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Sulejman Tihic réélu président du SDA

jeudi 28 mai 2009


Le congrès du SDA, principal parti nationaliste bosniaque, a renouvelé le mandat de président de Sulejman Tihic, qui l’a nettement emporté sur ses rivaux Bakir Izetbegovic -fils du défunt président du temps de guerre- et Adnan Terzic, ancien Président du gouvernement de BH, avec des scores respectifs de 425,301 et 19 voix. Les observateurs voient dans cette réélection un succès de la ligne de compromis soutenue par le gagnant, dont on remarqué qu’il avait été le seul homme politique nommé et élogieusement cité par le vice-président J. Biden dans son adresse aux parlementaires bosniens, pour sa capacité à "traverser les lignes ethniques". La défaite de B. Izetbegovic serait aussi le signe d’une perte d’influence du chef de la communauté islamique de BH, le reis Mustafa effendi Ceric.

On s’attend donc à une relance du processus de négociation dit de Prud, engagé par les dirigeants des trois principaux partis nationalistes de BH, Sulejman Tihic pour le SDA bosniaque, Milorad Dodik pour le SNSD serbe et Dragan Covic pour le HDZ-BH. croate. Le Congrès du SDA a toutefois adopté une plate-forme dont le point essentiel, touchant à l’organisation territoriale et institutionnelle de la BH, a immédiatement été rejeté par les dirigeants de la RS. Le projet du SDA reprend en effet les propositions constitutionnelles antérieurement formulées par Tihic, d’une régionalisation du pays sur une base géographique et économique, avec une claire délimitation des compétences des autorités locales, intermédiaires et centrales, assortie d’une suppression du vote par entité. Toutes ces dispositions sont jugées inacceptables par la classe politique de RS. Pour l’ensemble de celle-ci, cette réorganisation ne peut concerner que la Fédération, les compétences des entités sont inaltérables -l’Assemblée de la RS a même demandé le rétablissement de celles qui auraient, selon elle, indûment été transférées à l’Etat-, le droit de veto est intouchable.

Au vu de ces oppositions, la marge laissée à la négociation de compromis paraît plutôt mince. Sulejman Tihic compte sans doute sur deux éléments pour renforcer sa position.

Sur le plan intérieur, il tente d’unifier les forces politiques de la Fédération, afin qu’elles participent toutes, notamment le SBiH de Silajdzic et le SDP de Lagumdzija, au processus de Prud en présentant un projet commun, compatible aussi avec les revendications croates. Simultanément il lui faudra participer au règlement de la succession de Nedzad Brankovic, Premier ministre du gouvernement de la Fédération qui vient de démissionner. Tihic lui avait retiré son soutien à la suite de soupçons de malversations pesant sur lui. Ce sera l’occasion de constituer un nouveau gouvernement dans le contexte d’une crise qui frappe tout particulièrement la Fédération, avec ses autorités fragmentées à l’extrême.

Sur le plan international, apparaissant comme le seul homme politique bosnien prêt à souscrire à des compromis censés "raisonnables", le Président du SDA dispose de l’appui des Etats-Unis et de l’Union européenne. Encore faudrait-il que cet appui aboutisse à des avancées concrètes vers l’ établissement d’un Etat et d’un gouvernement aptes à prendre des décisions, réclamé par la "Communauté internationale" et dernièrement encore par le communiqué commun Biden-Solana du 19 mai qui se termine par un appel en ce sens.

Le blocage des réformes indispensables à l’accomplissement des conditions requises pour que la BH bénéficie de la libération des visas est un parfait exemple de la paralysie des institutions bosniennes. Il est le plus souvent dû aux représentant de la RS. C’est, entre autres obstacles, parce que les parlementaires de la RS s’opposent au vote d’une loi sur la circulation des armes sous le prétexte que la matière relèverait de la compétence des entités, que l’une de ces conditions n’est pas remplie. Il y a tous les risques qu’à la fin de l’année, la BH se retrouve dans la région, seule avec l’Albanie, en dehors de l’espace Schengen. Les Croates et les Serbes de BH pourraient alors contourner cette exclusion en se prévalant d’une double nationalité, mais pas les Bosniaques.

La montée en puissance dans la Fédération d’un dirigeant réputé "modéré" ne servirait à rien si de l’autre côté, rien ne lui répondait, ce qui est aujourd’hui le cas. On observe même une aggravation des tensions, comme celles provoquées par les mandats d’arrêt lancés par la Serbie par l’intermédiaire d’Interpol contre 15 responsables civils et militaires bosnien accusés de crimes de guerre contre des soldats serbes. Il s’agit des affrontements qui ont eu lieu en mai 1992 lors de l’évacuation d’un convoi de l’armée yougoslave de Sarajevo, une affaire du même genre ayant été soulevée auparavant à propos de Tuzla, qui vaut à un ancien président du conseil municipal de cette ville, Ilija Jurisic, de se trouver depuis un an en prison en Serbie. La justice serbe ayant mis en cause d’importantes personnalités bosniennes de l’époque, parmi lesquelles les anciens membres de la Présidence Ejup Ganic et Stjepan Klujic, le général Jovan Divjak et l’ancien maire de Tuzla Selim Beslagic, le membre croate de la présidence collégiale Zejlko Komsic (SDP) a riposté en réclamant l’inculpation des anciens présidents yougoslaves Dobrica Cosic et Zoran Lilic, en tant que commandants des forces armées qui opéraient en BH. C’est dans ce climat qu ’Haris Silajdzic et Zeljko Komsic ont refusé de se rendre en visite à Belgrade, laissant à leur collègue Nebojsa Radmanovic le loisir de discuter avec le président Boris Tadic des rapports entre la Serbie et la BH, dans un colloque serbo-serbe, qui leur a permis d’afficher des vues identiques. Le membre serbe de la présidence collégiale bosnienne a ainsi pu imputer la plupart des problèmes de son pays à la présence d’un Haut-Représentant aux compétences inappropriées. Comble du caractère burlesque de la situation, c’est le ministre de l’Intérieur de Serbie, n° 2 du gouvernement de Belgrade, Ivica Dacic, successeur de Milosevic à la tête du SPS qui, de passage à Banja Luka ,donne des leçons pour, dit-il, calmer les passions et séparer la politique de la justice.

Le vice-président des Etats-Unis Joseph Biden a, paraît-il,demandé à Boris Tadic de réfréner son irritable ami Milorad Dodik. On ne sait pas s’il a été question de la Bosnie-Herzégovine au cours des entretiens que viennent d’avoir à Paris les présidents français et serbe. Nicolas Sarkozy aurait offert à son interlocuteur l’établissement d’un "partenariat stratégique entre la France et la Serbie" en échange, parmi d’autres choses et si on a bien compris, d’une modération des revendications serbes sur le Kosovo équivalant en quelque sorte à une reconnaissance de fait, sinon du Kosovo, du moins de ses autorités. Selon l’"Associated Press", Nicolas Sarkozy a estimé que "la Serbie avait vocation à être le leader des Balkans". Si vocation il y a, les premiers à la reconnaître devraient être les voisins de la Serbie, qui pour le moment semblent loin de partager les vues du président français. La coopération régionale, qui est une pré-condition de l’adhésion à l’Union européenne, exige au minimum que les pays concernés acceptent mutuellement leur existence. Ce n’est évidemment pas le cas de la Serbie s’agissant du Kosovo et ce ne l’est que très incomplètement au regard de la Bosnie-Herzégovine .Il ne suffit pas de répéter les formules stéréotypées sur la reconnaissance de l’intégrité de la Bosnie-Herzégovine. Pour que cette reconnaissance soit réelle, il faut qu’elle s’étende aux moyens de doter le pays d’institutions viables et efficientes, ce que les dirigeants de la RS, avec l’appui de Belgrade, refusent obstinément. C’est là, et non dans des phrases convenues, que devrait se mesurer la volonté européenne des dirigeants serbes.

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