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Sur un texte de Sonja Biserko

dimanche 4 décembre 2005


Le récent communiqué d’Amnesty International (voir le site de l’Association Sarajevo du 3 décembre) sur les dangers qui pèsent en Serbie sur les défenseurs des droits de l’homme nomme particulièrement deux femmes qui se trouvent à la pointe de ce combat et, de ce fait, au premier rang des personnes visées par les attaques des milieux nationalistes serbes.

Natasa Kandic, Présidente du Fonds pour le droit humanitaire, de Belgrade, est haïe, réprouvée et menacée dans son pays en raison de sa dénonciation permanente,documentée et agissante de tous les crimes commis sur les différentes scènes des guerres d’agression qui ont été menées par le pouvoir de Belgrade et ses comparses au cours des années 90. Sonja Biserko, Présidente de la section de Serbie du Comité Helsinki des droits de l’homme, est l’objet du même opprobre pour ses analyses porteuses d’ une critique radicale de la politique responsable du désastre infligé à l’ex-Yougoslavie, celle de Milosevic, soutenue en son temps par la majorité de la société et des élites serbes et qui n’a pas été répudiée dans ses fondements par les courants encore dominants en Serbie.

Le texte de Sonja Biserko publié le 21 novembre sur le site du Comité Helsinki des droits de l’homme de Serbie (www.helsinki.org.yu., en anglais ) est à cet égard exemplaire. Il reprend en effet tous les thèmes de l’argumentation que le petit cercle de militants et d’intellectuels de Belgrade, dont la figure tutélaire est l’historienne Latinka Perovic, essaie contre vents et marées, d’opposer à la vulgate nationaliste qui tient toujours le haut du pavé en Serbie.

Sonja Biserko décrit le processus par lequel, en réaction à la confédéralisation de la Yougoslavie opérée par la Constitution de 1974, qu’elle estime avoir été conforme au modèle d’organisation de l’espace européen, a mûri en Serbie un retour aux conceptions panserbes en vigueur en 1918 et en 1941. Celles-ci se sont progressivement imposées avec le concours des principales institutions du pays : armée,police,académie, médias, Milosevic ayant fini par fusionner sous son pouvoir les aspirations et les leviers représentés par ces forces, avec le soutien décisif de l’Eglise orthodoxe serbe. Contre le risque de ce qui était présenté comme une dissolution de l’identité serbe, comme une atteinte à l’ « être serbe », s’est ainsi reforgé le projet de réunir tous les Serbes dans un même Etat, projet dont la mise en œuvre effective a produit les conséquences que l’on connaît et que rappelle S.B.

Le plus grand intérêt du texte de Sonja Biserko est qu’il montre, dans le prolongement de cette analyse des causes de la désintégration de la Yougoslavie devenue classique, que les milieux dirigeants serbes n’ont pas réellement renié la politique qui a conduit toute la région, Serbie comprise, à la ruine. Le seul homme politique qui ait tenté de faire prendre un nouveau cours à la Serbie a été Zoran Djindjic, qui l’a payé de sa vie. S.B. regrette à ce propos que l’UE n’ait pas soutenu l’action de celui-ci, s’étant trompée sur le sens du 5 octobre 2000 (chute de Milosevic) et la politique de Kostunica. Depuis l’assassinat de Djindjic, on assiste en effet à un retour accentué de l’idéologie tchetnik et à une célébration des mémoires des personnalités les plus sombres de la guerre 41-45 et de son avant-guerre, réaction qui se traduit aussi par la popularité des grands criminels de guerre, considérés comme des héros, et l’influence intacte, voire grandissante, des partis nationalistes les plus extrémistes, comme celui de Seselj.

Très pessimiste sur les chances d’un redressement interne de la situation serbe, le Président Boris Tadic lui paraissant de plus en plus proche du populisme de Kostunica, Sonja Biserko, comme la plupart des observateurs, mise sur la perspective de l’adhésion de la Serbie à l’Union européenne. Mais elle met en garde contre l’illusion, qui lui semble être entretenue par les dirigeants européens, d’une force historique poussant inéluctablement la Serbie dans cette voie. Elle attend, quant à elle, une politique volontariste des intervenants internationaux, résultant de l’appui conjoint du « soft power » de l’UE et du « raw power » des Etats-Unis. Elle espère que l’UE tirera les leçons de ses erreurs passées en admettant que la stabilisation de la région doive passer par l’aboutissement complet du processus de dissolution de la Yougoslavie, ce qui implique l’indépendance du Kosovo et du Monténégro ainsi que la réforme de la constitution de la Bosnie-Herzégovine. La réflexion de Javier Solana ne paraît pas,pour le moment,en être arrivée là.

Les conclusions de Sonja Biserko n’augmenteront certainement pas son capital de sympathie auprès de la majorité de l’opinion serbe, mais celle-ci pourra-t-elle éternellement se soustraire à la dure loi de la vérité et de la réalité ?

ML


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