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Crise apaisée ?

samedi 1er décembre 2007


La crise déclenchée à la suite du refus des autorités de la RS de se soumettre aux décisions prises par le Haut-Représentant le 19 octobre afin de débloquer le fonctionnement des institutions centrales de l’Etat, est brusquement retombée la veille du 1° décembre, date à laquelle Miroslav Lajcak entendait les imposer en vertu de ses pouvoirs spéciaux, dits "de Bonn".

Les deux chambres du Parlement de BH ont finalement amendé leurs règlements, de sorte que le "vote par entité" prévu par la constitution de Dayton ne puisse pas jouer par le seul absentéisme des élus, ce qui était une pratique courante. Le SDS, parti fondé par Radovan Karadzic, a voté contre ; le SDP (social-démocrate) s’est abstenu, ne voulant pas se solidariser d’une majorité à laquelle il n’appartient pas. Le communiqué par lequel le Haut-Représentant s’est félicité de l’issue de cette crise, la plus grave qu’ait connue la BH depuis 1995, relève que "les amendements adoptés sont pleinement conformes à la Constitution et que la possibilité de bloquer le travail du Parlement en ne participant pas à ses sessions a été, dans toute la mesure possible, éliminée. Cela signifie que les représentants élus doivent venir travailler et gagner leurs salaires". Miroslav Lajcak a ajouté :" Cet accord ouvre la voie du retour des institutions de BH à l’agenda européen et à l’adoption formelle du plan d’action pour la réforme de la police. Ceci ramènerait la Bosnie-Herzégovine dans le processus de l’intégration européenne."

Ce dénouement est intervenu après une visite du Haut-Représentant à Bruxelles et des entretiens qu’il a eus à son retour avec Milorad Dodik, Premier ministre de l’entité serbe, Haris Silajdzic et Sulejman Tihic, principaux dirigeants du SBiH et du SDA, partis nationalistes bosniaques alliés et rivaux.

A Bruxelles, il avait exposé à la Commission des Affaires étrangères du Parlement européen la profondeur et la gravité de la crise bosnienne et expliqué la nécessité du maintien d’un fort engagement européen en BH. Avec le Commissaire à l’élargissement Olli Rehn, il avait appelé les dirigeants bosniens à reprendre le chemin européen en concrétisant l’accord sur la réforme de la police qu’il s’étaient engagés à réaliser, dans une réunion tenue à Mostar le 28 octobre et confirmé par la suite.

Si l’on ne sait pas ce qu’il a dit à ses interlocuteurs bosniens, et notamment à Milorad Dodik qui avait poussé la surenchère verbale à l’extrême, on peut imaginer qu’il a averti celui-ci des dangers, pour sa carrière, d’une exacerbation des antagonismes, dans une crise en rien justifiée par une prétendue menace d’abolition de la RS. Il est clair que cette stratégie de la tension s’insérait dans l’ensemble du dispositif de chantage serbe pour prévenir la reconnaissance prochaine de l’indépendance du Kosovo.

Obligé de faire marche arrière, sans qu’il lui en coûte beaucoup, dans sa tentative de conserver intégralement le statu quo sur le fonctionnement du parlement et du gouvernement de BH, Dodik a néanmoins obtenu gain de cause sur la réforme de la police en préservant ce qu’il tient pour essentiel symboliquement et politiquement, l’existence d’une police de la RS. Sur ce point, les autres dirigeants bosniens ont cédé, particulièrement Haris Silajdzic, revenu de sa position de défenseur le plus intransigeant d’une Bosnie-Herzégovine citoyenne. Le découpage des circonscriptions policières sera établi après la révision -hypothétique- de la constitution. Cet adoucissement sur les principes n’est peut-être pas étranger à l’avis souvent exprimé, en BH et ailleurs, que c’est le refus opposé par Silajdzic à la réforme constitutionnelle de 2006 qui a servi de prétexte à l’escalade jusq’au-boutiste de Milorad Dodik et qu’il aurait pu partager les frais d’une éviction de celui-ci.

Il se peut donc, avec toutes les surprises possibles que recèlent les arcanes de la politique bosnienne, que la BH retrouve très bientôt le chemin de l’intégration européenne, à l’instar de la Serbie, dont les autorités de Bruxelles ne veulent voir, comme dans un rêve, que le côté proeuropéen et à laquelle le paraphe , en attendant la signature, de l’Accord de stabilisation et d’association vaut déjà la promesse d’un milliard d’euros d’aide pour la période 2007-2011. Chacun répète que la question du Kosovo et celle de l’adhésion de la Serbie à l’UE n’ont aucun lien, mais tout le monde sait que c’est faux, car comment concevoir une Serbie candidate à l’UE en opposition absolue à une indépendance du Kosovo qui aura été reconnue par la grande majorité des pays membres de cette UE ?

La résolution des problèmes nés de la désintégration de la Yougoslavie, ceux entre autres des relations de la Serbie avec un Kosovo indépendant et une Bosnie-Herzégovine réunifiée dans sa diversité, n’est certes envisageable que dans le cadre de l’ Union européenne mais faut-il pour autant, dans une illusoire fuite en avant, effacer toutes les conditions préalables à une pacification durable ?

La première de cette condition concerne l’exigence de justice , avec l’arrestation nécessaire des 4 inculpés par le TPIY encore en fuite, principalement Karadzic et Mladic. Il faut à cet égard, dans un domaine distinct mais proche, saluer la décision récente du tribunal (néerlandais) de La Haye d’accepter la plainte déposée par l’"Association des mères de Srebrenica" contre l’ONU, pour sa responsabilité dans le massacre de Srebrenica. Il s’agit d’une première dans la mise en cause de l’immunité de l’organisation internationale.

La seconde condition indispensable est que les dirigeants serbes finissent par admettre, dans les faits, que l’échec de la politique du nationalisme serbe conduite par Milosevic et perpétuée, après sa défaite, par ses successeurs, est sans retour et que cela touche le Kosovo aussi bien que la Bosnie-Herzégovine. Malgré le combat d’arrière-garde auquel se livre la diplomatie de Belgrade, avec le concours intéressé de la Russie, l’indépendance -sous contrôle- du Kosovo n’est plus qu’une question de semaines ou de mois. En Bosnie-Herzégovine, Milorad Dodik, avec le concours de Belgrade et toujours de Moscou, est loin d’avoir dit son dernier mot, bien au contraire. Il annonce d’ores et déjà qu’après la signature de l’Accord de stabilisation et d’association, rien ne justifiera le maintien des "pouvoirs de Bonn" du Haut-Représentant, voire l’existence de cette fonction. Ce retrait de la présence internationale de BH, lui permettrait alors, le cadre de Dayton demeurant en place, de paralyser légalement le fonctionnement des institutions et de la vie du pays, pour consolider le statut de la RS.

L’avancée vers l’Union européenne de la Serbie et de la Bosnie-Herzégovine ne garantirait en rien une pacification des Balkans si elle ne s’accompagnait d’une réorientation radicale de la politique de Belgrade et d’une transformation du système institutionnel de la BH. Que l’UE tente de ménager avec doigté et générosité les transitions souhaitables se comprend, qu’elle oublie les objectifs à atteindre la conduirait à des déboires certains, car permettre l’entrée en son sein d’éléments déstabilisateurs la déstabiliserait elle-même.

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