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La Serbie a un nouveau gouvernement

jeudi 4 mars 2004


Après deux mois de débats, manœuvres et tractations diverses, Vojislav Kostunica a formé son gouvernement. Il est composé de membres de son parti, le DSS (parti démocratique de Serbie), du G17, formation libérale dont le leader est Miroljub Labus , nommé vice-président chargé des relations extérieures, et du SPO-NS, coalition monarcho-nationaliste dirigée par Vuk Draskovic et Velimir Ilic. Ces groupes ont accepté le soutien offert par le SPS de Milosevic afin de constituer une majorité parlementaire, ce qui s’est effectivement concrétisé par un vote de confiance en faveur du gouvernement, obtenu par 130 voix contre 113. La condition publique de ce soutien est que le gouvernement n’envoie plus d’individus inculpés par le TPI à La Haye, condition que Kostunica n’a eu aucun mal à accepter puisqu’il s’est toujours déclaré réfractaire à cette obligation. D’autres conditions, cachées, peuvent concerner l’assurance donnée au SPS de conserver des positions de pouvoir dans l’appareil d’Etat et l’économie de la Serbie.

On relèvera pour l’anecdote que Vuk Draskovic, principal mais seul dirigeant de son parti à s’être opposé à cette formule politique, s’est déclaré « horrifié à la simple pensée d’être dans un gouvernement soutenu par ces tueurs de série », allusion à l’attentat imputé à Milosevic, dont il a réchappé mais qui a causé la mort de plusieurs personnes de son entourage. Cette horreur lui sera épargnée puisqu’il ne fait pas partie du gouvernement, mais il n’en acceptera sans doute pas moins le poste de Ministre -protocolaire- des Affaires étrangères de l’Etat fédéral fantôme de Serbie-Monténégro. Plus significatif, sur le plan politique, est que Kostunica ait préféré le soutien du SPS à une participation gouvernementale du Parti démocrate, poursuivant ainsi de sa haine et dans sa tombe son ex-rival, Djindjic, assassiné.

V. Kostunica a réaffirmé son intention d’engager la Serbie sur la voie des réformes pour enclencher le processus d’intégration à l’Union européenne. Dans le même temps, et alors que le Conseil des Ministres des Affaires étrangères de l’U.E. du 23-2-2004 réitérait l’exigence adressée à Belgrade d’une « pleine et entière coopération avec le TPIY », le nouveau Premier ministre reprenait son refrain sur le caractère, à ses yeux secondaire, de ces problèmes d’arrestation et de transfèrement de criminels de guerre, confirmant au contraire sa revendication du droit de la Serbie de les faire juger par ses tribunaux. A voir comment ceux-ci patinent et déraillent dans les procès en cours des assassins d’un ancien Président de la République et d’un ancien Premier ministre de Serbie, on peut légitimement douter de leur aptitude à rendre justice des crimes de masse commis en Bosnie, en Croatie et au Kosovo, et toujours niés ou sous-estimés par la majeure partie de la société serbe.

Il est vraisemblable que flatter la fibre patriotique de la population soit bon en termes de sondages d’opinion, mais c’est cette population qui devra payer la note lorsque, par l’aveuglement de ses dirigeants, le pays se sera privé des moyens de subsistance et de développement qui ne peuvent lui venir que de l’étranger : Europe, Etats-Unis et institutions financières internationales. Entre Labus, économiste pragmatique qui connaît l’état de délabrement et de dépendance du pays et le professeur de droit public Kostunica, qui ne songe qu’à faire voter une nouvelle constitution de la Serbie, à affermir l’édifice plus que branlant de l’union avec le Monténégro, à protéger la Republika Srpska et à maintenir le Kosovo sous souveraineté formelle serbe, les désaccords risquent de vite apparaître.

La crise serbe s’approfondit et n’a pas fini de faire parler d’elle, mais il est vrai qu’en ce qui concerne la France, presque personne ne s’y soucie de ce qui se passe dans ces marges de l’Europe que sont les « Balkans occidentaux », tirés seulement de l’oubli à l’occasion de quelque catastrophe extraordinaire.

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