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Nouvelles déclarations provocatrices de Dodik

lundi 16 février 2009


Il est un mérite qu’on ne peut dénier à Milorad Dodik, patron de la RS, c’est celui de la franchise qu’il pousse jusqu’au cynisme le plus cru, comme viennent de le démontrer, une nouvelle fois, ces propos tenus dernièrement à la station de télévision "BN", de Bijeljina : " Oubliez ces histoires concernant un pays normal. La Bosnie-Herzégovine, un pays normal ? Je ne crois pas que cela sera jamais possible", ajoutant : " N’y a-t-il rien de plus normal que d’essayer de gagner quelque chose pour notre côté en BH ? N’y a t-il rien de plus normal que de casser l’unité des Croates et des Bosniaques contre les Serbes" ? Et de réexposer clairement son projet de définir la BH comme une Union de 3 Etats fédéraux, étant entendu qu’il n’acceptera aucune remise en question des limites, des compétences et des pouvoirs de la RS. Autrement dit, la seule réforme constitutionnelle à laquelle il consent est celle qui, d’une part, ne concernerait que la Fédération avec la création d’une entité croate, source de conflits, comme il le souhaite, entre partis nationalistes croates et bosniaques et d’autre part, lui permettrait, le moment venu, de faire légalement sécession, ce que n’autorise pas l’actuelle constitution de Dayton.

C’est ce plan qu’il se propose de soumettre à ses partenaires du SDA bosniaque et du HDZ-BIH croate qu’il doit rencontrer le 21 février à Mostar dans le prolongement des réunions déjà tenues après l’accord, dit de Prud, de novembre 2008. Milorad Dodik ne peut évidemment s’attendre à ce que ses interlocuteurs approuvent ce projet, le président du SDA Sulejman Tihic persistant dans son idée de réorganiser la BH en régions "multiethniques" découpées selon des critères géo-économiques, le HDZ-BIH ne pouvant admettre de renoncer définitivement à la partie de la Posavina attribuée à l’entité serbe.

Il y a donc tout lieu de penser que la réforme constitutionnelle sera remise à des temps meilleurs, mais que les trois partis réunis à Mostar concrétiseront un peu plus, sinon finalement, leurs accords sur l’insertion du statut de Brcko dans la Constitution, ce qui ne soulève guère d’oppositions, et sur la propriété des biens publics, dont le partage entre l’Etat central, les "entités" et les collectivités intermédiaires suscite au contraire de vifs débats.

Quoi qu’il en soit, la poursuite de ces entretiens à trois, avec leurs "progrès" attendus, serait tout bénéfice pour les dirigeants de la RS, dont l’objectif proclamé est la fin de la fonction de Haut-Représentant et surtout de ses pouvoirs spéciaux, qui font planer une menace permanente sur les dirigeants bosniens qui contreviendraient, dans un sens ou un autre, aux accords de Dayton qui garantissent, autant que sa division, l’intégrité territoriale du pays. Le Conseil de mise en œuvre des accords de Dayton (PIC) a déterminé en février 2008, comme préalables à l’abolition de l’Office du Haut-Représentant, cinq objectifs et deux conditions. Avec les accords sur Brcko et sur le régime de propriété des biens publics, les cinq objectifs seraient pratiquement atteints. L’une des deux conditions portait sur la signature de l’Accord de stabilisation et d’Association avec l’UE, qui est intervenue en mai 2008. L’autre demandait une appréciation positive de la situation en relation avec l’application des accords de Dayton. La "bonne entente entre parties" dont témoignerait le "processus de Prud" serait, selon certains, la preuve que les dirigeants locaux, devenus sages, seraient maintenant en mesure de régler leurs problèmes, sur la base de ces accords, sans l’aide d’une autorité internationale. C’est la thèse des dirigeants de la RS, de la Russie et de nombre d’observateurs et responsables internationaux, dont le Haut-Représentant sortant Miroslav Lajcak, qui estiment que la candidature à l’Union européenne est incompatible avec le maintien d’une autorité protectrice étrangère.

L’opinion publique et la classe politique de la Fédération, appuyés par les observateurs internationaux d’un avis contraire à celui de l’autre groupe, soutiennent, à l’opposé, que la Communauté internationale ne saurait se retirer de la BH avant que celle-ci ne jouisse des attributs d’un pays "normal", ceux mêmes que lui refuse Milorad Dodik. Ceci exigerait, sinon une autre constitution, du moins une révision fondamentale de celle octroyée à Dayton. Certains ajoutent que la pleine application des accords de Dayton doit s’appliquer autant qu’à leur annexe 4, la constitution, à leur annexe 7, le retour des déplacés et des réfugiés.

La "Communauté internationale", dont le Conseil de mise en œuvre des accords de Dayton (PIC) est l’émanation, paraît trop divisée pour trancher clairement de ces question à l’occasion de sa réunion, annoncée pour le 1° mars, qui aura à nommer un successeur à Miroslav Lajcak. L’encouragement au processus de Prud, si en est écartée la question cruciale de la réorganisation territoriale et institutionnelle de la BH, ne peut, de toute évidence, que renforcer la position de Milorad Dodik. L’Union européenne, en refusant de prendre en considération la nécessité de refonder un Etat bosnien stable et viable ferme les yeux sur les dangers que recèle la situation de crise permanente de la BH. La tentation de régler celle-ci par le démembrement définitif du pays existe toujours mais y succomber ne ferait que l’aggraver, dans une mesure imprévisible. Il semble que, de ce point de vue, rien n’ait changé depuis les années 90 qui ont montré l’impuissance de l’Union européenne à agir en Europe.

Dans cet horizon obscur, la mise en place le 30 janvier à Sarajevo, après 4 mois de tractations post-électorales, d’une majorité municipale "multiethnique" dirigée par un maire SDP (social-démocrate), Alija Behmen, allié à de petites formations voulant briser l’étau des politiques traditionnelles, comme "Nasa stranka" (Notre parti), apporte peut-être une lueur d’espoir.

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