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La Bosnie-Herzégovine sans gouvernement depuis neuf mois.

vendredi 1er juillet 2011


Neuf mois après les élections,la Bosnie-Herzégovine se trouve toujours sans perspective de gouvernement. Le candidat à la Présidence du Conseil des ministres désigné par un vote majoritaire de la Présidence tripartite, Slavo Kukic, professeur de Mostar de nationalité croate, sans affiliation politique mais proposé par le SDP (parti social-démocrate), n’a pas été investi par la Chambre des représentants. Il y a recueilli une courte majorité, formée des députés élus dans la Fédération, à l’exception de ceux des deux HDZ (partis nationalistes croates) et du SbiH ( parti d’Haris Silajdzic), mais aucune voix des représentants de la RS, ce qui a empêché son élection au premier tour. Les HDZ et le SNSD (parti de Milorad Dodik) avaient refusé de le rencontrer pour des entretiens préliminaires à la séance de l’Assemblée, comme ils ont refusé, au cours de la séance, de discuter du fond de son programme, centré sur l’économie et les réformes nécessaires au processus d’adhésion de la BH à l’Union européenne. Ils ont motivé leur hostilité systématique par le fait que la désignation de Slavo Kukic n’avait pas recueilli l’accord du membre serbe de la Présidence et qu’il ne pouvait se présenter comme un représentant authentique des Croates de BH, les deux HDZ revendiquant le monopole de cette représentation.

Slavo Kukic a néanmoins maintenu sa candidature, qui sera examinée à une nouvelle séance de la Chambre des représentants, peut-être le 14 juillet. La Constitution prévoit en effet qu’en deuxième lecture, une décision est acquise à la majorité si au moins un tiers des représentants d’une entité ne s’y oppose pas. Cela laisserait une maigre chance au candidat de la coalition multiethnique au pouvoir dans la Fédération, si les députés serbes de l’opposition à Dodik décidaient de s’abstenir plutôt que de voter contre son investiture. Ce pourrait être le cas du seul député du PDP (parti de Mladen Ivanic, opposant le plus résolu de Dodik), mais beaucoup plus hypothétiquement des quatre députés du SDS ( parti fondé par Karadzic) qui, s’il refuse de se mêler des affaires de représentation des Croates de BH, tient à ce que l’avis du membre serbe de la Présidence soit pris en compte.

Si Slavo Kukic échouait à ce second tour, un nouveau candidat devrait être désigné par la Présidence, selon une procédure qui n’est pas encore déterminée, qui pourrait être, soit la présentation d’un autre des trois candidats retenus par la Présidence, soit un nouveau choix de la part de ses trois membres. Dans tous les cas, se poseraient la question de l’unanimité, nécessaire ou non, des membres de la Présidence pour la désignation du candidat et celle de la qualification nationale (en l’occurrence croate) d’un citoyen appelé à des fonctions publiques. Pour le SNSD et les deux HDZ, le « vrai » Croate, le « vrai » Serbe, ne peut être que celui qui fait passer sa « croacité » ou sa « serbité » avant toute autre considération. Dans cette logique, le « vrai » Croate ne peut se référer politiquement qu’aux HDZ et le « vrai » Serbe qu’au SNSD ou au SDS, toute autre opinion ou allégeance équivalant à la trahison de son « peuple ».

C’est ainsi que le SNSD et les deux HDZ bloquent la formation du gouvernement central de la Bosnie-Herzégovine comme ils continuent de contester la légalité du gouvernement de la Fédération qui n’a pas été formé selon leur conception de la démocratie fondée sur la seule représentation ethnique.

Dans cette conjoncture de paralysie totale du système politique bosnien, Milorad Dodik poursuit son entreprise de démolition du pays. Loin d’avoir tempéré ses déclarations provocatrices, l’accord que lui ont consenti Catherine Ashton et Miroslav Lajcak en échange du retrait de son projet de référendum, a décuplé ses ardeurs. Sa dernière trouvaille est de revendiquer l’ « indépendance de la RS dans le cadre de la BH », autrement dit de rendre la « souveraineté et l’intégrité de la BH » purement fictive, ce qui n’est pas une nouvelle idée de sa part. Mieux, il s’est livré, comme jamais auparavant, à une réhabilitation de la guerre de destruction de la BH dans les termes sans équivoque rapportés par le site en français de la radio serbe de Belgrade (www.glassrbije.org) du 28 juin, cités ici intégralement« Dans la cour du monastère Dobrun, près de Visegrad,a été marquée la fête patronale de l’armée de la RS. A la solennité ont assisté les plus hauts officiels de la RS et le métropolite de Bosnie Nicolas. Le président de la Republika Srpska Milorad Dodik a déclaré que le plus grand résultat de l’Armée de la RS est la création de la RS. Le temps a démontré que nous avions raison de nous lancer, en 1992, ensemble avec l’Armée de la RS, dans la défense des espaces serbes en Bosnie-Herzégovine, a souligné Dodik. Il a souligné que pour cette raison il ne faut jamais mettre en question la RS, parce que s’il n’y en avait pas, dans ces espaces, il n’y aurait non plus des Serbes ou il y en aurait qu’en Fédération de BH. Selon Dodik, la RS est en tentation [sic] et elle ne peut admettre l’unitarisation de la BH, ce que souhaitent certaines forces de la Fédération.. » Ces propos qui sont un aveu sans fard que c’est la guerre déclenchée par les forces serbes qui a créé la RS, sont accompagnés par ailleurs d’autres déclarations qui louent le rôle joué par Mladic à la tête de son armée.

Après cela, on écoutera attentivement ce que le Président de Serbie Boris Tadic dira le 6 juillet à Sarajevo, étape importante de la tournée de « réconciliation » qu’il effectue dans la région, pour prouver son désir d’établir la « coopération régionale » exigée des candidats à l’UE. Comment harmonisera-t-il ses proclamations de bons sentiments et peut-être de regrets pour les « excès » commis dans le passé, avec les cris de satisfaction de son ami de Banja Luka pour les victoires obtenues grâce à ces « excès » ? Comment réaffirmera-t-il son attachement à « la souveraineté et l’intégrité de la Bosnie-Herzégovine » en confirmant sa confiance en l’équipe au pouvoir en RS qui affiche une détermination contraire ? Comment expliquera-t-il l’acharnement des autorités de Belgrade à faire emprisonner et juger en Serbie Jovan Divjak coupable d’avoir résisté à l’agression du régime de Milosevic contre une ville et un pays qui ne voulaient pas de sa loi ? Jovan Divjak aurait-il par dessus le marché commis le crime d’être un « faux » serbe comme d’autres sont de « faux » croates ou de « faux » nationaux de quelque contrée du monde ?

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