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Crise en Serbie,crise de Bosnie-Herzégovine

mercredi 6 février 2008


En Serbie,la victoire de Boris Tadic à l’élection présidentielle, arrachée par 50,57 % des suffrages exprimés grâce à un apport exceptionnel d’ abstentionnistes qui ont d’abord voulu éviter le retour aux années Milosevic et à l’isolement du pays des années 90, a été immédiatement suivie de la crise de la coalition au pouvoir à Belgrade. Le Premier ministre Vojislav Kostunica, que l’on a immédiatement désigné comme le grand perdant du moment car l’élection de Boris Tadic s’est faite malgré lui , a montré qu’il détenait encore la clé de la situation politique en Serbie. En empêchant la signature de l’accord intérimaire proposé par l’Union européenne à la Serbie en substitution au véritable Accord de stabilisation et d’association interdit par l’opposition des Pays-Bas et de la Belgique, il met en échec le processus d’intégration européenne de la Serbie, présenté partout et par tous comme le principal acquis de l’élection du 3 février. Vojislav Kostunica, à qui il faut au moins reconnaître la constance de ses opinions et la logique de son argumentation, a toujours déclaré qu’il considérait comme contradictoires, de la part de la Serbie, la volonté de s’opposer à l’indépendance du Kosovo et celle d’adhérer à l’Union européenne, qui s’apprête, de son côté, à l’entériner par l’envoi sur place d’une mission de 2000 personnes chargée de la superviser.

La crise politique, latente depuis longtemps, parait maintenant inévitable à Belgrade. Elle ne pourrait se résoudre que par de nouvelles élections, avec des résultats bien aléatoires si l’on se réfère à ceux du 3 février, ou par la constitution immédiate d’une nouvelle majorité parlementaire associant le DSS (parti de Kostunica), les radicaux (parti de Seselj-Nikolic) et le SPS (parti de feu Milosevic), formations que rien ne sépare en ce qui concerne les relations de la Serbie avec l’UE et la Russie.

Le problème de la Serbie demeure donc entier, quelles que soient les déclarations lénifiantes de la diplomatie internationale sur les progrès démocratiques et européens d’un pays, où seul un sursaut des électeurs a pu écarter de la plus haute fonction publique un ancien ministre de Milosevic et proche compagnon de Seselj, l’un mort en prison, l’autre en cours de jugement, l’un et l’autre accusés des plus grands crimes de masse perpétrés en Europe depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Il a fallu l’obstination des Pays-Bas, soutenus seulement par la Belgique, pour que l’on ose rappeler à Belgrade que le responsable du génocide reconnu de Srebrenica se trouve toujours libre sur le territoire de la Serbie.

Le rebondissement de la crise en Bosnie-Herzégovine procède, lui aussi, d’un oubli des données fondamentales de la situation du pays, paralysé par le système politico-institutionnel qui lui a été imposé par les accords de Dayton. En refusant la réforme de la police qui paraissait en voie de réalisation après l’accord de principe intervenu entre les six partis partenaires de l’improbable majorité gouvernementale bosnienne, le dirigeant du SDA Sulejman Tihic a certes en vue la rivalité qui l’oppose à Haris Silajdzic, chef du SBiH, dans une lutte pour le partage des avantages politiques et économiques liés au pouvoir. Mais il exprime en même temps le sentiment largement répandu dans la Fédération qu’accepter les prétentions de Dodik et des dirigeants de la RS sur le maintien de polices propres aux entités, sans réel pouvoir de contrôle attribué à un organisme commun, signifiait pérenniser la division du pays. Bruxelles exerce, par l’intermédiaire du Haut-Représentant et d’autres envoyés de l’UE, parmi les derniers une délégation de députés européens, une forte pression pour que l’accord sur la police, condition de la signature d’un Accord de stabilisation et d’association, se fasse à tout prix. Mais comme la réforme constitutionnelle, qui pourrait remettre en cause la répartition actuelle des compétences au sein de l’Etat de BH n’a aucune chance d’aboutir du fait de la totale incompatibilité des positions en présence, le gel de la situation ne joue qu’en faveur des thèses serbes.

Il est parfaitement vain, de la part des autorités de Bruxelles, d’avancer qu’une nouvelle constitution est, à terme, nécessaire à l’intégration de la BH à l’UE et de soutenir simultanément qu’elle doit résulter d’un accord entre toutes les parties bosniennes. C’est l’éternel cercle vicieux de la politique internationale à l’égard de la Bosnie-Herzégovine, qui, d’une part, a mis en place un système qui ne peut pas fonctionner et qui, d’autre part, se refuse à le modifier sous prétexte que ceux qui s’en accommodent fort bien, d’abord les dirigeants de la RS, ne veulent par le changer pour l’essentiel, leur but avoué étant plutôt de renforcer le statut de quasi-indépendance de leur entité, avec leur demande de constitutionnaliser le droit de sécession.

Milorad Dodik a activement soutenu la candidature de Tadic parce qu’une victoire de Nikolic aurait entraîné la fin du soutien européen à Belgrade et par voie de conséquence, à tout le camp serbe. L’UE, faute de vision d’ensemble de la situation dans les Balkans, s’imagine faciliter le passage du Kosovo à l’indépendance, en offrant des concessions au nationalisme serbe, à celui de Belgrade par la promesse d’intégration européenne, à celui de Banja Luka par le maintien du statu quo en BH., aux deux par la préférence accordée aux revendications serbes au détriment des droits des peuples voisins, de la stabilité des Balkans et de la justice bafouée par le non respect de l’obligation d’arrêter et de juger les responsables des crimes de masse commis pendant la guerre, en premier lieu Mladic et Karadzic. Si même cette politique réussissait à court terme, ce qui plus que douteux au vu de l’évolution des événements, comment peut-on envisager une Serbie européenne, durablement irrédentiste et donc perturbatrice de la paix dans la région, et une Bosnie-Herzégovine européenne, empêchée d’exister et donc aussi facteur d’instabilité ?

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