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Ouverture de la campagne électorale en Bosnie-Herzégovine

dimanche 5 septembre 2010


Plus de 8000 candidats, représentant 39 partis politiques et 11 coalitions, sont en lice pour les élections du 3 octobre qui doivent renouveler la présidence tripartite de l’Etat, le parlement central de Bosnie-Herzégovine, les parlements des deux entités et la présidence de la RS pour laquelle a choisi de concourir Milorad Dodik, actuellement chef du gouvernement de l’entité serbe. La présidence de la Fédération est élue au scrutin indirect par les deux chambres de son Parlement.

La présidente de la commission électorale, Irena Hadziabdic, a cru bon d’appeler les partis et leurs candidats à se retenir de verser dans la "rhétorique nationaliste et les proclamations inflammatoires", mais elle n’a aucune chance d’être entendue. Les principaux dirigeants du SNSD, l’Alliance des sociaux-démocrates présidée par Milorad Dodik, n’ont pas manqué de lancer leur campagne officielle en accentuant encore la surenchère sur leurs thèmes de prédilection : le dédain de l’Etat central et le renforcement de l’autonomie de l’entité serbe, en vue de son détachement d’une BH condamnée comme non-viable. Dans les déclarations qu’il multiplie, Milorad Dodik ne cache pas que son but est d’arriver à cette séparation assez rapidement, dans les quatre ans qui viennent a-t-il pronostiqué dans une interview à l’agence Reuters. Il écarte pour le moment le recours au référendum qu’il a longtemps agité, considérant que cette démarche se heurterait aujourd’hui à une hostilité générale, y compris celle de la Serbie, mais il compte sur le blocage persistant des institutions bosniennes et sur l’exemple du Kosovo pour parvenir à ses fins.

Il peut d’autant plus miser sur le blocage de la machine politico-institutionnelle bosnienne qu’il en est, avec son parti, largement responsable. C’est ainsi qu’a été une nouvelle fois empêchée l’adoption de la loi sur le recensement par la Chambre des peuples, du fait de l’obstruction de la présidente de cette assemblée, elle-même membre du SNSD. Dodik et son parti prétendent en effet imposer leurs vues sur la question à tous les parlementaires de la RS, dont certains sont disposés à faire passer un texte de compromis en lui assurant la majorité qualifiée nécessaire. De ce recensement dépendent le bon fonctionnement de l’Etat, ainsi que les aides et le rapprochement de l’Union européenne. Le SNSD entend faire voter une loi sur le recensement propre à la RS, dénuée de toute valeur.

A propos du Kosovo, les dirigeants de la RS s’insurgent à l’avance contre un vote éventuel du délégué de la BH à l’Assemblée générale des Nations Unies contre la résolution déposée par la Serbie pour contester la validité de l’avis de la CIJ sur la légalité de la proclamation d’indépendance de ce pays. Tout en soutenant la thèse de Belgrade, Milorad Dodik prend toutefois le contre-pied de la position officielle de la Serbie en préconisant l’acceptation de la séparation du Kosovo, estimant préférable que les "Albanais ne soient pas intégrés à la vie politique de la Serbie", propos rapportés par l’Agence Srna le 2 septembre. Le sous-entendu, transparent, est en concordance avec la volonté des dirigeants de la RS de diviser définitivement la BH, en dressant un faux parallèle entre les situations respectives du Kosovo et de la RS. Comme le note, avec bien d’autres observateurs, l’historien et spécialiste britannique des Balkans Noel Malcolm, la différence est que " le Kosovo forme un Etat issu de son statut d’unité fédérale de l’ex-Yougoslavie, tandis que la RS provient d’un processus de nettoyage ethnique et de crimes de masse" (Voir le site www.bosnia.org.uk 22-8-2010)

Il est à souhaiter, à cet égard, que l’Union européenne s’inspire des déclarations faites par le ministre des affaires étrangères d’Allemagne, Guido Westerwelle, et de Grande-Bretagne, William Hague, lors de leurs visites successives à Belgrade, à la fin du mois d’août. Ils ont l’un et l’autre annoncé aux dirigeants serbes que la question des frontières dans les Balkans était maintenant réglée, aussi bien pour la Serbie et le Kosovo que pour la Bosnie-Herzégovine. Le ministre allemand, qui s’est rendu à Sarajevo, s’est prononcé en faveur d’un Etat de BH uni, basé sur le principe du vote citoyen et où le pouvoir de blocage des groupes ethniques serait limité. Il a souligné qu’ "avoir une Bosnie-Herzégovine unie était important, non seulement pour le pays, mais aussi pour la stabilité de tout le continent européen".

Les deux ministres ont clairement et publiquement exposé aux dirigeants serbes que leur position sur le Kosovo était incompatible avec leur désir de rejoindre l’Union européenne, que l’appartenance à celle-ci incluait la coopération régionale et que la présentation d’un projet de résolution de leur cru à l’Assemblée générale des Nations Unies, hostile à la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo, malgré l’avis de la CIJ, compromettrait l’acceptation de leur demande d’adhésion à l’Union. L’avertissement a été entendu à Belgrade, mais la conciliation est difficile entre la recherche d’un compromis avec Bruxelles et le maintien inchangé du principe de la souveraineté serbe sur le Kosovo. La Serbie n’a pas encore résolu la contradiction de sa politique extérieure, écartelée entre désir d’avenir européen et rêve de retour à un passé révolu. Cela vaut bien sûr pour le Kosovo, mais aussi, et malgré la promesse de respecter la souveraineté de la Bosnie-Herzégovine, pour celle-ci. Boris Tadic ne vient-il pas, lors d’une rencontre avec Milorad Dodik à Uzice, en Serbie, le 28 août, de mettre en garde la Bosnie-Herzégovine contre un éventuel vote contre la résolution serbe à l’ONU ? Selon le bulletin d’information, en français, de la radio serbe, "Glasserbije", il "a constaté que le rapport insuffisamment clair envers l’intégrité de la Serbie est très dangereux et qu’il ne contribuait à personne et posait un problème avant tout à la Bosnie-Herzégovine". Autrement dit, interdiction est faite à la Bosnie-Herzégovine de reconnaître, comme tous les autres pays de l’ex-Yougoslavie, le Kosovo.

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