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Miroslav Lajcak affiche sa fermeté face à la RS

jeudi 1er novembre 2007


Les mesures annoncées le 19 octobre par le Haut-Représentant pour faciliter les prises de décision au sein du parlement et du gouvernement de Bosnie-Herzégovine ont provoqué de violentes réactions de la part des dirigeants et de l’opinion de la RS sous forme de condamnations verbales, manifestations publiques et menaces de retrait des représentants de l’entité serbe des institutions centrales du pays. Le gouvernement de Banja Luka envisageait de revenir sur les quelques transferts de compétences déjà opérés des entités à l’Etat ; l’Assemblée de RS a voté une résolution demandant la suppression des pouvoirs spéciaux, dits " de Bonn", du Haut-Représentant. Tous crient à la violation de la Constitution de BH, inscrite dans les accords de Dayton.

Les autorités de Belgrade, se prévalant de la co-signature de ces accords par la Serbie [ de Milosevic], ont appuyé cette protestation, le Premier ministre Vojislav Kostunica décelant dans les propositions de Miroslav Lajcak la volonté d’abolir la RS, analogue à celle des puissances occidentales de dépouiller la Serbie du Kosovo.

Le Haut-Représentant, qui a expliqué que ses propositions étaient parfaitement conformes à la constitution de la BH et à son mandat d’appliquer les accords de Dayton, bénéficie du soutien de l’ensemble de la société bosnienne, partis, médias, ONG, à l’exception de sa composante nationaliste serbe. Il a aussi reçu l’aval de la "Communauté internationale". Celle-ci s’est notamment exprimée à l’occasion de la réunion à Sarajevo, les 30 et 31 octobre, du PIC ( Conseil de mise en oeuvre des accords de Dayton) qui a renouvelé sa confiance au diplomate slovaque. Seule la Russie a fait part de ses réserves, dans des termes toutefois mesurés. A Belgrade, on a remarqué la démarche commune des ambassadeurs d’Allemagne, des Etats-Unis, de France, de Grande-Bretagne et d’Italie pour protester contre les propos d’officiels serbes (parmi lesquels Kostunica) accusant Miroslav Lajcak d’attenter à la constitution de BH. Leur note déplorait aussi la mise en parallèle faite par le Premier ministre de Serbie des accords de Dayton et de la résolution 1244 sur le Kosovo. La perspective d’une décision prochaine sur le Kosovo n’est en effet pas pour peu dans l’échauffement des esprits en RS et en Serbie. Les déclarations de V.Kostunica en protecteur de la RS ont été par ailleurs très mal accueillies dans la Fédération où l’on n’a pas oublié sa solidarité affichée avec Karadzic pendant la guerre, kalachnikov au poing. Le membre de la Présidence collégiale bosnienne, Zeljko Komsic, a donné son sentiment en des termes peu diplomatiques, dans le style "bas les pattes devant la BH, ou il vous en cuira", qui ont fortement déplu à Banja Luka et à Belgrade, où l’on demande des excuses.

Dans l’exceptionnelle montée de ces tensions, les plus hautes depuis 1995, l’accord de principe intervenu à Mostar le 28 octobre sur la réforme de la police entre les six partis nationalistes ( deux bosniaques,deux croates et deux serbes) théoriquement membres de la même majorité gouvernementale, a pour le moins détonné. Les représentant de ces partis ont renouvelé leur assentiment aux trois principes de base de la réforme énoncés il y a deux ans, sans pour autant avancer plus loin, sauf pour préciser que les limites des circonscriptions policières devront respecter celles des unités constitutionnelles, ce qui préserve l’existence actuelle de la police de la RS sans la garantir pour l’avenir. L’engagement d’entamer rapidement des discussions sur la réforme constitutionnelle ayant été pris, le débat reprendra inévitablement sur les limites et les compétences des unités politico-administratives du pays. Il semble que les dirigeants de ces partis, tenus pour responsables du chaos bosnien, aient voulu pour l’instant prouver leur bonne volonté à s’entendre, y compris ceux qui sont particulièrement désignés du doigt par la Communauté internationale, Milorad Dodik, mais aussi Haris Silajdzic. Les autorités de Bruxelles auront à dire si elles se satisfont de ce semblant de progrès pour revoir la possibilité de signer rapidement l’accord de stabilité et d’association entre l’UE et la BH.

Miroslav Lajcak se montre en tout cas décidé à maintenir ses propositions de modification du fonctionnement du parlement et du gouvernement bosniens contre l’avis des dirigeants de la RS et l’on voit mal comment la BH pourrait progresser sur la voie européenne dans l’état de crise profonde où elle se trouve.

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