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Valentin Inzko prend ses fonctions

vendredi 27 mars 2009


Le diplomate autrichien Valentin Inzko a pris ses fonctions de Haut-Représentant de la Communauté internationale et de Représentant spécial de l’UE en Bosnie-Herzégovine à l’issue de la réunion du Conseil du Conseil de mise en œuvre des accords de Dayton (PIC), qui s’est tenue à Sarajevo les 25 et 26 mars. Cet organisme représente les 55 Etats et organisations internationales qui chapeautent l’intervention internationale en BH.

Le communiqué publié à cette occasion par les directeurs politiques du PIC reprend les analyses et recommandations ressassées depuis des années par les autorités internationales qui se penchent sur le sort de la Bosnie-Herzégovine, à savoir que le pays n’a toujours pas rempli les conditions nécessaires à son affranchissement de la tutelle du Haut-Représentant et qu’il revient aux dirigeants bosniens de régler, par des compromis, leurs différends sur l’organisation et l’avenir du pays. Rappelant les cinq objectifs et les deux conditions qu’ils avaient énoncés le 27 février 2008 comme préalables à l’abolition du bureau du Haut-Représentant, les directeurs politiques du PIC, se félicitent de ce que des progrès aient été enregistrés. Il en est ainsi de la constitutionnalisation du statut de Brcko qui vient d’être approuvée par les deux chambres du Parlement de BH à la quasi-unanimité de leurs membres, et de l’Accord de stabilisation et d’association passé en juin 2008 avec l’UE. Pour le reste, ils notent des insuffisances sur le statut de la propriété des équipements militaires et sur la coordination fiscale entre Etat et entités, et un désaccord persistant sur le régime de la propriété publique, notamment en ce qui regarde sa distribution entre l’Etat, les entités et les collectivités de base. Le PIC s’inquiète aussi de la mauvaise implantation de l’Etat de droit et de la difficulté d’une pleine et harmonieuse application des accords de Dayton. De ce point de vue, les directeurs du PIC ont du souci à se faire, ce qu’ils expriment en condamnant pour la énième fois la " rhétorique nationaliste de division et d’atteinte à la souveraineté et à l’ordre constitutionnel de la BH". Ils "appellent toutes les parties à développer des propositions pouvant servir de base réaliste à des négociations, plutôt que d’avancer des ultimatums et des positions maximalistes qui défient les accords de Dayton. Dans ce contexte, [ils] notent avec regret la plate-forme de réforme constitutionnelle adoptée par les autorités de la RS".

L’Assemblée de la RS vient en effet de voter à une très large majorité une résolution déclarant que le nom, le territoire et les compétences de l’entité serbe ne sauraient être mis en question par une éventuelle réforme de la Constitution de Dayton, ce qui interdit toute réforme significative dans le sens de l’instauration d’un Etat bosnien fonctionnel. Les trois partis protagonistes du processus de Prud (SDA, SNSD,HDZ-BiH), qui se sont de nouveau rencontrés, ont d’ailleurs pris acte de cette impossibilité en renvoyant la réforme devant les instances parlementaires , où elle a encore moins de chance d’avancer qu’au sein de leur colloque restreint. Les dirigeants de ces trois partis, Sulejman Tihic, Milorad Dodik et Dragan Covic, se contenteront d’essayer de concrétiser les accords auxquels ils paraissaient être déjà parvenus, sur la méthode et les rubriques du recensement à venir, et surtout sur le régime de la propriété publique, qui est l’un des cinq objectifs dont le PIC attend la réalisation pour fermer le bureau du Haut-Représentant.

Tous les observateurs s’accordent à penser que Valentin Inzko, dont les deux prédécesseurs n’ont pu aller au bout de leur mandat, se trouve affronté à une tâche des plus difficiles à accomplir. Milorad Dodik, en s’indignant des réprimandes internationales relatives à la "rhétorique nationaliste", qu’il a prises comme des atteintes à son droit de se dire serbe, et en proclamant qu’il n’avait pas besoin d’une Europe qui bafouerait ce droit, n’a pas tardé à vouloir tester les capacités de riposte du nouveau Haut-Représentant. Celui-ci a répété qu’il userait, si besoin, de ses pouvoirs exceptionnels, dits de Bonn, qui lui permettent d’agir et de sévir, mais seulement en dernier ressort. On assure que Valentin Inzko bénéficie du plein appui de Javier Solana, "ministre des affaires étrangères" de l’UE, et du Commissaire à l’élargissement Olli Rehn, mais on ne sait quelle est au juste leur vision quant à l’avenir de la BH. Si elle consiste, comme cela a été le cas jusqu’à maintenant, à laisser pourrir la situation en cédant à toutes les exigences de Milorad Dodik, lequel trouve tout son compte dans le maintien du statu quo, la Bosnie-Herzégovine risque de poser de nouveau, et rapidement, un danger majeur pour la stabilité de la région et partant pour l’Europe, qui n’aurait pas besoin de ce fardeau supplémentaire.

La prochaine réunion du PIC est prévue pour les 29 et 30 juin. Les décideurs internationaux, parmi lesquels Européens, Américains et Russes ne partagent pas les mêmes vues, auront alors à réexaminer la situation de la Bosnie-Herzégovine et à se prononcer à nouveau sur la prolongation ou l’abolition de la fonction de Haut-Représentant de la Communauté internationale, l’UE demeurant en tout cas présente en la personne de son Représentant spécial, chargé de veiller à la future et hypothétique adhésion du pays aux institutions européennes.

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