Archives de la Lettre d'information de l'Association Sarajevo - Fondatrice Mirjana Dizdarevic

Association Sarajevo

Accueil du site > Analyses et commentaires > Europe du Sud-Est > Les dirigeants européens appuient Boris Tadic

Les dirigeants européens appuient Boris Tadic

lundi 31 mars 2008


Les ministres des Affaires étrangères des 27, réunis à Brdo, en Slovenie, les 28 et 29 mars, ont exprimé leur intention d’accélérer le processus d’intégration des "Balkans occidentaux" dans l’Union européenne. Les représentants des pays intéressés, dont le Premier ministre du Kosovo Hashim Thaci, présent pour la première fois à cette assemblée, avaient été invités à exposer le point de vue de leurs gouvernements.

Les dirigeants européens ont porté une attention particulière à la Serbie, en manifestant leur appui à la coalition "pro-européenne" du Président Boris Tadic dont ils espèrent le succès aux élections du 11 mai. Ils lui ont offert en prime une rapide libéralisation du régime des visas d’entrée dans les pays de l’Union. Le ministre des Affaires étrangères serbe Vuk Jeremic a promis, de son côté, la prochaine arrestation des criminels de guerre poursuivis par le TPIY encore en liberté. Cette promesse n’a apparemment pas suffi aux Pays-Bas et à la Belgique pour qu’ils lèvent leur opposition à la signature de l’Accord de stabilisation et d’association entre Bruxelles et Belgrade, mais les autres membres de l’UE, dont la France, exercent une forte pression sur les deux récalcitrants pour qu’ils acceptent un compromis sur une vague formule de preuve de la bonne volonté des autorités serbes à s’acquitter de leur obligations.

La même tolérance n’a pas été accordée à la Bosnie-Herzégovine.La signature de l’ASA reste soumise à condition, en l’occurrence la réforme de la police, serpent de mer du débat politique bosno-européen depuis plusieurs années. Peu importe que le projet actuellement en panne au Parlement ne réforme pratiquement rien, pour ne renforcer que le statu quo de la division du pays, il faut ce papier à Bruxelles, qui prend ainsi clairement le côté de Milorad Dodik, au détriment des principes antérieurement posés par l’Union européenne.

Il est clair que devant l’affirmation répétée de l’ultra-nationalisme serbe, l’Union européenne a choisi de jouer la carte du moindre mal. Son seul objectif, qui ne dépasse pas le court terme, est d’écarter la menace de l’arrivée imminente au pouvoir à Belgrade d’une coalition dominée par les radicaux de Seselj-Nikolic alliés à Kostunica. Les solutions durables des conflits en cours dans les Balkans seraient ainsi rejetées à plus tard, dans le cadre de la future intégration européenne de la région. Mais les contradictions que recouvre cette politique sont éclatantes.

Les dirigeants " démocrates modérés" de Boris Tadic proclament en toute franchise qu’ils souhaitent que la Serbie entre dans l’Union européenne afin d’empêcher l’adhésion du Kosovo, dont l’indépendance est reconnue par la grande majorité des pays membres de l’Union (actuellement 18 et sans doute bientôt 21).Si cette opposition farouche risque de s’éroder avec le temps, elle pèsera néanmoins pendant longtemps sur les relations interrégionales et les chances d’une entrée simultanée de la Serbie et du Kosovo dans l’UE. Plus anecdotique, la comédie de l’effusion d’amitié envers la Serbie et réciproquement des sentiments proeuropéens de celle-ci, ne manque pas de sel au spectacle de la quête forcenée de soutien à laquelle se livre l’infatigable ministre des Affaires étrangères serbe auprès de tous les régimes dictatoriaux de la planète, contre la position "contraire au droit" des gouvernements de l’Union européenne, supposés quand même démocratiques.

Quant à la Bosnie-Herzégovine, donner satisfaction à la volonté de Milorad Dodik de pérenniser et renforcer le statut de la RS ne fait que déstabiliser encore plus la région par le parti pris d’abandonner une fois encore le reste du pays à son sort. Si le Haut-Représentant Miroslav Lajcak a fait état à Brdo des préoccupations bosniaques à l’égard des concessions faites aux Serbes concernant Mladic et Karadzic, ses propres reculs devant les dirigeants de Banja Luka sont amèrement déplorés à Sarajevo. Même le prédécesseur de l’actuel Haut-Représentant, Christian Schwarz-Schilling, s’est permis le luxe de critiquer le travail de son successeur en regrettant le gel des réformes essentielles pour le pays. Les Bosniens peuvent aussi mettre en regard la promesse de lever les restrictions à la délivrance des visas pour les citoyens serbes, malgré la non arrestation de Mladic, et la menace de les maintenir sans les assouplir, pour les citoyens de BH en raison de l’échec de la réforme de la police.

La complaisance dont la "Communauté internationale" a si longtemps fait preuve envers la politique de Milosevic, avant de devoir, trop tard, la combattre, se renouvelle à l’endroit de ses successeurs qui n’ont pas abandonné, bien au contraire, sa visée nationaliste essentielle. Le fait indéniable que la Serbie occupe dans les Balkans une position éminente ne devrait pas amener l’UE à accorder un appui inconditionnel aux groupes politiques qui font preuve d’un peu moins d’agressivité ou d’un peu plus de compréhension que d’autres, tout en ayant sur le fond la même conception de la place et des limites de leur pays dans la région. Au nom du réalisme, il serait plus utile pour l’Europe de soutenir l’opposition des ONG et, sur le plan politique, celle du parti libéral démocrate (LDP) de Cedomir Jovanovic, qui ose décrire sans fard aux électeurs serbes la réalité de la situation de la Serbie, dans ses rapports avec son passé et avec ses voisins. L’incitation au vote utile, cautionnée par les démonstrations de sympathie débordante des Européens pour Boris Tadic, rappelant l’engouement qui avait accueilli en son temps Vojislav Kostunica, notamment de la part de la France, risque d’éliminer de la scène politique serbe le seul facteur de bon sens et de raison qui y subsiste. C’est bien la seule force politique qui mérite, en Serbie, d’être pleinement encouragée dans son difficile combat.

Association Sarajevo


© Association Sarajevo - 17, rue de l'Avre 75015 Paris - http://www.association-sarajevo.org/

Nous contacter - Référence légales - Suivre la vie du site RSS 2.0 - Plan du site - Espace privé - SPIP