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L’Union européenne et les "Balkans occidentaux"

dimanche 9 mars 2008


La Commission de Bruxelles a publié le 5 mars une recommandation renouvelant la volonté des autorités européennes de voir les "Balkans occidentaux" rejoindre l’Union européenne. Elle propose au Conseil européen qui se réunira à la fin du mois en Slovénie, un certain nombre de mesures propres à stimuler les efforts des pays concernés pour remplir les conditions nécessaires à cette fin .Il s’agit notamment d’assouplir et de libéraliser le régime des visas, de favoriser la coopération régionale et de soutenir les activités déployées dans la société civile pour promouvoir la démocratie, la réconciliation, l’entente interethnique, le développement social,etc. Des projets sont en cours d’élaboration pour mieux intégrer la région dans l’espace économique européen. Le commissaire européen Jacques Barrot a, dans ce cadre, formulé la proposition de créer une communauté des transports avec les Balkans.

Chacun des pays de la région a fait l’objet d’une appréciation concernant le degré de son avancement vers l’adhésion. Seuls deux d’entre eux n’ont pas encore atteint le stade de la signature d’un Accord de stabilisation et d’association (ASA), la Serbie et la Bosnie-Herzégovine.

La Serbie, qualifiée par la Commission de pays jouant un rôle clé et important pour la stabilité dans la région, se trouve dans une situation singulière, en ce que c’est à elle qu’il incombe d’accepter ou de refuser l’offre de rapprochement que lui a faite Bruxelles, sous la forme d’un accord presque équivalent à un ASA . La conclusion formelle de celui-ci reste bloquée par les Pays-Bas, soutenus par la Belgique, qui continuent de maintenir l’arrestation et de la livraison de Mladic à La Haye comme condition préalable de sa signature. La réponse de la Serbie ne pourra être donnée qu’à l’issue des élections législatives qui devraient se tenir le 11 mai, après la dissolution du Parlement, rendue inévitable par la démission du Premier ministre Kostunica et la rupture de la coalition gouvernementale. La fragile majorité sortante ne pouvait survivre plus longtemps à la contradiction qui la déchirait entre les partisans de la poursuite du processus d’adhésion à l’UE, malgré l’envoi de la mission européenne EULEX de contrôle de l’indépendance du Kosovo et ses adversaires, qui refusent l’appartenance à l’organisation européenne sans la reconnaissance de la souveraineté serbe sur ce territoire.

La Bosnie-Herzégovine continue, elle, de se débattre avec les réformes à accomplir pour satisfaire aux conditions posées par l’UE, en premier lieu et toujours, celle de la police. Des projets de loi tirés de l’accord accord de Mostar, conclu le 28 octobre dernier entre les six partis de ce qu’il est convenu d’appeler la majorité parlementaire et gouvernementale, sont actuellement en discussion au Parlement de BH, mais le SDA, partie prenante de l’accord, et le SDP (social-démocrate) qui était resté en dehors, s’y opposent, estimant que les quelques dispositions centralisatrices prévues dans ces textes sont fictives. Leur adoption définitive dépendra de la position finale que prendra l’autre parti nationaliste bosniaque, le SBiH de Haris Silajdzic, qui se retrouve, pour l’instant, dans la situation paradoxale de principal allié du SNSD de Milorad Dodik, hier son meilleur ennemi. Ce dernier refuse toute modification du projet, qui le satisfait pleinement en ce qu’il ne touche pratiquement en rien au statu quo, défendu avec acharnement par les dirigeants de la RS. Cela permet du même coup à Milorad Dodik de se poser en meilleur élève bosnien de la classe européenne, le seul qui œuvre vraiment à l’entrée de la BH dans l’UE. L’homme fort de la RS fait ainsi la synthèse des positions opposées des dirigeants serbes de Serbie, le proeuropéanisme de Boris Tadic, ce qui lui assure la complaisance des autorités de Bruxelles, et le nationalisme intransigeant de Kostunica , avec la défense du Kosovo serbe et la menace de sécession de la BH s’il est contesté à l’entité serbe la moindre de ses compétences actuelles. L’exigence des représentants de la RS que le Parlement de BH ratifie les accords de Dayton va dans ce sens.

La rotation de la Présidence de la Présidence collégiale de BH , dévolue pour 8 mois à Haris Silajdzic a donné l’occasion au sortant croate, membre du SPD, Zeljko Komsic de se livrer à une vive critique de l’action du Haut-Représentant Miroslav Lajcak et à travers lui, de ses "patrons" de l’Union européenne, accusés de faiblesse à l’égard de Milorad Dodik et plus généralement de la partie serbe, qui tiennent la BH en otage de leur politique. Si les menaces de sécession de la RS ne sont guère prises au sérieux pour le moment, elles sont par contre très efficaces car elles empêchent toute évolution du statut de la BH en vue de permettre à l’Etat de fonctionner et au pays de sortir de la stagnation. Rivées à leurs formules stéréotypées sur l’intangibilité des accords de Dayton et le nécessaire consentement de toutes les parties à une révision constitutionnelle, de ce fait impossible, les autorités internationales et européennes condamnent la BH à l’étouffement. La seule perspective perceptible qui se dégage de cette immobilité volontaire des intervenants internationaux est que l’adhésion définitive à l’Union européenne, après un long processus, imposera d’elle-même les transformations nécessaires à la résurrection de la BH, ce qui est un pari des plus risqués.

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