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Le deuxième procès du siège de Sarajevo à La Haye

mercredi 17 janvier 2007


C’est le 11 janvier qu’a débuté à La Haye le procès de l’ancien commandant du corps d’armée Sarajevo-Romanija (CSR) Dragomir Milosevic, général de l’Armée de la Republika Srpska, accusé d’avoir procédé au siège et au bombardement de Sarajevo du mois d’août 1994 jusqu’à la fin de la guerre en Bosnie-Herzégovine. Le général Stanislav Galic, commandant des forces qui avaient assiégé la ville de septembre 92 à août 94 a été condamné l’année dernière à la prison à vie.

Les chefs d’accusation relevés contre ces deux généraux sont identiques. La seule différence se rapporte aux périodes où, selon le parquet, les crimes contre l’humanité et la violation des lois et coutumes de la guerre ont été commis

Le général Milosevic avait sous ses ordres 18.000 soldats stationnés autour de la capitale de la Bosnie-Herzégovine et pendant plus de 15 mois il a "orchestré" une campagne ciblée et délibérée contre la population de cette ville à l’aide de l’artillerie et des tirs de snipers, a déclaré dans l’acte d’accusation Alex Whitting, procureur au Tribunal de la Haye.

L’accusé avait été nommé commandant du CSR à l’apogée de sa carrière. C’était un officier expérimenté, possédant de solides connaissances militaires, connaissant donc également le contenu des Conventions de Genève et des coutumes de la guerre. Il ne pouvait pour lui y avoir de dilemme sur ce qui pouvait ou ne pouvait pas être un objectif militaire. Il a pourtant autorisé et dirigé des attaques qui ont coûté la vie à des milliers de personnes - a déclaré le procureur.

Celui-ci a souligné, au cours de son introduction, la riche histoire de la plus grande ville de Bosnie-Herzégovine où différentes communautés ont vécu pendant des siècles dans l’entente et la tolérance et où, à la veille même de l’agression, la vie sociale, culturelle et sportive était en pleine expansion. Il a également mentionné le fait que les Jeux Olympiques d’Hiver 1984 s’étaient déroulés à Sarajevo.

Le procureur a par ailleurs mis en évidence la "vulnérabilité topographique" de la ville, ceinte de montagnes et de collines à partir desquelles l’on pouvait voir tous ses quartiers comme sur la paume de la main. Ce dont ont profité les forces de l’Armée de la RS, mais aussi de l’Armée Populaire yougoslave. Elles ont encerclé Sarajevo, l’ont pilonnée, tuant, blessant et massacrant la population civile, qui tombait également sous les tirs des snipers.

Le but des bombardements et l’utilisation de tirs de snipers contre la population de Sarajevo dès 1992, - ville qui selon les termes utilisés par le procureur reflétait l’image même d’une vie multinationale harmonieuse - orchestrés par Galic, prédécesseur de Milosevic - était de terroriser la population civile et il ne s’agissait en aucun cas d’une opération militaire. Il s’agissait surtout d’une guerre psychologique dont le but était de transmettre un message : ou nous partagerons Sarajevo ou nous le rayerons de la carte, a enfin déclaré le procureur Whiting.

Les attaques sur Sarajevo étaient préméditées, a-t-il rappelé, de façon à maintenir les habitants dans un état de terreur permanent". Les cibles de l’artillerie et des snipers étaient "ceux qui faisaient la queue pour se procurer du pain ou de l’eau, les cimetières, les marchés, les tramways, les hommes, femmes et enfants qui circulaient dans la ville" et cette campagne a causé la mort de milliers d’habitants, tous âges et sexes confondus. Les gens étaient même blessés ou tués dans leurs propres appartements lorsque des balles ou des éclats d’obus traversaient leurs fenêtres".

Lorsque le général Milosevic a pris la relève de Galic, " il a poursuivi la même politique de terreur et l’a même renforcée. Outre l’artillerie, les grenades, les tanks, mitrailleuses et snipers, il a utilisé une nouvelle arme encore plus meurtrière - les lance-roquettes". L’accusé savait pertinemment que ces roquettes, si elles n’étaient pas vraiment précises, étaient extrêmement puissantes, pouvaient atteindre un large territoire et tuer nombre de civils. Il a pourtant lui-même insisté pour qu’elles soient utilisées. Le procureur a cité un document signé du général Milosevic ordonnant l’utilisation de ces roquettes à partir d’Ilidza en direction des habitations de Hrasnica et de la colonie de Sokolovic.

Nous prouverons que le général Milosevic est coupable de tous les chefs d’accusation, coupable d’avoir attaquer et semer la terreur à Sarajevo. 104 témoins à charge seront entendus, les victimes en premier lieu, puis des conducteurs de tramways, des pompiers, des représentants des forces internationales, médecins, observateurs des NU, journalistes et experts, a déclaré le procureur.

Le général Milosevic a été arrêté et incarcéré fin 2004 sur ordre du Tribunal de la Haye. L’accusation avait entre-temps déposé une demande pour que l’affaire soit confiée aux organes de la justice de la B-H. Mais le conseil du Tribunal spécialement nommé à cet effet et chargé de statuer sur ces demandes l’a rejetée, tenant compte avant tout de l’opinion du gouvernement de la B-H, lequel a estimé que vu l’importance du crime commis et le niveau de responsabilité de l’accusé l’affaire dépassait largement la réglementation en cours sur la base" de laquelle seules les affaires " d’un niveau moyen ou peu élevé" pouvaient être confiées aux tribunaux locaux.

"Milosevic était général et est directement responsable de ce qui s’est passé à Sarajevo" avait alors souligné le gouvernement de la B-H, précisant que ce dernier, ainsi que son prédécesseur le général Galic, adressaient leurs rapports à Ratko Mladic et Radovan Karadzic. C’est pourquoi cette affaire était de la compétence du Tribunal de La Haye, où sont jugés les plus hauts responsables des crimes de guerre - telle a été l’opinion du gouvernement de la B-H, entérinée par la suite par les juges.

La mise en accusation, selon la décision prise par le Conseil, devra être terminée d’ici le mois d’avril et l’ensemble de la procédure d’ici la pause d’été, au mois de juillet de cette année.

Dzevad Sabljakovic


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