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Les ministres des affaires étrangères de l’Union européenne recommandent la candidature de la Serbie

mardi 28 février 2012


Les ministres des Affaires étrangères des 27 ont donné le 28 février un avis favorable à la candidature de la Serbie à l’UE., ce qui devrait conduire le Conseil de l’Union des 1° et 2 mars à lui octroyer le statut de candidat et fixer la date de l’ouverture des négociations en vue de l’adhésion. Celle-ci représente l’objectif principal du Président Boris Tadic et son meilleur atout pour que son parti et ses alliés l’emportent aux élections législatives du printemps. Le soutien à l’équipe actuellement au pouvoir, supposée plus pro-européenne que l’opposition du SNS (parti progressiste serbe) et plus apte à favoriser la coopération régionale, a probablement joué un rôle déterminant dans la levée des refus des dernières capitales européennes opposées à la demande serbe. Après le ralliement de l’Allemagne aux vues de la plupart des autres pays membres de l’Union, il ne restait plus qu’à obtenir l’accord de la Roumanie, soucieuse des droits de la minorité valaque en Serbie, et de la Lituanie irritée par la candidature à la présidence de l’Assemblée générale des NU du ministre des affaires étrangères de Serbie Vuk Jeremic, contre son propre candidat. Il a fallu de longues heures de discussion pour venir à bout de ces réticences. La Lituanie serait au fond convaincue, selon les dires d’un diplomate, que l’accession de la Serbie à l’UE reviendrait à « y faire entrer une partie de la Russie ».

Une première demande de la Serbie avait été repoussée en décembre dernier à la suite des violents incidents, avec mort d’hommes, qui avaient opposé dans le nord du Kosovo Serbes et militaires allemands de la KFOR et entravé les communications dans le secteur et avec la Serbie. La chancelière Angela Merkel avait alors exigé le démantèlement des institutions serbes présentes dans le nord du Kosovo, à la suite de quoi la diplomatie allemande avait fait poser par l’UE une série de conditions à la prise en compte de la candidature de la Serbie. Les plus importantes concernaient la « gestion intégrée des frontières » et la « coopération régionale ouverte à tous », autrement dit, que le Kosovo puisse participer sans discrimination aux réunions régionales. La Serbie voulait que le Kosovo n’y apparaisse que sous le parapluie de la MINUK (mission d’administration intérimaire des NU), avec le rappel de la résolution 1244 du Conseil de Sécurité sur le statut provisoire du Kosovo, signe pour Belgrade de l’appartenance du Kosovo à la Serbie.

L’accord conclu à Bruxelles entre Kosovars et Serbes a finalement abouti à ce que la dénomination du Kosovo soit accompagnée d’une note renvoyant à la résolution du Conseil de Sécurité mais aussi à l’arrêt de la Cour internationale de justice qui a jugé que la proclamation de l’indépendance du Kosovo n’était pas contraire au droit international. Ce compromis sauve ainsi les apparences aux deux parties : la Serbie considère que le statut intérimaire de sa « province » édicté par la résolution 1244 reste en vigueur, avec la mention de sa souveraineté théorique ; le Kosovo estime que ce statut est devenu caduc par la proclamation de l’indépendance du pays, déclarée valide par le CIJ et reconnue par de nombreux Etats, à ce jour 87, dont 22 des 27 de l’UE. Contre les protestations de leurs oppositions respectives qui dénoncent des reculs inacceptables, les deux gouvernements se prétendent gagnants, celui de Belgrade pour n’avoir pas formellement reconnu l’indépendance du Kosovo, celui de Pristina pour avoir obtenu sa participation aux forums régionaux avec selon lui, une reconnaissance tacite de la part de la Serbie. Il est aussi prévu que des douaniers kosovars participeront aux contrôles des passages entre les deux pays. L’UE se félicite quant à elle des progrès accomplis dans le règlement des relations entre le Kosovo et la Serbie. Elle ne pourrait d’ailleurs pas imposer à Belgrade une reconnaissance de l’indépendance du Kosovo en bonne et due forme, puisque cinq de ses pays membres (Chypre, Espagne, Grèce, Roumanie, Slovaquie) s’y opposent encore.

La Serbie est donc en passe de franchir un pas important sur le chemin de l’intégration européenne, qui sera long à parcourir autant en raison des difficultés qui assaillent la communauté d’accueil que des obstacles internes qui lui restent à surmonter pour mettre en oeuvre les réformes exigées par l’UE et plus encore peut-être par la nécessité d’instaurer une « coopération régionale » avec les pays voisins.

Boris Tadic et ses ministres se vantent d’avoir réussi à maintenir envers et contre tous les deux objectifs majeurs de leur politique : l’intégration à l’Union européenne et la défense de la souveraineté serbe sur le Kosovo. Ils savent pourtant, et leur double opposition, l’ultranationaliste comme la pro-européenne, le leur rappelle à l’envi, qu’il s’agit là d’une illusion. Les autorités européennes n’accepteront pas d’admettre dans l’UE un pays qui nourrira des revendications territoriales contre un autre pays, dont la vocation à l’adhésion est, de surcroît, elle aussi reconnue. Le parti démocrate et ses alliés ont seulement obtenu un délai, un long délai, pour sortir du déni de réalité dont est affligée une grande partie de l’opinion serbe. C’est à quoi l’invite dès maintenant une fraction de la société politique de Serbie, avec l’alliance électorale que viennent de conclure l’encore jeune LDP (Parti social-libéral) dirigé par Cedomir Jovanovic et l’ancien SPO (Parti serbe du Renouveau) de Vuk Draskovic, qui après avoir été le chantre du nationalisme serbe à la fin des années 8O et au début des suivantes est revenu, non sans contorsions, de ses errements passés. Un succès aux prochaines élections, même relatif, permettrait à ce courant de peser sur les orientations du Parti démocrate de Boris Tadic, tiraillé entre des tendances diverses, dont celle du nationalisme extrême du ministre des affaires étrangères Vuk Jeremic. Celui-ci, de même que le vice-premier et ministre de l’intérieur Ivica Dacic, ancien proche collaborateur de Milosevic, cachent à peine qu’ils préfèreraient l’alliance avec la Russie de Poutine à l’adhésion à l’Union européenne. Ivica Dacic, qui a suivi les leçons de cynisme de son ancien mentor, a tout récemment déclaré : « Si l’UE et les Etats-Unis ne comprennent pas nos positions et se rangent toujours du côté des Albanais, il est normal de s’attendre à ce qu’une option politique vienne au pouvoir qui se tournera peut-être vers la Russie ».

Les dirigeants serbes seront inévitablement amenés à choisir un jour entre l’UE et le Kosovo. L’autre problème non réglé qui empêche la stabilisation durable des relations entre les pays issus de la désintégration de la Yougoslavie est celui de la Bosnie-Herzégovine. Mais si les autorités européennes et internationales appellent sans relâche les dirigeants politiques bosniens à faire le nécessaire pour que leur pays soit gouverné, elles ne mentionnent jamais la part de responsabilité portée par Belgrade pour parvenir à ce but. Bien au contraire, c’est plutôt un brevet de bonne conduite qu’elles décernent à Boris Tadic, se contentant de sa repentance bien tempérée pour les crimes commis par Milosevic et ses sbires et de ses déclarations répétées sur son respect de la souveraineté et de l’intégrité de la BH. Elles négligent ce faisant l’appui que Belgrade renouvelle constamment à Milorad Dodik et, par voie de conséquence, à sa politique qui vise à la dissolution de la Bosnie-Herzégovine. Le dernier exemple en date de cette connivence remonte à la scandaleuse commémoration du 20° anniversaire de la création par Radovan Karadzic de ce qui allait devenir la Republika Srpska et préluder à la guerre. La participation à cette éclatante cérémonie des plus hautes autorités politiques, religieuses et culturelles serbes est une bonne preuve de la contradiction de la politique de la Serbie entre désir affiché de réconciliation et maintien des aspirations, des ressentiments et des haines qui ont conduit à la destruction de la BH. Là aussi, c’est le déni qui l’emporte, comme l’illustre le refus quasi-total du public de Serbie et de RS de regarder un film comme celui d’Angelina Jolie, qui n’est pourtant que le reflet de la réalité des années des guerres comme le confirment de nombreux témoins étrangers.

Si les intervenants extérieurs ne peuvent pas grand-chose pour aider la société serbe à accomplir le travail de mémoire et de recherche de la vérité, qui lui revient en propre, ils peuvent du moins poser les conditions politiques à la pleine insertion de la Serbie dans son environnement européen, et parmi ces conditions, celles concernant l’établissement d’une Bosnie-Herzégovine refondée dans ses institutions, corrigeant celles de Dayton, sont primordiales. Sur ce point qui met directement en cause la politique de la Serbie, qui soutient au contraire le statu quo en BH, l’Union européenne demeure muette.

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