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Début 2007, rien de changé en BH

dimanche 31 décembre 2006


La Bosnie-Herzégovine commencera l’année 2007, trois mois après les élections, sans que les organes centraux de l’Etat soient constitués, à l’exception de la Présidence collégiale, dotée de peu de pouvoirs. La Fédération et ses dix cantons se trouvent dans la même situation de confusion et d’impuissance. Seule la RS, où Milorad Dodik jouit d’une majorité confortable et homogène, se trouve en état de fonctionnement, ce qui permet au dirigeant incontesté de l’entité serbe de faire valoir son efficacité et sa détermination à ne rien céder, face au spectacle de division qu’offre la Fédération, avec ses deux partis "bosniaques" et ses deux partis "croates" qui se déchirent sur le partage des postes et des prébendes, et accessoirement sur la définition d’une stratégie d’avenir pour la BH. Le parti social-démocrate "multiethnique", sorti très affaibli des élections, est pratiquement exclu du jeu.

Le Haut-Représentant Christian Schwarz-Schilling, qui lors de son entrée en fonction il y a onze mois, a annoncé qu’il s’en tiendrait à un rôle de facilitateur pour laisser les mains libres aux dirigeants du pays démocratiquement désignés, se conforme à la mission qu’il s’est impartie en prodiguant conseils et exhortations à bien faire, qui ne semblent guère troubler les intéressés. Dans une déclaration faite à plusieurs journaux, il a relevé comme principaux résultats positifs à mettre au bilan de l’année 2006, la réforme réussie de l’organisation de la Défense qui a permis l’accession de la BH au Partenariat pour la Paix et l’instauration de la TVA qui a amélioré les finances de l’Etat et constitué un instrument efficace de lutte contre la fraude et la corruption. Comme tâches à accomplir, il n’a pas manqué de rappeler, leitmotiv des recommandations internationales à la Bosnie, le réforme de la police et celle de la constitution, avec pour échéance proche, la réunion du Conseil de mise en oeuvre des accords de Dayton de février, qui doit décider de la fermeture, ou non, du bureau du Haut-Représentant le 30 juin.

De nombreuses voix, à Sarajevo, expriment leur scepticisme quant à la réalité de cette fin prochaine de la fonction de Haut-Représentant, même si, après avoir critiqué l’autoritarisme de Paddy Ashdown, beaucoup relèvent l’inertie de son successeur, comme le fait par exemple l’hebdomadaire "Dani". Celui-ci décerne par contre un bon point à l’ambassadeur américain McElhaney pour ses tentatives d’apporter des solutions aux problèmes de la réforme constitutionnelle et de l’établissement des autorités au niveau de l’Etat. Après avoir réussi mettre d’accord le SDA et le SBiH, en scellant l’alliance des partis "bosniaques", il s’efforce d’obtenir la réconciliation des deux parts "croates" issus du HDZ, ce qui permettrait la constitution des autorités au niveau de la Fédération puis à celui de l’Etat, avec la participation du SNSD (parti de Milorad Dodik). Si ces démarches aboutissaient, elle ne feraient pourtant que reconduire les coalitions passées, fondées uniquement sur une répartition de postes , sans vision d’un avenir commun du pays dans son ensemble.

La recherche et la définition de cet avenir commun ne sont pas seulement empêchées par des institutions qui privilégient la division, mais aussi par les luttes entre groupes pour la conservation ou la conquête d’intérêts. C’est sous ce jour que "Dani" présente l’antagonisme entre Milorad Dodik et Haris Silajdzic qui domine depuis quelque temps la scène politique bosnienne : " Tout le pays devient l’otage de Milorad Dodik et Haris Silajdzic. Le premier se pose comme le protecteur de la RS, l’autre comme la garant de la BH. Mais les deux sont plus intéressés par le contrôle des privatisations".

Si les citoyens de BH ne parviennent pas à s’affranchir de ces manoeuvres qui ne peuvent en aucune manière résoudre leurs problèmes quotidiens, c’est que nulle perspective de sortie de leur pays de sa condition de dépendance ne s’offre à eux. La route de l’Europe, présentée comme seule promesse de démarrage possible, leur parait en effet barrée par ceux mêmes qui les incitent à procéder aux réformes nécessaires pour se montrer dignes d’accéder à l’Union européenne. Il est maintenant officiel que Bruxelles et les capitales européennes ont décidé de fermer les portes de l’Union aux nouveaux candidats, et pour longtemps. L’effet "carotte" est dès lors inexistant alors que l’effet "bâton" n’a jamais été efficient, bien au contraire, puisque, malgré ses manquements à ses obligations d’arrêter Mladic et consorts, la Serbie ne souffre aucunement d’un manque de sollicitude de la part des dirigeants internationaux. On verra ce que ce pari de la "compréhension" vaudra lorsque sera fixé le statut du Kosovo, avec ses répercussions en Bosnie-Herzégovine où la menace de sécession de la RS est toujours brandie, explicitement ou implicitement, par les dirigeants de Belgrade et de Banja Luka.

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