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L’affaire des visas (suite)

samedi 25 juillet 2009


Le commissaire de Bruxelles chargé de l’élargissement, Olli Rehn, devait achever le 24 juillet en Bosnie-Herzégovine la tournée de trois jours qui lui avait déjà fait visiter le Monténégro, la Macédoine et la Serbie. Tombé malade à son arrivée à Sarajevo, probablement du fait de la canicule qui frappe les Balkans et de la longueur de ses entretiens à Belgrade, qui l’ont épuisé et lui ont fait perdre la voix, il a dû annuler toutes les rencontres prévues avec les dirigeants bosniens et notamment le discours qu’il se proposait de prononcer devant le parlement.

On connaît néanmoins, par l’agence Reuters, la teneur de ce texte qui reprend sans surprise les grandes lignes du message que les dirigeants de l’Union européenne envoient régulièrement à la classe politique bosnienne, message plus appuyé encore depuis que la Bosnie-Herzégovine s’est vu refuser, en compagnie de l’Albanie et du Kosovo, le bénéfice de l’abolition des visas d’entrée dans l’espace de Schengen : c’est aux représentants politiques du pays qu’il appartient de réaliser les réformes que l’on attend d’eux pour avancer sur la voie européenne. Olli Rehn y affirme de plus, ce qui n’a jamais aussi clairement été dit, qu’un "quasi-protectorat" ne saurait rejoindre l’Union européenne, ce qui suppose la fermeture préalable du bureau du Haut-Représentant, elle-même subordonnée à l’accomplissement des 5 objectifs et des 2 conditions fixées par le PIC (Conseil de mise en œuvre des accords de Dayton). Olli Rehn précise que la réforme constitutionnelle n’entre pas dans ces conditions mais que "la BH ne serait pas capable d’accéder au statut de candidat à l’UE et de rejoindre celle-ci avec son actuelle constitution". Cela repousserait donc cette réforme à une étape suivante, dans un avenir indéterminé.

S’agissant particulièrement des visas, le texte cité rappelle que les autorités de Sarajevo n’ont pas encore mis au point les passeports biométriques et pris les mesures réglementaires et législatives concernant la surveillance des frontières et la lutte contre le crime organisé. Si le nécessaire était fait dans ces domaines, la question des visas pourrait être réexaminée en octobre et une décision prise en 2010.

Ce type de déclaration vise à répondre aux vives critiques suscitées par le sort particulier réservé à la Bosnie-Herzégovine par la décision de l’UE concernant l’abolition des visas, alors même que la Serbie n’a pas encore pleinement satisfait à toutes les conditions posées. A celles qui se sont naturellement fait entendre avec virulence en Bosnie-Herzégovine, s’en sont jointes d’autres venues de l’extérieur, notamment celles des anciens Hauts-représentants Petritsch, Ashdown et Schwarz-Schilling, du parti des Verts et du SPD d’Allemagne et de trois députés spécialistes des Balkans au Parlement européen, l’allemande Doris Pack, l’autrichien Hannes Swoboda et le slovène Jelko Kacin. Ces derniers s’en sont directement pris aux propos du ministre des Affaires étrangères de Suède Carl Bildt, qui ne veut voir dans l’affaire des visas que l’illustration de l’incapacité générale des dirigeants bosniens à négocier entre eux pour passer des compromis. Ils lui ont rappelé les responsabilités de l’Europe dans la catastrophe qui a détruit la BH et les siennes propres, comme ancien Haut-représentant et ami de la partie serbe.

Sans nier les déficiences des responsables politiques bosniens de tous bords, largement mis en cause par une partie de la presse bosnienne, réduire la question de l’inefficience des institutions du pays à de vaines querelles secondaires, c’est éluder le problème central du système politique bosnien qui est celui de sa paralysie par la prédominance de la règle de l’ethnicité sur celle de la démocratie. Dès lors, attendre des protagonistes de la scène politique bosnienne qu’ils s’entendent pour parvenir à une solution viable est demander l’impossible, car l’une des parties, et quel que soit le jeu trouble des autres, demeure indéfectiblement attachée au statu quo de Dayton, ce qui est la position maintes fois réaffirmée par Milorad Dodik et l’ensemble de la direction de la RS.

En refusant de mettre la réforme constitutionnelle au premier plan de ses préoccupations concernant la Bosnie-Herzégovine, l’Union européenne condamne celle-ci à l’inexistence, comme prélude peut-être à un nouveau démembrement auquel certains n’ont pas renoncé en Serbie et ailleurs.

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