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La Bosnie-Herzégovine prisonnière du passé

samedi 6 février 2010


Le Parlement macédonien a voté le 5 février une résolution dans la ligne de celle adoptée par le Parlement européen le 15 janvier 2009 recommandant de faire du 11 juillet une journée commémorative du massacre de Srebrenica-Potocari de 1995, qualifié de génocide par le Tribunal pénal international et la Cour internationale de justice. Le Parlement macédonien a présenté cette déclaration comme le signe de sa volonté d’établir de bonnes relations entre les Etats de la région, ajoutant que la réconciliation, dans une paix durable, était un préalable à leur stabilité, leur prospérité et leur intégration à l’Union européenne. La Slovénie, la Croatie et le Monténégro ayant adopté des textes similaires l’année dernière, il ne demeure des républiques de l’ex-Yougoslavie à ne pas l’avoir encore fait que la Serbie et la Bosnie-Herzégovine.

Suite à la demande du Président Boris Tadic que la Serbie se conforme à l’exigence du Parlement européen, les discussions sont en cours entre les groupes parlementaires de l’Assemblée de Belgrade pour parvenir à un texte commun, mais de très fortes oppositions se manifestent contre une mention explicite du génocide, quand ce n’est pas contre la prise en compte de n’importe quel texte sur Srebrenica. C’est l’avis de l’ancien Premier ministre Vojislav Kostunica, pour qui une résolution de cette nature serait "immorale et dégradante pour le peuple serbe". Il propose qu’ "au lieu de miner la position de la Republika Srpska" il faudrait s’entendre avec elle sur une résolution condamnant tous les crimes commis sur le territoire de l’ex-Yougoslavie, ce qui rejoint l’opinion des dirigeants de Banja Luka. Au même moment, la commémoration du massacre du marché de Markale du 5 février 1994 réveillait le souvenir d’un autre fait marquant parmi les atrocités des guerres yougoslaves, pour lequel Milorad Dodik continue de nier la responsabilité des forces de Mladic.

Deux événements récents, parmi d’autres, s’inscrivent aussi dans la suite des années tragiques qui continuent de peser sur la vie des populations de Bosnie-Herzégovine. L’un concerne l’arrestation, sur mandat d’arrêt du bureau des procureurs de BH, du général Zulficar Alispago, commandant pendant la guerre d’une unité de l’armée de BH responsable du massacre, en avril 1993, de civils croates du village de Trusina, près de Konjic. L’autre, dans un registre différent, a trait à la vaste opération de police menée dans la bourgade isolée de Gornja Moaca, dans le nord-est de la Bosnie, devenue le bastion fermé d’une vingtaine de familles dites"wahabites", vivant séparées de la société et dont certains membres, qui ont été emprisonnés, sont soupçonnés d’ "association criminelle avec l’intention de mettre en danger l’intégrité territoriale du pays et son ordre constitutionnel". L’affaire fait grand bruit dans les milieux politiques et les médias bosniens qui livrent à ce sujet des commentaires et des interprétations diverses et opposées. Pour les autorités et certains journalistes de la RS, c’est la preuve que l’islamisme radical est bien implanté dans la Fédération et que la RS a raison de s’opposer à un "unitarisme" qui signifierait l’élimination des Serbes de BH. Pour d’autres analystes, il s’agirait de la reprise en mains de la situation par le nouveau ministre de l’intérieur de BH Sadik Ahmetovic, proche du président du SDA Sulejman Tihic, d’un aspect de la compétition préelectorale ou encore d’une assurance de sécurité donnée à la Communauté internationale, saluée par le Haut-Représentant Valentin Inzko. Le Président du Comité Helsinki des droits de l’homme, Srdjan Dizdarevic, critique, pour sa part, la Communauté islamique de BH qui, "jouerait un jeu déloyal en ne se positionnant pas clairement, comme il le faudrait, à l’égard du wahabisme et du salafisme". Des journaux, comme Oslobodjenje et Dani, observent de leur côté que le Premier ministre de la RS, Milorad Dodik, représente un plus grand danger pour l’intégrité et l’ordre constitutionnel de la BH que le groupe wahabite.

Quant au reste, rien n’avance pour régler les problèmes de fond du pays. Les déclarations des responsables locaux et internationaux se succèdent en d’inlassables redites, les premiers réexposant leurs positions inconciliables, les seconds réaffirmant leur intérêt pour un Etat de Bosnie-Herzégovine efficient, conforme aux accords de Dayton et au droit, répondant aux vœux de ses populations et de leurs dirigeants, en vue de lui permettre d’intégrer au plus tôt les structures euro-atlantiques, Union européenne et OTAN. C’est la perspective que vient de nouveau offrir à la BH le ministre des affaires étrangères espagnol Miguel Angel Moratinos, dont le pays assure la présidence tournante de l’UE, c’est l’espoir qu’ont voulu ranimer les sénateurs américains John McCain et Joseph Lieberman, derniers en date des nombreux visiteurs reçus à Sarajevo, tous généralement non avares de conseils et de promesses. Le ministre des affaires étrangères espagnol, qui a reconnu que la BH était la clé de la stabilité des Balkans occidentaux, a néanmoins ajouté que la situation y était "compliquée", remarque qui ne laisse guère entrevoir l’imminence d’une intervention novatrice de l’Union européenne, aussi indécise et immobile que de coutume face au risque de déstabilisation de la région, souligné par de nombreux observateurs, dont Dennis Blair, directeur de la "National intelligence" américaine, qui vient de remettre son rapport annuel au comité compétent du Sénat des Etats-Unis.

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