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Mladic aux abois ?

samedi 11 juin 2005


A un mois de la dixième commémoration du massacre de Srebrenica, la diffusion par les chaînes de télévision serbes de la vidéo de l’exécution de six jeunes Bosniaques par des paramilitaires du groupe « Scorpion », continue de produire ses effets.

En Serbie, sous la pression des facteurs internationaux et les yeux d’une opinion pour la première fois ébranlée, il semble que la traque de Mladic soit, cette fois, devenue une réalité. La prétendue ignorance des autorités de Belgrade quant aux circonstances de la cavale de l’ancien chef de l’armée serbe de Bosnie, se révèle pour ce qu’elle était, un mensonge pur et simple. Les représentants du gouvernement ont beau démentir les informations du quotidien belgradois « Danas » qui affirmait, le 10 juin, que Mladic avait été localisé dans une agglomération proche de la capitale, il ne fait pas de doute que son arrestation ne soit désormais suspendue qu’à la volonté des dirigeants serbes de passer à l’acte. Les Etats-Unis, anticipant ce dénouement, viennent en tout cas de débloquer l’aide de 10 millions de dollars à la Serbie, qui avait été gelée en janvier dernier pour manque de coopération avec le TPI.

Alors que se tient le 11 juin, à Belgrade, un colloque sur Srebrenica, organisé par le Fonds humanitaire pour les droits de l’homme, dirigé par Natasa Kandic, le Parlement de Serbie s’apprête à adopter une résolution, non sur la responsabilité du pays pour le crime de masse de juillet 1995, mais sur une condamnation générale des crimes commis pendant les guerres yougoslaves, qui engloberait celui de Srebrenica. On peut noter qu’un très récent sondage des intentions de vote des citoyens serbes donnait 35 % des voix au SRS (radicaux de Seselj) et 7 au SPS (parti de Milosevic), ce qui, compte tenu de la prégnance du « serbisme » dans les autres secteurs de l’opinion, donne une estimation de la vigueur du nationalisme extrémiste qui sévit dans la société. Un autre signe révélateur est l’absence de réaction de l’Eglise orthodoxe aux émissions qui ont provoqué la forte émotion observée, alors que les images montraient un pope bénissant les paramilitaires partant au « combat ».

A Sarajevo, le journal « Oslobodjenje » affirme que le rapport de la commission de la RS sur Srebrenica contient d’autres preuves de la participation au massacre de forces militaires sous le contrôle direct de Belgrade, ce que dément le porte-parole de la police de l’entité serbe. Amor Masovic, vice-président de la Fondation Srebrenica - Potocari, fait maintenant état d’une liste de 8.106 personnes portées disparues et annonce que quelques centaines d’autres noms pourraient s’y ajouter. Le Président de la RS, Dragan Cavic, qui ne peut plus nier le crime, conteste sa qualification comme génocide.

La Bosnie-Herzégovine continue par ailleurs de vivre sous le régime de sa crise politique quasi permanente,dont le dernier épisode a été celui de la démission-révocation du ministre des affaires étrangères Mladen Ivanic, remplacé par Ana Trsic-Babic, nommée à cette fonction par le Premier ministre Adnan Terzic. La nouvelle ministre est membre du parti des sociaux-démocrates indépendants (SNSD), de Milorad Dodik, principal parti d’opposition en RS.

Ce dernier rebondissement, qualifié comme symptôme d’une « folie estivale » par Paddy Ashdown, suscite bien entendu de nombreuses et diverses réactions sur la signification et le but de la mesure prise par le Premier ministre. Zlatko Lagumdzija, dirigeant du parti social-démocrate (SDP) souhaite pour sa part la tenue de nouvelles élections générales, qui n’auraient, selon les observateurs,de sens qu’à condition que soit modifiée au préalable la loi électorale.

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