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Réfugiés bosniaques à Annecy

lundi 22 novembre 2004

Texte communiqué à l’Association Sarajevo.

REPORTAGE / (19/11/2004)

>Conditions inhumaines aux portes de la Suisse

Député UDC au Grand Conseil vaudois, François Brélaz a découvert à Annecy une quarantaine de personnes dormant sous des tentes de fortune. Parmi eux, un bébé d’un an.

François Brélaz distribue des habits et des couvertures à Mustafa et Nibrad.

La petite voiture gris métallisé de François Brélaz est bondée. Il a rempli une dizaine de sacs poubelles avec des habits chauds et des couvertures. Des plaques de chocolat dépassent d’un cornet en papier : « J’ai eu de la chance, la Migros faisait une action », sourit l’ancien buraliste postal en prenant le volant. Direction : la France voisine.

Depuis quelques mois, ce retraité de 64 ans vibre pour la Bosnie. Interpellé par la décision du canton de Vaud de renvoyer 523 requérants d’asile, dont 180 Bosniaques, le député UDC a décidé de se rendre en juillet dans la région de Srebrenica : « Je n’aime pas intervenir au Grand Conseil sans être documenté. Je suis d’ailleurs le seul député vaudois à m’être rendu sur place. »

Très touché par la détresse de cette population, François Brélaz est reparti début octobre avec son camping-car et des centaines de kilos d’habits récoltés dans sa commune de Cheseaux : « Il y a vraiment une pauvreté insoupçonnée en Bosnie », déclare-t-il.

Son intérêt pour cette région des Balkans l’a fait rencontrer plusieurs Bosniaques vivant dans l’Ouest lausannois. L’un d’eux l’a d’ailleurs emmené la semaine dernière à Thollon, en dessus d’Evian. Cette colonie de vacances ressemble à un « petit Srebrenica » dans lequel habitent 23 familles. Et là, plusieurs personnes lui ont raconté que des compatriotes vivaient dans des conditions épouvantables à Annecy.

Curieux, il s’est rendu dimanche passé sur place. Profondément marqué par ce qu’il a vu, François Brélaz a décidé d’y retourner mercredi.

Quarante personnes dans une précarité totale

Arrivé à Annecy, le député UDC peine quelque peu à retrouver l’endroit. Il baisse sa vitre : « Les abattoirs, c’est où », demande-t-il à un ado. Finalement, il arrête sa voiture à proximité d’un supermarché. « C’est ici. » François Brélaz se dirige vers la voie de chemin de fer. Deux hommes arrivent en sens inverse. L’un des deux parle allemand. Il a vécu huit ans à Bâle avant que sa demande d’asile ne soit définitivement rejetée par la Suisse. Agé de 25 ans, Mustafa indique l’endroit où il vit avec trente à quarante compatriotes. Dix tentes de fortune sont dressées à quelques mètres de la voie ferrée. En face, une déchetterie. Des détritus jonchent le seul. Mustafa s’approche d’une tente bleue. Sur le sol : un matelas et une couverture. « C’est là que je dors depuis quatre mois. » Les nuits sont de plus en plus fraîches. Il n’a rien pour se réchauffer. « A 3 heures du matin, je me lève tellement j’ai froid. Nous ne sommes pas des animaux tout de même. »

Seule la plus grande tente qui accueille deux familles et un bébé a une bonbonne de gaz alimentant un petit chauffage.

François Brélaz distribue des couvertures et du chocolat. Il hoche la tête : « C’est désolant, c’est impensable. » Abandonnées à elles-mêmes, toutes ces personnes viennent de la région de Srebrenica. Des passeurs les ont fait traverser la Slovénie, puis l’Italie avant de les abandonner en Haute-Savoie. « J’ai dû payer 3000 francs », raconte Mustafa. Une somme empruntée à un cousin. « Mais je n’avais pas le choix, en Bosnie, il n’y a plus rien », raconte-t-il en tirant sur sa cigarette.

Des pigeons picorent quelques restes de nourriture froide. Ici, il n’y a pas le moindre réchaud. Huso, 20 ans, est le seul qui parle quelques mots de français. « J’ai une copine française », explique-t-il avec un léger sourire. Depuis un an, il dort sous une tente. De sa poche, il sort un papier jaune sur lequel est inscrit « réfugié reconnu ». « On m’a donné l’asile, mais je n’ai pas le droit à un logement », lance, amer, le jeune homme.

Assise fièrement dans sa poussette, Ajla, arrive en compagnie de son père. A un an, elle vit ici et est la véritable coqueluche du camp. Mustafa la prend dans ses bras et oublie pour quelques instants ses soucis.

Une telle précarité ne préoccupe-t-elle pas les autorités d’Annecy ? A la mairie, on répond que la ville ne prend en charge que les personnes domiciliées sur son territoire. Et de renvoyer à la DDASS (Direction départementale des affaires sanitaires et sociales) qui ne peut pas s’exprimer sans l’autorisation de la préfecture de Haute-Savoie. Et là, seul le préfet est habilité à prendre une telle décision. Mais hier, il était inatteignable.

Directeur de l’Association des Trois Fontaines qui gère plusieurs centres d’accueil pour les personnes à la rue, Erwan Dhainaut sait que des demandeurs d’asile sont obligés de dormir dehors. Mais selon lui, toutes les familles ont un hébergement : « Il nous manque de la place pour accueillir tout le monde », déplore-t-il. Annecy dispose de 36 lits d’urgence durant l’année et 39 supplémentaires sont disponibles durant l’hiver. Et ces structures ne sont pas destinées uniquement aux réfugiés. Erwan Dhainaut souligne d’ailleurs que la Haute-Savoie fait partie des 10 départements français qui comptent le plus de requérants : « Ici 80% sont des Bosniaques, et la plupart viennent de la région de Srebrenica. » Et d’après lui, la grande majorité d’entre eux obtiennent l’asile après trois ou quatre mois.

François Brélaz s’apprête à repartir, mais promet de revenir : « Je vais amener des habits pour le bébé. On pourrait aussi faire un gril pour qu’ils aient quelque chose de chaud à manger. »

ANNECY / VINCENT BOURQUIN


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