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La Bosnie-Herzégovine toujours dans l’embarras

lundi 3 janvier 2011


Comme c’était prévu, trois mois après les élections générales du 3 octobre, la Bosnie-Herzégovine commence l’année 2011 dépourvue de gouvernement central, au moment où, hasard du calendrier, elle prend la présidence du Conseil de sécurité de l’ONU. La "Republika Srpska" a pu, quant à elle, facilement se doter d’un gouvernement, le SNSD du nouveau président de l’entité, Milorad Dodik, disposant d’une large majorité avec ses alliés de la précédente législature. On notera toutefois que le SDS (parti fondé par Karadzic) demeure dans l’opposition en RS alors que, "défense des intérêts nationaux serbes" oblige, il a conclu avec le SNSD une alliance pour former une majorité parlementaire et gouvernementale au niveau central. Seul accroc au bon fonctionnement des institutions de l’entité serbe, la présidence de la Chambre des peuples de la RS, qui devait revenir à un Bosniaque, a été attribuée à un Serbe, la majorité ayant refusé d’entériner le choix du groupe des députés bosniaques qui s’était porté sur un député du SDP ( parti social-démocrate de Zlatko Lagumdzija). Cet incident peut avoir des conséquences dans la mesure où il risque d’entraîner le boycott de la Chambre des peuples de RS par ses représentants bosniaques. Il illustre aussi l’état des relations entre les deux partis intitulés "sociaux-démocrates", SNSD et SDP, adversaires historiques qui ont respectivement engrangé le plus de suffrages en RS et dans la Fédération.

Après le début de rapprochement qui avait semblé s’esquisser entre ces deux partis au début du mois de décembre, on assiste en effet au resurgissement des antagonismes passés à la suite de l’accord intervenu entre le SDP, le SDA (parti majoritaire bosniaque) et deux partis minoritaires croates (HSP et NSRzB). Cet accord, d’orientation européenne, qui concerne aussi bien la Fédération où ces partis disposent d’une majorité , que le niveau central où celle-ci est encore à construire, est ouvert à tous les partis, mais avec une visée particulière en direction du deuxième parti croate, HDZ-1990. Celui-ci, qui s’est pendant longtemps opposé à son frère ennemi croate HDZ-BiH en s’associant au HSP, a rompu avec celui-ci pour se retrouver avec le HDZ-BiH, dans une démarche de constitution d’un bloc croate, symétrique de celui des partis de la RS. La principale revendication de ces deux partis est la création d’une troisième entité, rejetée par le SDP et le SDA mais soutenue par Milorad Dodik, à condition qu’elle ne touche pas aux limites de la RS, ce qui constitue une pomme de discorde entre le HDZ-BiH de Dragan Covic, l’allié de Dodik, et le HDZ-1990 qui ne veut pas renoncer à la Posavina incluse dans l’entité serbe. Le SDP, et le SDA rejettent catégoriquement cette revendication de troisième entité en préconisant pour assurer l’égalité des droits pour les Croates des mesures autres que le découpage territorial. Ils disent reprendre, avec leurs alliés croates, 90 % des propositions du HDZ-1990.

Face aux propositions des quatre partis SDP, SDA, HSP et NSRzB qui affirment avoir pour la première fois en BH réussi à formuler un programme propre à apporter des réponses concrètes aux problèmes du pays, aussi bien ceux relatifs à son entrée dans l’UE que ceux qui concernent ses besoins économiques et sociaux, le SNSD et HDZ-BiH ont convoqué une réunion ouverte à tous pour envisager le partage des portefeuilles sur une base arithmétique de répartition entre "peuples" et partis. Tandis que les quatre partis SDP, SDA, HSP et NSRzB entendent renforcer les pouvoirs des autorités centrales, les dirigeants de la RS continuent de défendre l’intangibilité des droits et pouvoirs des entités. Dodik a renouvelé l’expression du peu de cas qu’il faisait de la BH et sa menace de recourir à un référendum au cas il serait porté atteinte aux prérogatives actuelles de l’entité serbe. La réunion s’est tenue le 30 décembre à Sarajevo en présence de tous les partis représentés au Parlement, à l’exception des quatre de la coalition constituée par le SDP qui ont refusé de s’y rendre. Les participants ont décidé de se revoir le 10 janvier et invité les absents à les rejoindre. Si tous les partis présents le 3O décembre à Sarajevo- et on a relevé parmi eux, du côté bosniaque le SBB de Fahrudin Radoncic et le SBiH d’Haris Silajdic- se retrouvaient pour s’entendre, les choses pourraient en BH repartir comme avant, c’est-à-dire rester immobiles. La seule nouveauté possible serait la formation dans la Fédération d’un gouvernement plus cohérent que précédemment. Mais rien n’est encore joué : les partenaires et adversaires d’hier ou d’aujourd’hui peuvent encore changer de caps et d’alliances pour le plus grand mal, ou moins sûrement, le plus grand bien des citoyens bosniens spectateurs de ce théâtre, comme sont spectatrices les autorités européennes dont les promesses de nouvelle stratégie pour la BH sont toujours dans les limbes.

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