à en faire partie, ce qui a créé une certaine émotion en Bosnie-Herzégovine. En fait, la Slovénie est la seule des anciennes républiques fédérales à avoir élaboré à temps une stratégie générale dans la perspective de l’aprés-Tito.

La Bosnie-Herzégovine a été la plus grande victime des changements historiques intervenus après la chute du mur de Berlin. L’Occident n’a pas soutenu les acteurs des réformes politiques et économiques engagées en Yougoslavie après la mort de Tito. Elle a au contraire accéléré sa désagrégation en soutenant les mouvements nationalistes étatiques et en faisant preuve d’une effroyable bienveillance envers l’hégémonisme rigide incarné par Milosevic. Le capitalisme a éliminé les pays communistes et socialistes grâce au nationalisme et à l’exclusivisme religieux. La Bosnie-Herzégovine en a été la plus grande victime, n’étant soutenue par aucune des grandes puissances de ce monde. Elles lui ont par ailleurs imposé un référendum sur l’indépendance du pays, malgré la vive opposition des hautes personnalités grand-serbes. Ce référendum a eu un dénouement des plus démocratique, les deux tiers des électeurs ayant voté en faveur d’un Etat indépendant qui a été immédiatement reconnu par l’UE, puis par les Etats-Unis et l’ONU, lesquels ont, dans la foulée, permis qu’il soit agressé, livré au génocide et à diverses autres formes de dévastation.

Cette attitude de la communauté internationale, particulièrement odieuse et sans précédent, n’avait pas évolué au début des négociations de paix. Les autorités internationales ont laissé sur la scène les mêmes dirigeants politiques, ceux qui avaient mené la guerre en Bosnie-Herzégovine, dont deux ou trois des partis aux pouvoirs directement impliqués dans le partage sanglant du pays. Ces forces ont été autorisées à poursuivre leur lutte et atteindre leurs objectifs par d’autres moyens. L’adoption d’une Constitution catastrophique pour la B-H, la reconnaissance de la Republika Srpska et d’une Fédération unissant les deux autres entités ont avalisé les résultats de l’agression et du génocide et créé une situation politique et juridique conflictuelle. Le comble de l’hypocrisie, c’est que les principaux responsables des crimes de guerre ont été laissés en liberté et que les conditions dans lesquelles se déroulent les tentatives de retour sont ignominieuses. La guerre et l’exil ont permis aux pays occidentaux de récupérer des milliers et milliers de citoyens de la B.-H., parmi les plus dynamiques et les plus qualifiés, accentuant la destruction du potentiel de développement démocratique du pays. Celui-ci se voit désormais étouffé sous la pression des nationalistes. La B-H reste par ailleurs soumise à un protectorat militaire, politique et juridique.

En dépit de tout cela, la Bosnie est traitée sur un pied d’égalité avec les pays dont le processus de transition s’est déroulé sans heurt, sous l’œil bienveillant de la communauté internationale. On nous prévient à présent qu’il ne nous faut pas espérer rejoindre l’Europe avant 2017 ou 2020. Et ceci de concert avec la Serbie-Monténégro, pays qui nous ont agressé. La Bosnie-Herzégovine n’a jamais été une Yougoslavie en miniature, on peut dire au contraire en se basant sur son histoire que c’était la Yougoslavie qui représentait la Bosnie-Herzégovine en grand. La Bosnie a été l’archétype du modèle européen dont l’Europe maintenant s’enorgueillit. Les préjugés idéologiques politiques et culturels l’ont emporté sur le droit et la logique.

L’Occident s’est orienté vers l’Est pour que l’Est s’oriente ensuite vers l’Ouest. Et la Bosnie, honteusement trompée, a joué le rôle de victime et d’outsider au cours de ce processus de transformation globale. L’Etat de Bosnie-Herzégovine doit enfin être considéré au vu de ses capacités. Sa propre responsabilité est évidente mais celle aussi de tous ceux qui ont tracé son destin. Le premier pas dans ce sens serait la convocation d’une Conférence internationale représentative et compétente sur le plan politique et juridique, où il serait procédé à une expertise objective des véritables contrecoups de l’Accord de Dayton, où l’on établirait un diagnostic précis des problèmes et des responsabilités, définirait à nouveau les préalables constitutionnels, politiques et économiques devant permettre la véritable renaissance de l’Etat de B-H et la renaissance de la société bosniaque.

Zija DIZDAREVIC , « Oslobodjenje », 4 mai 2004


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