Archives de la Lettre d'information de l'Association Sarajevo - Fondatrice Mirjana Dizdarevic

Association Sarajevo

Accueil du site > Analyses et commentaires > sur la B.H. > Une longue pratique de corruption et de détournements

Une longue pratique de corruption et de détournements

vendredi 9 mai 2003


Le procès de Radovan Karadzic et de Momcilo Krajisnik, accusés d’escroquerie et de détournement de fonds, s’est tenu de novembre 1984 à octobre 1985. Ils furent alors condamnés, respectivement, à trois et quatre ans de prison. Même dans les biographies les plus élogieuses de Radovan Karadzic, issues de la plume de Mark Lopusin, Dejan Lukic et Ljiljana Bulatovic, les auteurs n’ont jamais osé prétendre que ce procès avait été orchestré par les milieux politiques. D’ailleurs, à cette époque, Karadzic ne s’y intéressait guère. Tel fut pourtant son dénouement. Après les élections de 1990, qui avaient vu la victoire du parti présidé par Karadzic (le SDS), le procureur général annula l’ensemble de la procédure. Le seul fait nouveau ayant pu l’y inciter fut le résultat, précisément, de ces élections.

L’’issue de ce procès est caractéristique de ce qui devait se passer au cours des années qui ont suivi. La corruption est désormais tolérée, le criminel est protégé par l’Etat. Le crime organisé est devenu un élément essentiel de la culture de cette partie des Balkans à la fin du 20è et au début du 21è siècle. La guerre a commencé par un pillage général. Mises à sac par les agresseurs, mais aussi par la population locale. Quant aux autorités, elles avaient déjà perdu toute crédibilité... Lorsqu’on a voulu associer la population de Sarajevo à l’action "Un million de marks pour l’Armée", ce fut un échec. Non pas faute d’argent. Non pas parce que les gens ne voulaient pas donner. Mais parce qu’ils n’étaient pas sûrs que leur argent finirait là où il le fallait. Telle était la réalité quotidienne.

Au cours de l’automne 94, je rentrais de Ljubljana à Sarajevo, via Ancône... J’ai rencontré sur cet aéroport un collègue qui venait de faire le tour de la diaspora, que les milieux culturels d’ici aimaient beaucoup visiter. Ce collègue me demanda si j’accepterais de me charger de transporter quatorze mille marks. Lui en avait trop. En toute confiance, il transportait cet argent dans un sac en plastique. Une autre connaissance, un ami fonctionnaire, revenait de Split. On lui avait confié là-bas une mallette qu’il devait remettre à la présidence. Sur l’aéroport de Sarajevo, les membres de la FORPRONU contrôlaient les bagages pour s’assurer que personne ne transportait des armes. Ou pour faire passer le temps. Lorsque mon ami a ouvert sa mallette, il a aperçu, comme dans les films policiers, des liasses de billets de 100 marks, bien rangées. Il se révéla qu’il y avait là cinq millions. C’était l’hiver, mais il n’a cessé de transpirer à grosses gouttes jusqu’au moment où il a pu remettre le tout à qui de droit. D’énormes sommes ont ainsi été transportées. Il n’y avait aucun contrôle. Il faut, naturellement, faire confiance à l’humanité, mais pas nous demander de croire que tout le monde, absolument tout le monde, a résisté à la tentation. Car l’on n’a jamais voulu reconnaître que quelqu’un ait pu se laisser tenter et ait prélevé, disons, quelques milliers de marks au moins. Puis ce fut la série des scandales, affaires, appels à la solidarité nationale et à l’immunité...la privatisation. Au nom du patriotisme, on a mis fin à toute idée de corruption..... Malheureusement, les données catastrophiques qui ont mis à jour l’ampleur de la contrebande au cours des deux dernières années, qui aurait entraîné des pertes s’élevant à un milliard, semblent plus que probables. Telle est la somme qu’auraient dû recevoir 50.000 familles rentrées au pays, censées toucher chacune 20.000 marks à titre d’aide.

Le Haut représentant, dans un discours devant l’Assemblée nationale de la RS, a mis sur le même plan le scandale de la compagnie "Electroprivreda", l’affaire "Orla" et celle de l’espionnage militaire. Pourtant aucune mesure n’a été prise. L’argent continue à disparaître. L’équipe victorieuse du SDS considère cette entité comme son butin de guerre... Il n’y aura pas de solution sans véritable nettoyage. Comme ce qui s’est passé en Serbie après l’assassinat de Djindjic. Maintenant la question se pose - de quoi allons-nous hériter de ce côté de la Drina ? Du criminel qui a organisé l’attentat ou de la lutte contre la criminalité ? On croit savoir - mais ce n’est pas officiel - que Legija est entouré d’une bande d’environ 200 hommes et qu’ils ont trouvé refuge en Bosnie-Herzégovine. Alors que nous-même ne savons que faire de nos propres criminels ! Dans l’état actuel des choses, seul le Haut représentant pourrait prendre les mesures nécessaires. Les politiciens faisant partie du système ne s’y associeront que dans la mesure où ils y seront contraints. S’ils avaient voulu faire quelque chose, ils l’auraient déjà fait, sans attendre que le torchon brûle.

Hamza Baksic


© Association Sarajevo - 17, rue de l'Avre 75015 Paris - http://www.association-sarajevo.org/

Nous contacter - Référence légales - Suivre la vie du site RSS 2.0 - Plan du site - Espace privé - SPIP