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Colloque "Dialogue et partenariats pour relever le défi du développement en Bosnie-Herzégovine

Compte-rendu

lundi 31 octobre 2005


« Dialogue et partenariats pour relever le défi du développement en Bosnie-Herzégovine »

6 et 7 octobre 2005, Sarajevo

Compte-rendu

Les 6 et 7 octobre 2005, sur une initiative de Confrontations Europe, s’est tenue la conférence internationale « Dialogue et partenariats pour relever le défi du développement en Bosnie-Herzégovine » co-organisée avec l’Association Sarajevo et la FIPA.

Le but de la conférence, comme a pu le souligner Claude Fischer (Confrontations Europe) en accueillant les participants, au-delà de « l’établissement des relations entre la France et la BH », était de créer un dialogue au sein de l’ensemble des acteurs de la société civile : entreprises, patrons, représentants des institutions, syndicats, collectivités locales, associations, etc. Il ne s’agissait donc pas, selon le mot de Faik Dizdarevic (Association Sarajevo), d’une énième conférence sur les accords de Dayton et les aspects politiques et juridiques de la transition du pays, mais bien d’un état des lieux concernant les perspectives d’avancement du développement économique et social de la BH, préalable fondamental sur le chemin d’une future adhésion à l’Union Européenne (UE). Si l’accent fut parfois porté sur la question spécifique de la présence des investisseurs français, le but de la conférence était plus largement de déterminer où en était la BH sur le chemin la menant de Dayton à Bruxelles.La maire de Sarajevo, Semiha Borovac, s’est félicitée à cet égard que la ville de Sarajevo, symbole à la fois de tragédie et d’espoir, porteuse d’un message de paix, ait l’opportunité de contribuer à faire de la BH un véritable partenaire du dialogue avec l’Europe.

L’avenir européen fut au cœur des problématiques soulevées par la conférence, comme le soulignait en ouverture Osman Topcagic (directeur de la Direction à l’Intégration Européenne de la BH) en rappelant que l’établissement d’un Processus de Stabilisation et d’Association pour les pays d’Europe du Sud-Est est « la première orientation claire de l’UE pour les Balkans de l’Ouest ». En ce sens, les négociations avec la Croatie apparaissent comme un signe encourageant pour la BH, surtout dans le contexte actuel issu du rejet du projet constitutionnel européen lors du référendum français. Dix ans après les accords de Dayton, M. Topcagic a souligné les progrès réalisés par la BH dans la création des conditions nécessaires à l’intégration du marché unique, même si l’assimilation de l’héritage juridique de l’UE reste « un grand challenge ». L’ambassadeur de France Henri Zipper de Fabiani a également souligné que le « non » au référendum constitutionnel ne signifiait pas un coup d’arrêt au processus d’élargissement européen. Après avoir rappelé l’importance de la présence française en BH dès le début de la guerre, ainsi que de son rôle dans la mise en oeuvre de la paix, il a affirmé que la BH connaît une « révolution silencieuse » la menant « à pas de géant » à l’UE, même s’il s’agit d’un processus nécessitant des efforts, notamment de la part des acteurs locaux. La France, même si sa présence économique est pour l’instant « discrète », a un rôle à jouer dans ce processus en diffusant son savoir-faire économique.

La conférence s’est articulée autour de trois tables rondes.

La première table ronde, intitulée « Où en est la BH dans sa route vers l’Union Européenne ? » et animée par Srdjan Dizdarevic ( Président du Comité Helsinki des droits de l’homme pour la B.-H.) fut l’occasion de rappeler le consensus général sur l’absence d’alternative à l’intégration européenne depuis l’indépendance de la BH, mais aussi le retard accumulé par le pays en dix ans.

Les intervenants ont rappelé que la BH avait réalisé de notables progrès. M. Dreiski (Haut Représentant adjoint, chef de la section économique du Bureau du Haut Représentant) a souligné l’importance du Conseil National Fiscal qui peut donner à la BH « une lisibilité » budgétaire permettant une politique économique cohérente ». Quant à M. Paneff (chef du projet de l’UE Soutien à l’Espace Economique Unique en BH), il a mis en avant trois chantiers réussis d’après les critères de la Commission Européenne :
 la création d’un Conseil de la Concurrence pour harmoniser le droit de la concurrence
 la création d’une Agence de Sûreté industrielle et de sécurité alimentaire afin de transposer les normes de l’UE et de standardiser les normes
 l’effort de diffusion de l’information auprès de l’ensemble des consommateurs afin d’harmoniser leurs droits.

Toutefois, des difficultés subsistent, notamment celle liée à la complexité administrative qui rend la BH « sur-administrée et mal administrée » (M. Dreiski). Ces difficultés s’expliquent aussi par le fait que la BH n’a pas connu la « révolution » des autres pays de la région, mais bien une guerre. Des efforts restent à accomplir ; ainsi M. Komic (maire adjoint de Banja Luka) a-t-il insisté sur la nécessité de placer les communautés locales au centre du processus de réforme.

La question de l’éducation a soulevé un certain pessimisme. L’intervention du général Divjak fut l’occasion de rappeler que l’illettrisme est aujourd’hui de 20 à 25% au sein de la population et que le système éducatif est totalement fragmenté entre les trois entités. Jovan Divjak a par conséquent préconisé la dépolitisation de l’éducation et l’adoption « de gré ou de force » les standards européens de l’éducation. Mme Begic, de l’université de Sarajevo, a regretté quant à elle la fuite des cerveaux faute de structures suffisantes pour assurer l’épanouissement des jeunes. Pour pallier ce problème, il est nécessaire « d’unifier le système éducatif mais aussi de l’inscrire dans le système éducatif européen », en poursuivant l’effort de la Déclaration de Bologne et en encourageant les initiatives de reconnaissance de diplômes communs BH/UE.

Au cours de la discussion qui concluait cette première table ronde il a été souligné :
 le manque de « patriotisme » dans un pays où seuls 50% de la population s’identifie à l’Etat de la BH
 la présence d’un véritable désir d’Europe, même au travers parfois d’une vision simplifiée, alors même que ce désir semble incertain dans certains pays membres de l’UE
 la nécessité d’inclure l’ensemble de la population dans le processus de réforme
 la nécessité de faire de la BH un partenaire qui puisse négocier d’égal à égal avec la Communauté Internationale (CI) en encourageant le « ownership ».

La deuxième table ronde, ou « Comment créer des coopérations et participer au développement de la Bosnie-Herzégovine ? » a été l’occasion pour Mme Gardavaud, responsable de la mission économique à l’Ambassade de France en BH, de rappeler avec précision la faiblesse de la situation économique actuelle :

 un déséquilibre des comptes externes avec un déficit de la balance des paiements équivalent à 18% du PIB.
 un chômage de 40%
 une épargne insuffisante pour financer l’investissement.
 une structure administrative lourde et dont le coût représente 50% du PIB (ce dernier point a souvent été souligné par l’ensemble des intervenants)
 une dette interne qui menace l’équilibre des finances publiques

Face à cette situation, plusieurs éléments de réponse ont été fournis. En particulier, ont été soulignés les efforts de débureaucratisation (initiative « bulldozer »), la mise en place d’un tarif douanier et d’un enregistrement des entreprises uniques pour les trois entités et enfin, la prochaine mise en place d’une TVA.D’après Mme Gardavaud, la solution se trouve dans un développement économique rapide et une augmentation du niveau de vie grâce au développement du secteur privé. La privatisation, a souligné Mme Sehbajraktarevic, représentante syndicale, doit être accéléré mais néanmoins encadrée. Quant au représentant patronal, il a appelé à davantage de transparence au niveau gouvernemental afin de faciliter le dialogue économique et social, pour lequel l’établissement d’un Conseil économique et social au niveau de l’Etat est nécessaire selon Mme Sehbajraktarevic. Enfin, l’ensemble des intervenants a été d’accord pour souligner la nécessité d’une réforme du système bancaire.

Quant à la présence des investisseurs français, elle a été jugée encore trop faible pour un marché qui est « très ouvert » (Mme Gardavaud ) et qui a vocation à accueillir les investissements étrangers directs. Selon M Miljevic, le Président de l’Union des entrepreneurs de la République Serbe, l’investissements doit se faire en particulier dans :
 les autoroutes, les secteurs énergétiques et les infrastructures,
 l’industrie alimentaire,
 le complexe militaro-industriel. Dans l’optique de favoriser le développement économique par l’investissement, il a été souligné l’importance des collectivités locales et de l’entreprenariat local. Ainsi, M Bahto Mekic, représentant de la mairie de Tuzla, a souligné l’importance de sa commune dans l’activité économique en citant un projet de création d’un centre technologique en coopération avec la Norvège. M. Jean-François Le Roch, PDG d’Interex et seul investisseur français en BH, a fait souffler un vent d’optimisme sur la conférence et en décrivant par le menu une entreprise qui a réussi à embaucher 750 personnes dont un seul français. M. Le Roch a notamment tenu à écarter les obstacles fréquemment évoqués pour la BH pour souligner que la faible présence des investisseurs français s’explique davantage par la nature d’un capitalisme français très enclin à investir dans les anciennes colonies que par le marasme bosnien. Le PDG d’Interex a pointé la qualité de la main d ‘œuvre locale, son esprit d’entreprise malgré le manque de capital, ainsi que la nécessité de favoriser en conséquence l’entreprenariat régional.

Intervention de Michel Barnier, ancien ministre des Affaires étrangères :

Après avoir rappelé le caractère meurtrier de la guerre, M. Barnier a souligné que l’action doit s’appuyer sur la situation d’aujourd’hui, qui est celle d’une lente progression de la BH dans le bons sens, celui d’une démocratisation et d’une stabilisation accompagnées d’une orientation euro-atlantique des Balkans. Le principal moteur de ce « processus vertueux » dans les Balkans est l’UE qui se veut une force de normalisation et de démocratisation.

Malgré cela, le processus vertueux reste fragile et certaines hypothèques pèsent sur l’avenir : le statut du Kosovo et du Monténégro. De l’autre côté, a noté M. Barnier, il y a une « panne » dans les deux pays qui ont rejeté la Constitution européenne, qui pose la question dans « une perspective moins encourageante pour les Balkans ». Ce sont deux tendances de l’UE, très présentes en France, qu’il faut combattre : le repli sur des réflexes nationaux et la tentation de l’oubli de tous les défis extérieurs et intérieurs. « N’occultons pas les Balkans sous prétexte de la crise de la construction européenne » a exhorté l’ancien ministre des Affaires étrangères, d’autant que le débat sur les frontières de l’Europe, qu’il faut mener jusqu’au bout, ne concerne pas les Balkans qui sont en Europe.

L’adhésion à l’UE est une « forme de contrat », donc ce sont des exigences, des conditions politiques et économiques. Par conséquent, il faudra « beaucoup de courage et de détermination aux dirigeants » pour qu’ils « réinventent une nouvelle solidarité et coopération régionale ».

M. Barnier a également rappelé les avantages mutuels à retirer d’une coopération UE/ Balkans, en soulignant que c’est l’occasion de développer certains instruments européens tels que les fonds structurels lorsque la BH aura adhéré à l’UE, ou les coopérations pendant les phases qui précèdent. Sur le plan de la sécurité, les Balkans représentent pour l’UE un terrain essentiel et son « premier test de crédibilité ».

Enfin, M. Barnier a conclu en affirmant sa croyance dans l’entrée prochaine de la BH dans les négociations pour la stabilisation, en ajoutant : « La porte de l’Europe s’ouvre ».

La troisième table ronde portait sur la question technique du financement des projets de développement. Zarko Papic a exposé une situation inquiétante en BH, en rappelant l’importance de l’aide internationale reçue par le pays, sans que les résultats de cet investissement soient visibles. L’une des raisons de cet échec est le fait que seulement 40% à 50% de l’aide totale est utilisée pour l’aide effective au pays, le reste étant les coûts de fonctionnement et d’implantation des différentes agences. Par ailleurs, il existe un « manque total de cohérence entre les différents organismes d’aide », alors même que le pays reste extrêmement dépendant des donations (qui ne cessent de baisser).

La plupart des intervenants ont rappelé les éléments déjà mentionnés dans les deux tables rondes précédentes : un système bancaire défaillant à cause des taux d’intérêts très élevés, rendant le capital difficile d’accès, un droit économique insuffisant qui augmente le risque pour l’investisseur et diminue la rentabilité, une mauvaise « image » de la BH aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur qui ne favorise pas l’arrivée des investisseurs. L’atout majeur qui fut souligné, encore une fois, est la qualité du capital humain, supérieur à tous les pays de l’Europe de l’Est.

L’insuffisance du secteur privé, selon plusieurs intervenants, peut être compensée par la mise en place progressive d’une économie mixte, avec des combinaisons de financement public, de financement bancaire et de financement direct sur les marchés (sans intermédiaires). Cela permettrait notamment la création d’une véritable masse monétaire.

En conclusion, il est ressorti de cette dernière table ronde le besoin d’un droit économique réduisant le risque des investisseurs, des moyens de financement diversifiés, une stratégie de communication travaillant sur l’image de la BH, et surtout, la nécessité d’attirer de véritables investisseurs maîtres de leur capital, plutôt que des prêteurs ou des donateurs.

Philippe Herzog, Président de Confrontations Europe, a tiré les conclusions de la rencontre, publiées sur le site de l’Association Sarajevo le 20-10-2005.

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