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Troïka européenne à Sarajevo

vendredi 10 avril 2009


Dans une tribune conjointe publiée le 8 avril par trois quotidiens bosniens (voir le site du Quai d’Orsay : www.diplomatie.gouv.fr/pays-zones-geo_833/bosnie-h), les ministres des affaires étrangères de France, de Suède et de Tchéquie, Bernard Kouchner, Carl Bildt et Karel Schwarzenberg ont souligné d’entrée le caractère peu commun de leur visite en Bosnie-Herzégovine.

Il faut sans doute que la situation du pays soit aussi peu commune pour justifier un tel déplacement, mais il faut espérer que les trois ministres ne se sont pas contentés de tenir à leurs interlocuteurs- membres de la Présidence collégiale, ministres et parlementaires - les propos aussi communs et ressassés que ceux exprimés dans cette tribune et les multiples déclarations rapportées par les médias bosniens, à savoir que les choses vont mal en B-H, que le chemin vers l’Europe est encombré d’obstacles, que pour les lever, il est besoin des réformes exigées par Bruxelles et le Conseil de mise en œuvre des accords de Dayton (PIC) et que pour les réaliser, il faut surmonter les "désaccords communautaires" et tourner la page des conflits en établissant la confiance sans laquelle il ne peut y avoir de progrès.

On peine à voir dans cette démarche les signes annonciateurs d’une nouvelle politique européenne pour tirer la B-H du trou noir qui la maintient au dernier rang parmi les pays de la région, le dernier en particulier, qui pourra obtenir la libération du régime des visas pour ses citoyens qui ne bénéficient pas d’une double nationalité. Ce n’est pas sans raison que l’éditorialiste d’ "Oslobodjenje", Zija Dizdarevic, a pu présenter la démarche de la troïka européenne comme un simple spectacle, au lieu du rapport d’inspection qui aurait permis à l’UE de définir une stratégie pour la BH. Pour ce journaliste, cette visite s’est réduite " à de vains appels et promesses accompagnés d’une mauvaise interprétation de la situation du pays", et s’il s’est agi de réagir au message de Barack Obama qui a exhorté l’UE, dans son discours de Prague, à ne pas oublier les Balkans occidentaux, la réponse est une confirmation de ce que" l’Europe n’est pas en état de résoudre un seul problème essentiel sans les Etats-Unis". Et Zija Dizdarevic de conclure que la fermeture du bureau du Haut-Représentant doit être conditionnée par une réforme constitutionnelle pour faire de la Bosnie-Herzégovine un Etat fonctionnel, ajoutant que l’action de la mener à rejoindre les structures euro-atlantiques doit être conduite conjointement par les Etats-Unis et l’UE.

Cette question de la réforme constitutionnelle est totalement absente de la tribune des trois ministres, mais ils n’ont pu éviter de l’évoquer dans les diverses déclarations qu’ils ont faites, individuellement, lors d’entretiens avec les responsables politiques et journalistes bosniens. Si des nuances distinguent leurs appréciations, Carl Bildt semblant mieux s’accommoder de la division du pays que Bernard Kouchner, qui a tenu à rappeler que la BH ne pourrait entrer dans l’UE que comme un seul Etat, tous s’accordent pour considérer que la tâche de la réforme constitutionnelle incombe exclusivement aux dirigeants bosniens et qu’elle n’est pas la plus urgente à accomplir. Interrogé sur ce point, Bernard Kouchner a répondu que "les gens n’étaient pas prêts " aux changements constitutionnels ou institutionnels et que c’est l’intégration à l’UE qui pourra les réunir, comme l’ensemble des Balkans occidentaux. A un autre moment, dans une interview donnée à la télévision FTV, il a néanmoins noté que la situation de blocage institutionnel que connaissait la BH était due aux accords de Dayton, mais que la levée durable de ce blocage n’était pas la priorité du moment.Dans le quotidien "Nezavisne Novine" du 9 avril, il a précisé :"Comme vous le savez, les pays membres du PIC ont posé en février 2008 le respect de plusieurs objectifs et conditions comme préalables à la fermeture du bureau du Haut-Représentant et son remplacement par un Représentant spécial de l’Union européenne aux pouvoirs renforcé. la réforme constitutionnelle n’en fait pas partie. Toutefois, chacun est conscient que le fonctionnement institutionnel de la Bosnie-Herzégovine est loin d’être satisfaisant. Et que pour entrer dans l’Union européenne des modifications seront nécessaires".

Comme ses collègues de la troïka, Bernard Kouchner n’ a donc pas tenu compte, non seulement de la demande que lui avaient adressée plusieurs associations françaises et étrangères ( voir le site de l’AS du 8 avril), mais aussi du projet de résolution adopté à une très large majorité par la Commission des Affaires étrangères du Parlement européen (voir le même site du 4 avril), qui tient cette réforme constitutionnelle pour prioritaire.

Aux Etats-Unis, plusieurs influentes institutions se sont saisies de la question de la BH, dont tout dernièrement la Commission Helsinki du Congrès, qui a estimé que la B-H constituait le principal problème de la région et que le fonctionnement de son Etat requérait des réformes constitutionnelles. Se sont notamment exprimés ,dans le débat, des experts comme James Lyon, ancien responsable de l’ International Crisis Group (ICG) et Paddy Ashdown, ancien Haut-Représentant en BH, qui tout en chargeant le membre bosniaque de la Présidence Haris Silajdzic d’une part de responsabilité, ont surtout accusé le Premier ministre de la RS, Milorad Dodik ,de planifier l’échec des réformes et d’empêcher la BH de devenir un Etat efficient, pour conduire éventuellement l’entité serbe à l’indépendance. A l’unisson des nombreuses voix qui se font entendre dans ce sens aux Etats-Unis, le Comité des Affaires étrangères du Congrès s’est prononcé pour l’envoi d’un émissaire spécial en BH, mais les spécialistes sont partagés sur la suite qui sera donnée à cette proposition par l’administration Obama, et plus généralement sur la réalité d’un changement de la politique des Etats-Unis. Cette menace d’ingérence a, en tout cas, été très mal prise par Milorad Dodik, qui a mis en garde les Etats-Unis contre cette tentation. Pour le dirigeant de la RS, moins il y a de présence étrangère, mieux c’est.

Quant au processus de Prud, censé représenter la preuve de la possibilité de résoudre les problèmes de la BH par les politiques bosniens eux-mêmes, déserté provisoirement par Dodik, il est toujours enlisé, mais on annonce sa reprise prochaine, …à Paris.

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