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La Serbie et les droits de l’homme

mardi 8 mai 2007


Près de trois mois après les élections législatives, le Parlement de Serbie s’est doté d’un président en la personne de Tomislav Nikolic, dirigeant du Parti radical serbe en suppléance de Vojislav Seselj en prison à Scheveningen et dont le procès est en cours devant le TPIY.

Il a été élu par 142 voix contre 99 à Milena Milosevic, candidate présentée par le Parti démocrate (DS) du Président de la République Boris Tadic. La majorité parlementaire qui s’est formée réunit le Parti radical, le SPS (de feu Milosevic) et deux des formations qui participent à l’actuel gouvernement,la Nouvelle démocratie et surtout le Parti radical de Serbie (DSS) du Premier ministre Vojislav Kostunica.

Ce choix du DSS et de Kostunica entérine l’échec des discussions menées depuis les élections pour former une coalition gouvernementale des partis dits "démocratiques", échec dû au refus de Kostunica, auquel ses interlocuteurs avaient concédé sa reconduction dans la fonction de Premier ministre, d’abandonner le contrôle du ministère de l’intérieur et des forces de sécurité, responsables de la poursuite des criminels de guerre , en premier lieu Mladic.

Bien qu’ils se défendent de vouloir porter leur alliance au niveau gouvernemental, les partis qui ont élu le Président du Parlement constituent un bloc plus cohérent, cimenté par un nationalisme dont le rêve de Kosovo prime sur celui d’Europe, que l’alliance démocratique et pro-européenne prônée par l’Union européenne, basée sur l’entente entre Kostunica et Tadic.

Javier Solana a exprimé l’inquiétude que lui inspirait cette situation qui contrarie les autorités européennes qui n’attendaient que la formation d’un gouvernement constitué de partis labellisés "démocrates" pour reprendre les discussions avec Belgrade en vue de signer l’ Accord de stabilisation et d’association censé compenser la "perte" du Kosovo, avant même l’arrestation de Mladic.

Sauf revirement des protagonistes, improbable dans la semaine qui vient, ce sont donc de nouvelles élections qui devront intervenir en Serbie, prétexte à retarder encore la solution du problème du Kosovo et motif de craindre un renforcement accru des partis les plus nationalistes.

Dans le même temps que le parti, dont le chef suprême est jugé à La Haye pour crimes contre l’humanité, voit un de ses dirigeants prendre les rênes du Parlement serbe, la Serbie accède à la présidence, pour six mois et grâce à l’ordre alphabétique qui la place après la République de San Remo, du Comité des ministres du Conseil de l’Europe, institution qui veille, en particulier, à la protection des droits de l’homme en Europe et ailleurs. Le ministre des Affaires étrangères de Serbie, Vuk Draskovic, a présenté, comme il se doit, le programme que se fixe la Serbie dans l’exercice de cette fonction, qui sera axé, a-t-il dit, sur la défense des valeurs fondamentales du Conseil de l’Europe, avec en priorité la protection des droits de l’homme,de la loi et de la démocratie...

Le rapprochement de ces deux présidences ne manquera pas de susciter des réactions, d’indignation ou de franche rigolade, selon l’humeur de chacun, mais il est significatif de l’état des relations entre la "Communauté internationale" et la Serbie.

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