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La Serbie et la RS

dimanche 10 janvier 2010


Les ambassadeurs des principaux pays membres du PIC (Conseil de mise en œuvre des accords de Dayton) ont adressé, le 8 janvier, une nouvelle mise en garde au gouvernement et à l’Assemblée de la RS, concernant leurs positions et décisions concernant d’éventuels recours à des référendums dans l’entité serbe. Il s’agissait des représentants du Canada, de la France, de l’Allemagne, des Pays-Bas, du Japon, des Etats-Unis, de l’Espagne au titre de l’UE, et de la Turquie, qui ont confirmé leur soutien à l’action du Haut-Représentant Valentin Inzko.

Cet avertissement, qui intervient après quelques autres similaires, ne semble pas avoir affecté outre mesure les autorités de Banja -Luka qui ont célébré le 9 janvier, à la fois jour de la proclamation de la "République du peuple serbe de Bosnie", en 1992, et de la fête patronale du Saint Archidiacre Stefan, ce qui a cumulé réjouissances nationales et religieuses. Milorad Dodik et les autres dirigeants de la RS ont prononcé à cette occasion leurs discours ressassés sur le thème de la résistance du peuple serbe de Bosnie et du maintien à jamais de la RS, avec tous ses pouvoirs acquis, sinon plus puisque selon le chef du SNSD et Premier ministre, un référendum sur la séparation d’avec la BH "se tiendra certainement un jour". Les anciens présidents de l’entité ont participé à ce chœur patriotique, y compris la criminelle de guerre reconnue et non repentie, récemment sortie de sa prison suédoise, Biljana Plavsic. L’un deux, Dragan Cavic, a cependant fait entendre une note discordante en regrettant les " conflits inutiles provoqués par le parti au pouvoir [le SNSD de Dodik], notamment ceux qui nient la BH en tant qu’Etat".Le Président de Serbie, Boris Tadic, à peine rentré des cérémonies de Noël qu’il a passées au monastère de Decani, au Kosovo, dont il a réaffirmé l’appartenance à la Serbie, a honoré de sa présence et de ses paroles les festivités de Banja Luka. auxquelles ont également pris part des membres de la famille royale des Karadjordjevic et l’ambassadeur de Russie. Celui-ci a notamment désapprouvé les récentes décisions du Haut-Représentant prises en vertu de ses pouvoirs exceptionnels dits "de Bonn".

Cette éclatante manifestation de la division de la Bosnie-Herzégovine s’est tenue dans le contexte de la dégradation continuelle des conditions politiques, économiques et sociales qui minent le pays. Cette situation, pour être le lot quotidien de la BH, n’en apparaît pas moins comme s’approchant inéluctablement d’un point de rupture.

Si l’on est optimiste, on retiendra qu’a eu lieu à Bruxelles une réunion autour de Catherine Ashton, Haute-Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, pour examiner la situation en BH, en vue peut-être de l’établissement d’une nouvelle stratégie européenne capable de sortir le pays de l’impasse. Sans en connaître les grandes lignes, et dans l’hypothèse la plus favorable, faudrait-il encore que cette réorientation puisse l’emporter sur l’inertie de la politique que l’Espagne entend reconduire pour les six mois qui viennent, dans la ligne de celle qu’a suivie la présidence suédoise, sous l’impulsion de Carl Bildt. Madrid veut en effet prolonger les pseudo discussions dites de "Butmir" qui ont abondamment démontré leur stérilité.

Toutes les instances européennes et internationales proclament la nécessité d’instaurer en BH un système démocratique viable et conforme aux normes démocratiques. Il est avéré que cela ne peut se faire sans une modification fondamentale des accords de Dayton, portant en particulier sur l’annulation de la faculté d’une "entité" à bloquer toute prise de décision au niveau de l’Etat. On doit remarquer que l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme du 22 décembre 2009, qui a condamné le caractère discriminatoire de la Constitution de Dayton, a aussi contesté la légitimité démocratique de celle-ci. La Cour de Strasbourg a en cela mis en cause, sans le dire expressément, l’action de la "Communauté internationale" qui a imposé cette Constitution. Faute d’entente entre les parties bosniennes, divisées sur les solutions à apporter, et dont l’une, la RS, ne veut rien changer au statu quo, c’est à cette "Communauté internationale", et d’abord à l’Union européenne , qu’il reviendrait logiquement de remédier au blocage institutionnel inhérent au système de Dayton. L’un des moyens efficaces de réviser la Constitution, objectif maintes fois rappelé par l’UE, serait d’y impliquer Belgrade. Etat successeur de la République de Yougoslavie qui a signé les accords de Dayton, la Serbie se trouve bien placée pour faire comprendre aux dirigeants de la RS qu’ils doivent cesser de faire obstacle à l’édification d’une démocratie efficiente en Bosnie-Herzégovine. Cette intervention positive de la Serbie serait un test de sa rupture effective avec la politique de Milosevic et de la sincérité de son engagement proeuropéen.

Le Président de Serbie s’est livré à Banja Luka à un difficile exercice d’équilibriste pour ménager à la fois les autorités européennes, préoccupés par les risques d’embrasement de la BH, et la solidarité qu’il se doit de démontrer à l’égard de toutes les populations serbes de la région, solidarité officiellement affichée avec force, ces derniers temps, à Belgrade. D’où les termes très pesés d’une déclaration comme celle-ci :"La Serbie qui souhaite faire partie de l’UE, n’abandonnera jamais sa politique de défense de l’intégrité de la BH et de reconnaissance de la légitimité de tous les intérêts nationaux et identités qui y existent". L’insistance sur cette défense de l’intégrité territoriale de la BH est mise en parallèle avec celle de la Serbie, concernant le Kosovo. Boris Tadic a évité de se prononcer directement sur la question des référendums qu’il considère relever de la politique intérieure de la BH, de laquelle il prétend ne pas vouloir se mêler. (Sur ce dernier point, il faut noter que la plupart des commentateurs, y compris de nombreux observateurs et politiques de la RS, estiment que Milorad Dodik ne se livre qu’à un jeu, pour aviver les tensions et mener la danse dans une année électorale). Le Président de Serbie a appelé toute la région à rejoindre l’UE, dans l’amitié et le respect mutuel des droits des peuples et nations qui la composent. Fait important, il a, à la Radio-télévision de la RS, estimé nécessaire que le Parlement serbe adopte une résolution condamnant le massacre de Srebrenica, mais on sait que la position serbe est que cette condamnation doit s’inscrire et se noyer dans une condamnation générale, englobant tous les crimes commis pendant les guerres yougoslaves.

Outre que la présence du Président de Serbie à une manifestation de commémoration de l’acte fondateur du "nettoyage ethnique" en BH soit par elle-même scandaleuse, les propos qu’il a tenus, aussi mesurés qu’ils aient été, sont très loin de répondre à la question primordiale qui se pose. Cette question est celle de la construction d’un véritable Etat en BH, celui auquel s’opposent précisément ses amis de Banja Luka et sans lequel il n’y a pas de possibilité d’engager le pays dans le processus de l’intégration européenne. On attend toujours de la plus haute autorité de Serbie, qu’au-delà de l’expression de nobles et généreuses intentions , elle explique clairement et distinctement cette obligation aux Serbes de Bosnie, pour qu’ils trouvent la voie de la raison et ne persistent pas dans des postures dangereuses pour toute la région. On attend aussi de l’Union européenne qu’elle explique ceci au gouvernement de Belgrade.

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