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L’Europe et les Balkans.
La Bosnie et les réformes

vendredi 14 avril 2006


Reçu le 11 avril à l’Elysée par le Président de la République, le Premier Ministre de Serbie, Vojislav Kostunica a promis que son gouvernement ferait « tout son possible » pour arrêter Mladic avant la fin du mois, dernier ( ?) délai fixé par l’Union européenne pour que puissent continuer les négociations de l’accord de stabilisation et d’association entre l’Union européenne et la Serbie-Monténégro.

Jacques Chirac n’a pu que lui confirmer cette exigence de l’Union européenne et malgré son rappel de l’ « importance qu’il attache à la relation d’amitié séculaire entre la France et la Serbie », il ne semble pas que l’écoute et l’attention portés au point de vue de Belgrade sur la question du Kosovo l’aient conduit à soutenir la formule avancée par son interlocuteur, d’une plus forte autonomie pour le territoire, sans indépendance. Que les dirigeants serbes se raccrochent à Jacques Chirac pour tenter d’influencer la diplomatie internationale en faveur de leurs thèses témoigne de l’absence de leur sens des réalités.

Il n’en est pas moins vrai que l’Union européenne pourrait jouer un rôle décisif dans l’évolution de la situation régionale. Le représentant spécial des Nations-Unies, chargé de piloter les négociations du statut final du Kosovo, Martti Ahtisaari, l’a affirmé au cours d’une conférence de presse tenue le 12 avril à Bruxelles en compagnie du Président de la Commission européenne et du Commissaire à l’élargissement. Il a estimé que le plus important soutien qu’il pourrait recevoir de l’Union européenne serait que les pays membres de l’Union maintiennent la perspective européenne pour le Kosovo, la Serbie et l’ensemble des Balkans occidentaux.

Cette remarque vaut évidemment tout particulièrement pour la Bosnie-Herzégovine. Les discussions techniques en vue de la conclusion d’un accord de stabilisation et d’association ont bien commencé, mais les obstacles que constituent les conditions posées par l’UE et non encore remplies, touchant la police, le système de l’audiovisuel public et l’enseignement supérieur, comme bien entendu la non-arrestation de Mladic et de Karadzic, demeurent.

En ce qui concerne la police, la démission du chef de la police de RS Dragomir Andan, accusé par Carla Del Ponte de ne pas coopérer avec le TPI, mais aussi d’avoir participé à des activités criminelles pendant la guerre, est peut-être de nature à accélérer les travaux du groupe de travail chargé d’appliquer la réforme, mais rien n’est sûr, tant les autorités de Banja Luka ne cessent de remettre en cause des accords qui semblaient acquis.

La réforme de l’audiovisuel public votée par le Parlement de BH est contestée par les représentants croates au nom de la défense de ce qu’ils considèrent comme des droits de leur peuple à des canaux de diffusion propres.

L’adoption des amendements constitutionnels, qui font actuellement l’objet d’une discussion publique ouverte à des personnalités et des ONG devant la commission compétente du Parlement, n’est pas présentée comme une condition exigée par l’Union européenne, mais la pression internationale en ce sens est extrêmement forte, de la part des autorités de Bruxelles, du Parlement européen, du Conseil de l’Europe et des Etats-Unis, avec une toute récente intervention de Condoleeza Rice,

Les prises de position qui se multiplient dans le pays révèlent une très forte opposition au projet de réforme constitutionnelle, surtout dans la Fédération, les dirigeants de la RS estimant, quant à eux, avoir sauvé, pour le moment, l’existence de leur entité. Le sort de la réforme, qui doit recueillir la majorité des 2/3, dépendra en fait de la répartition des voix croates, divisées, après la scission du HDZ, entre acceptation et rejet,celui-ci motivé par ce que les opposants présentent comme une marginalisation de la présence croate en BH.

Le « Bloc patriotique », animé par Haris Silajdzic, qui a réuni outre son parti SBiH, le SDU et le BOSS, se bat, entre autres, contre le maintien du vote par entité qui donne un droit de veto à la Chambre des Représentants aux 2/3 des députés d’une entité. Les partisans de la réforme voient d’abord en celle-ci le début d’un processus de réforme, qui sortirait l’Etat de sa paralysie institutionnelle et permettrait, après les élections d’octobre, d’envisager et de mettre en œuvre, parallèlement à l’avancée vers l’Europe, d’autres changements au niveau des entités et des collectivités locales. Ce que les adversaires de la réforme condamnent comme soumission à un diktat international est présenté par ses soutiens comme passage obligé vers l’intégration européenne, seule planche de salut offerte au pays. Le problème est que l’opinion et les dirigeants politiques européens tournent de plus en plus le dos à la perspective de nouveaux élargissements, le concept de « capacité d’absorption de l’Union » servant de prétexte à l’inaction, au détriment du nécessaire devoir d’assurer « la paix et la démocratie sur tout le continent », pour reprendre les mots, qui ne sont seulement hélas que des mots, de notre Président.

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