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Dispense de visas pour les citoyens de Macédoine, du Monténégro et de Serbie.

vendredi 17 juillet 2009


La Commission de Bruxelles a décidé, le 15 juillet, de proposer au Conseil des ministres des 27 d’abolir les visas d’entrée dans l’espace de Schengen pour les citoyens de Macédoine, du Monténégro et de Serbie. Cette libéralisation, depuis longtemps attendue par les populations des "Balkans occidentaux", ne concernera donc pas celles d’Albanie, de Bosnie-Herzégovine et du Kosovo, pour des raisons, comme l’a exposé le commissaire chargé des affaires intérieures et judiciaires Jacques Barrot, techniques (mise en service de passeports biométriques) et politiques (absence des réformes exigées, notamment en matière de sécurité). Elle devra, pour entrer en vigueur le 1° janvier 2010, être entérinée par le Conseil et approuvée par le Parlement européen.

Quels que soient les motifs invoqués, on ne manquera pas de relever le caractère discriminatoire de la décision annoncée, qui exclut de son champ, dans les pays de l’ex-Yougoslavie, les Bosniaques et les Albanais du Kosovo. Les Croates et les Serbes de ces pays pourront en effet facilement se réclamer d’une double nationalité pour obtenir leurs passeports et leur libre passage dans l’UE. Au lendemain de la 14° commémoration du massacre de Srebrenica, qui a permis aux représentants officiels internationaux de redire leur émotion, leur indignation et leur volonté de voir châtier tous les coupables alors que Mladic court toujours en Serbie, cette différence de traitement fait scandale dans la Fédération où l’on parle de "ghettoïsation" des musulmans en Europe.

Dans le personnel politique européen, les réactions ne sont pas nombreuses, mais on peut quand même citer les députés européens Daniel Cohn-Bendit et Doris Pack, présidente sortante de la délégation du Parlement européen pour les relations avec le sud-est européen. Pour le coprésident du groupe des Verts au Parlement européen, " la décision de la Commission ajoute l’insulte à l’offense pour des gens qui ont le plus souffert de la guerre", se présente comme une "récompense à la tactique d’obstruction des politiciens nationalistes, renforce les divisions ethniques en BH et approfondit les ressentiments dans la région". D’autres voix se font aussi entendre en Allemagne, comme celle de l’ancien Haut-Représentant Christian Schwarz-Schilling qui regrette la décision de la Commission et déplore le manque de clarté de la politique européenne à l’égard de la Bosnie. Ces personnalités se sont associées, avec d’autres, pour protester contre une "politique de visas pour les Etats successeurs de l’ex-Yougoslavie, qui risque de créer deux classes de citoyens dans l’Europe du sud-est, basées sur l’ethnicité". Des commentateurs estiment que l’argument des conditions "techniques" non remplies recouvre en réalité des considérations politiques. Le professeur Tobias Heider, de l’Université libre de Berlin, estime ainsi que la recommandation de la Commission constitue une récompense à la Serbie pour son vote "proeuropéen" aux élections de 2008. L’observation de Jacques Barrot selon laquelle " on ne peut faire payer la jeunesse serbe pour les erreurs de Milosevic" va dans ce sens, mais on se demande bien pourquoi seule la "jeunesse serbe" devrait bénéficier de l’oubli de ces "erreurs", alors que c’est l’ensemble de la Communauté internationale, Union européenne en tête, qui est responsable de l’imposition à la Bosnie-Herzégovine d’un système politique inviable, qui interdit au pays de réunir les conditions exigées de lui, du fait au premier chef, de l’obstruction des dirigeants de la RS appuyés par les autorités de Belgrade qui continuent, par d’autres moyens, la politique de Milosevic à l’égard du Kosovo comme de la Bosnie-Herzégovine.

Peut-on espérer des nouveaux élus au Parlement européen qui aura à se saisir de la question, qu’ils corrigent l’aberrante décision de la Commission de Bruxelles ?

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