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Réactions à la décision du Conseil de mise oeuvre des accord de Dayton

jeudi 29 juin 2006


Les réactions à la décision du Conseil de mise en oeuvre des accords de Dayton (PIC), de remplacer la fonction et la mission du Haut-Représentant, qui est actuellement mandaté conjointement par les Nations-Unies et l’Union européenne, par l’institution d’un représentant spécial de l’UE, avec des pouvoirs réduits, se sont multipliées en Bosnie-Herzégovine et parmi les acteurs et observateurs internationaux.

Il se confirme que la nouvelle est accueillie avec satisfaction en RS, notamment par Milorad Dodik, Premier ministre de l’entité et dirigeant du SNSD (sociaux-démocrates indépendants), mais qu’elle suscite un mécontentement général dans la Fédération, y compris parmi ceux qui n’ont pas été avares de critiques à l’égard des Hauts-Représentants successifs, notamment de l’avant-dernier, Paddy Ashdown. On relèvera, entre autres, les propos d’Haris Silajdzic, qui craint que le « départ du Haut-Représentant influence négativement la réalisation des réformes prioritaires, nécessaires à l’entrée dans l’Union européenne ». L’éditorialiste d’ « Osloboddjenje », Zija Dizdarevic, traduit l’opinion courante dans la Fédération en écrivant que la fin de la mission du Haut-Représentant n’aurait de sens qu’après que la BH se soit dotée d’une constitution moderne, qu’elle ait signé un accord de stabilisation et d’association avec l’UE et qu’elle ait rejoint le Partenariat de la paix de l’OTAN.

D’anciens Hauts-Représentants expriment la même opinion. Wolfgang Petrisch considère que la question doit être traitée avec beaucoup de prudence car la BH est un Etat qui a des besoins particuliers et requiert encore une tutelle particulière, tandis que pour Paddy Ashdown, si l’abolition de la fonction qu’il a exercée est justifiée, elle ne peut et doit l’être qu’en relation avec l’intégration de la BH à l’UE. James Lyon, au nom de l’ICG, est encore plus critique, relevant l’inopportunité de l’annonce de ce début de retrait de la Communauté internationale de la BH, à un moment où l’indépendance du Monténégro, la fixation prochaine du statut définitif du Kosovo et l’agitation autour de l’idée de référendum en RS risquent de créer des turbulences dans la région. Il affiche un certain scepticisme quant à la mise en oeuvre effective de la décision prise par le PIC, qui devrait,selon lui, dépendre de certaines conditions à remplir par la BH , telles que la stabilisation de la sécurité, la fin des privatisations, les réformes de la constitution et de la police...

Les responsables de l’Union européenne s’efforcent de répondre à ces inquiétudes. Le toujours Haut-Représentant Christian Scwarz-Schilling affirme : « Il n’y a pas de stratégie de sortie de l’Europe et il n’y a pas d’affaiblissement de l’orientation européenne de la BH. Il y a un pas important vers l’établissement d’un nouvel équilibre : d’un côté, nous fermons mais d’un autre côté, nous ouvrons le rôle de l’Europe ». La porte-parole de Javier Solana commente de son côté l’événement en ces termes : « Les responsabilités incombent certainement aux dirigeants politiques de BH, mais je n’ai aucun doute que le représentant de l’UE, Christian Scwarz-Schilling, sera très actif pour persuader que les réformes les plus importantes devront finalement être faites ». Sur la même ligne, le commissaire à l’élargissement Olli Rehn insiste : « Il est clair que la BH ne sera pas laissée seule. Le renforcement du bureau du Représentant spécial de l’UE signifiera le fort engagement de l’Union à la suite de la fermeture de celui du Haut-Représentant. Nous présenterons des idées et des suggestions pour la période de transition, à la fin de l’année ». L’optimisme de cette vision contraste avec les remarques du même Olli Rehn sur l’insuffisance des progrès de la BH sur la voie des réformes, en particulier pour ce qui concerne la police et la coopération avec le TPI, les dirigeants de la RS étant une fois de plus directement visés.

Cette détermination, tout au moins verbale, de la Commission à poursuivre le processus d’intégration européenne de la BH, comme celui de toute la région, malgré toutes les difficultés qu’il rencontre, ne trouve, en tout cas, aucun écho à Paris. Le dernier témoignage de ce que l’on ne peut qualifier autrement que d’hostilité est le débat qui vient de se dérouler le 27 juin à l’Assemblée Nationale lors de la ratification du traité d’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie à l’UE, adhésion qui doit devenir effective le 1° janvier 2007, ou au plus tard, 2008. Si, inévitablement, il a été question des prochaines étapes de l’élargissement, cela a été pour opposer une réponse négative aux prochains postulants, à l’exception (peut-être) de la Croatie, réponse catégorique de ceux qui ont nettement pris parti contre tout nouvel élargissement comme le rapporteur de la commission des Affaires étrangères Hervé de Charrette ou son président Edouard Balladur, refus hypocrite des autres intervenants, qui ont éludé la question des « Balkans occidentaux », ceux-ci n’ayant été évoqués dans les rares cas où ils l’ont été que dans des termes très généraux et sans la moindre tentative d’analyse de la situation de chacun des pays concernés. Ce constat vaut pour tous les groupes politiques de l’Assemblée. Le Ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy n’a, quant à lui, même pas prononcé le mot « Balkans » mais a promis que la France tiendrait bon sur la notion de capacité d’absorption » pour juger de l’opportunité de nouveaux élargissements. Peut-être a-t-il révélé le fond de sa pensée, partagée par l’ensemble des députés, lorsque dans la conclusion de son intervention à l’Assemblée Nationale, il a voulu souligner que les deux adhésions en jeu « scellaient » l’unification du continent européen. « Sceller » dans le sens de « fermer » ?

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