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La Bosnie-Herzégovine au seuil de l’année 2008

vendredi 11 janvier 2008


Après que la crise du système politico-institutionnel du pays ait atteint un paroxysme à la fin de l’année 2007, pour retomber ensuite dans son cours normal, c’est-à-dire constamment parsemé de conflits et accrochages en tous genres, l’année 2008 s’ouvre en Bosnie-Herzégovine sur de bonnes intentions et de bonnes résolutions.

Les bonnes intentions sont celles des autorités de Bruxelles qui font miroiter à la BH la prochaine signature de l’Accord de stabilisation et d’association qui lui ouvrira, à terme, la porte de l’Union européenne. Les bonnes résolutions sont celles des six partis bosniens censés gouverner ensemble le pays, qui se sont engagés à réaliser les réformes exigées pour accomplir ce pas décisif, en premier lieu la réforme de la police, dont il est question depuis près de trois ans. Celle-ci fait l’objet des travaux d’une commission qui doit remettre son rapport avant le 15 février. On sait qu’un certain nombre de structures et de compétences seront centralisées mais que les limites des circonscriptions policières suivront celles des collectivités territoriales actuelles, entités et cantons, ce qui représente un succès majeur pour Milorad Dodik, dirigeant incontesté de la RS.

Ce climat politique provisoirement apaisé ne peut cependant masquer tout ce qui pèse sur les conditions de vie des habitants et l’avenir du pays.

Au plan économique et social, la situation, déjà mauvaise, s’est brusquement aggravée avec la hausse brutale du prix des produits alimentaires et de l’énergie, l’absence d’autorités fortes au niveau de l’Etat empêchant la conduite d’une politique cohérente de redressement. Le budget pour 2008 n’a, par exemple, pas encore été adopté.

De ce fait, qui concerne, au-delà de l’économie, tous les domaines de la société, la Bosnie-Herzégovine ne survivra pas sans une réorganisation fondamentale de son système politico-institutionnel. C’est tout l’enjeu des discussions sur la réforme constitutionnelle qui doivent s’engager prochainement sous l’égide de l’Union européenne. En déclarant, à l’ouverture de la présidence slovène de l’UE, que la "BH représentait un plus grand problème pour la stabilité régionale dans les Balkans que le Kosovo", le Premier ministre du gouvernement de Slovénie, Janez Jansa, a suscité des remous à Sarajevo. S’il s’agissait de remettre en cause l’intégrité et la souveraineté de la BH, ces propos seraient évidemment inadmissibles. S’ils ne faisaient que constater l’impossibilité de maintenir le statu quo, ils seraient, au contraire, le signe bienvenu d’un engagement européen en faveur de l’édification d’un Etat de BH digne de ce nom. On ne voit malheureusement, pour le moment, aucun signe en ce sens, si ce n’est le souhait que le processus de l’intégration européenne permette de régler tous les problèmes, ce qui est une vision bien optimiste des choses.

Pour la diplomatie de Bruxelles et des capitales européennes, l’actualité des Balkans est dominée par le Kosovo et la Serbie, ou "comment faire passer la pilule de l’indépendance du Kosovo aux Serbes ?" Dans ce but, on appuie ostensiblement, pour les élections serbes des 20 janvier- 3 février, le courant "proeuropéen" du Président Tadic contre l’ultra-nationalisme antieuropéen du candidat radical Nikolic, dont les positions ne diffèrent que par des nuances de celles du Premier ministre Kostunica, qui soutient pour sa part au premier tour son comparse populiste Ilic, avant de jouer l’arbitre au second. On saura, à l’issue du scrutin, si la Serbie veut bien entrer dans l’Union européenne, même si la grande majorité des pays membres reconnait l’indépendance du Kosovo, ou si elle préfère entrer en conflit avec elle en choisissant de préférence l’alliance russe. Les dirigeants européens multiplient les paroles d’encouragement à la Serbie, lui assurant que son refus d’accepter l’inévitable pour le Kosovo n’entravera en rien son cheminement vers l’Europe, encore que l’on perçoive ces derniers temps quelques signes d’agacement devant l’arrogance de Kostunica et de ses partisans qui renversent les rôles et croient pouvoir menacer l’Union européenne de lui claquer la porte au nez. La signature de l’Accord de stabilisation et d’association, qui reste promise pour les prochaines semaines se heurte d’ailleurs toujours à l’opposition de plusieurs gouvernements de l’UE, surtout de celui des Pays-Bas, qui continuent de maintenir le préalable de l’arrestation et de l’envoi de Mladic à La Haye.

Cette conjoncture a naturellement son répondant en Bosnie-Herzégovine où Milorad Dodik se pose en partisan actif de Boris Tadic, la non candidature de Kostunica le dispensant d’un choix embarrassant. IL y trouve la caution démocratique et européenne qu’il recherche aussi bien que le brevet de serbisme qui convient à sa défense intransigeante de la légitimité et de la pérennité de la RS. Le 16° anniversaire de l’entité serbe, créée le 9 janvier1992, a été l’occasion de la visite à Banja Luka du Président de Serbie Boris Tadic et du Président du parlement de Serbie, Oliver Dulic. La manifestation a été marquée par la signature d’un accord entre les parlements de la RS et de Serbie, qui renforce encore la coopération entre la Serbie et la RS, ce qui conforte, quels que soient les résultats des élections en Serbie, le bloc serbe des deux cotés de la Drina.

Les dirigeants de la RS se présentent ainsi en position de force pour la suite des discussions sur la réforme constitutionnelle avec leurs partenaires de la coalition majoritaire bosnienne, eux-mêmes très divisés entre Croates, Bosniaques et les différents partis qui les représentent, l’opposition social-démocrate étant exclue du débat. Ils se préparent à demander, dès la signature de l’Accord avec l’Union européenne, si elle est acquise, la suppression de la fonction de Haut-Représentant, ou tout au moins de ses "pouvoirs de Bonn" supposés devenus inutiles. C’est sans doute aller un peu vite en besogne, mais Milorad Dodik n’a eu, jusqu’à présent, qu’à se louer de sa pratique volontariste de la politique, illustrée ces derniers jours par l’institution d’une représentation permanente de la RS à Bruxelles.

Le Haut-Représentant Miroslav Lajcak, qui bénéficie du soutien de Bruxelles, n’entend pas, pour sa part, renoncer à exercer ses pouvoirs et vient de le prouver en réformant d’autorité le système de fiscalité indirecte de la BH, ce qui lui a valu une protestation de Banja Luka.

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