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La situation de Jovan Divjak et l’exacerbation des tensions en Bosnie-Herzégovine

mardi 15 mars 2011


Jovan Divjak, hébergé dans la résidence de l’ambassadeur de Bosnie-Herzégovine à Vienne, attend que la justice autrichienne rende sa décision sur la demande d’extradition que lui a adressée le Serbie et celle qu’elle recevra de la part des autorités judiciaires de BH, où une enquête est en cours sur les événements de la rue Dobrovoljacka. Sauf extraordinaire, l’affaire se terminera, comme le laissent prévoir les autres cas de poursuites et de condamnations serbes qui ont révélé leur inanité, par un rejet de la demande de Belgrade, avec d’autant plus de certitude qu’il est démontré que dans les affrontements qui ont causé la mort de militaires de la colonne de l’ancienne Armée fédérale yougoslave qui se retirait de Sarajevo en mai 1992 ( les chiffres varient de 6 à 42 ), Jovan Divjak n’a pas ordonné les fusillades mais a tout fait pour les empêcher et les arrêter. Il s’en est encore expliqué dans une interview à l’ Associated Press, ajoutant qu’il espérait que son cas serait résolu sans qu’il en résulte un renforcement des tensions dans la région.

Son optimisme est pour le moment démenti par la violence de la réaction des dirigeants de la RS. Milorad Dodik, après avoir annoncé qu’il allait convoquer l’Assemblée de la RS en session spéciale pour examiner les développements de l’affaire, a de nouveau lancé une proposition de référendum, cette fois pour abolir l’unicité du système judiciaire bosnien. Continuant l’escalade, il a menacé ensuite de faire arrêter Ejup Ganic et Jovan Divjak par la police de la RS, pour les transférer en Serbie. Il a une fois de plus assuré que la Bosnie-Herzégovine ne pouvait exister en tant qu’Etat et prédit sa dissolution. Il a vivement attaqué les dirigeants bosniens, mais aussi les internationaux qui, d’après lui, soutiennent Jovan Divjak, dont le Haut-Représentant Valentin Inzko, qui aurait incité le gouvernement et les médias autrichiens à prendre son parti. Comme d’habitude, dans de telles circonstances, les représentants internationaux condamnent ces propos, mais les relativisent, à l’instar de Miroslav Lajcak, ancien Haut-Représentant et actuel responsable des Balkans au sein du services des relations extérieures de l’UE, qui a estimé que l’on donnait "trop d’importance aux déclarations de Dodik, comme si elle représentaient le plus gros problème en BH".

A Sarajevo on prend ces dernières sorties du dirigeant de la RS plus au sérieux, car si elles entrent dans le registre habituel du nouveau président de l’entité serbe, elles interviennent après une succession de décisions illégales de l’Assemblée de Banja Luka (sur le régime de propriété des biens publics, le recensement, le cadastre) et dans une conjoncture de crise prolongée et exceptionnelle du système politique bosnien. A la difficulté, somme toute habituelle, de constituer les autorités centrales de l’Etat, s’ajoute l’impossibilité de former, en préalable, celles de la Fédération. Si Dodik et ses partisans ne sont pas directement responsables des affaires de la Fédération, leur connivence avec les dirigeants des deux branches du HDZ est avérée, surtout avec Dragan Covic, président du HDZ-BiH, encouragé à paralyser complètement les institutions de la Fédération et de l’Etat.

Au conflit traditionnel entre représentants de la RS et de la Fédération, autorisé par l’usage abusif du droit de veto prévu par les accords de Dayton s’ajoute maintenant, dans la Fédération, l’obstruction non mois abusive de 3 cantons dominés par le HDZ, qui en refusant de nommer leurs délégués à la Chambre des peuples de l’entité, bloquent la constitution d’un gouvernement alors qu’une nette majorité existe pour le soutenir. Le principal, sinon le seul sujet de désaccord tient à ce que les deux branches du HDZ prétendent au monopole de la représentation croate au sein des institutions Les partis se proclamant multiethniques comme le SDP et le NSRzB, ou croates, comme le HSP, sont récusés, soit comme faussement multiethniques, soit comme trop minoritaires. La proposition de ces partis, plus le SDA, réunis sur la plate-forme commune rédigée par le SDP d’accorder 3 ministères sur les 5 devant aller à des Croates aux deux branches du HDZ, n’a pas, à ce jour, été acceptée par celles-ci. Les HDZ, ou le HDZ tel qu’il existait au temps de la guerre, menacent de reconstituer l’Herceg- Bosna du temps de Tudjman et de cette guerre.

Les représentants de l’UE et des Etat-Unis, partagés entre la condamnation de l’obstruction des HDZ et le désir de les voir inclus au pouvoir pour conjurer le risque d’explosion de la Fédération, s’efforcent de convaincre les deux camps de la nécessité du compromis. Des discussions sont en cours sous la médiation de l’adjoint américain du Haut-Représentant, Roderick Moore.Un accord serait intervenu sur l’adoption d’une plate-forme politique, basée sur celle proposée par le SDP avec des amendements HDZ. Le désaccord persistant porte sur la répartition des postes, avec les avantages qu’ils comportent, mais aussi sur sa signification en termes politiques et symboliques : le HDZ, reconstitué pour la circonstance, a t-il le monopole de la représentation croate et peut-il seul juger de la "croacité" des membres de partis multiethniques ou de partis minoritaires s’affirmant comme croates ? C’est tout l’enjeu de la réforme nécessaire du système politique bosnien, pour que l’ "ethnicité", mise au premier plan par les partis nationalistes croates et serbes, ne l’emporte pas sur la démocratie citoyenne, en paralysant le fonctionnement des institutions.

On saura dans les prochains jours ce qu’il sera advenu des discussions en cours entre les partis de la Fédération quant à la formation des autorités de l’entité, mais on peut d’ores et déjà prévoir la difficulté encore plus extrême que rencontrera la constitution d’un gouvernement au niveau de l’Etat. A l’état exécrable des relations politiques "normales" en BH, s’ajoutera la montée de la tension liée à l’arrestation de Jovan Divjak. Il est douteux qu’il faille compter sur la seule bonne volonté des partis en présence et leur esprit de conciliation pour parvenir à des solutions. Dans cette situation, il faut espérer que l’Union européenne, consciente des dangers que représenterait une aggravation de la crise bosnienne, finira par sortir de son indécision. De ce point de vue, il faut retenir, sans trop oser y croire, l’information publiée par le quotidien "Dnevni Avaz" du 15 mars, selon laquelle le Conseil européen et les services de Catherine Ashton seraient saisis d’un document recommandant une batterie de mesures propres à combattre les obstructions à un bon fonctionnement des institutions bosniennes. Jusqu’à présent la seule observation valable concernant l’attitude la Communauté internationale demeure celle formulée par un journaliste de l’hebdomadaire "Dani" : "La Communauté internationale est passive et la triste vérité est qu’elle ne sait pas quoi faire de la BH, comme elle ne le savait pas en 1992…"

Le même article de "Dnevni Avaz" indique par ailleurs que Bruxelles suivrait de près l’affaire Divjak sur la base d’un rapport de la Mission de police européenne en BH (EUPM).

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