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Milorad Dodik,ou le "modéré" devenu incendiaire.

mardi 30 mai 2006


Les récentes déclarations du Premier ministre de la RS, Milorad Dodik, qui évoquait la possibilité de nouveaux référendums dans la région après celui sur l’indépendance du Monténégro, et le droit pour les citoyens de l’entité serbe de décider de leur destin, ont provoqué de très vives réactions en Bosnie-Herzégovine.

En RS le ton général est à l’approbation, sinon à la surenchère, comme celle de certains groupes et personnalités ultras qui collectent déjà des signatures pour la tenue d’un référendum de séparation de l’entité serbe de l’Etat de Bosnie-Herzégovine. On notera toutefois l’opinion du président du Parti libéral serbe Milorad Zivkovic selon lequel la RS ne peut comparer sa position à celle du Monténégro, son statut étant clairement défini par l’accord de Dayton. Le quotidien de Banja Luka, « Nezavisne Novine » va dans le même sens, concluant que l’option de l’abolition des entités, autant que celle du référendum de séparation étaient contraires à la Constitution. L’auteur de l’article invite les hommes politiques du cru à concentrer leur attention sur la situation économique du pays plutôt qu’à tenter d’arrondir leur capital de votes en vue des élections à venir.

Dans la Fédération, le SDP (parti social-démocrate), émet un avis similaire, estimant que les controverses sur l’éventualité de référendums s’apparentent à des manoeuvres de diversion par rapport aux questions posées par la crise économique. Les juristes, comme tous les partis de la Fédération, s’accordent à juger impossible la tenue d’un référendum de séparation. Les deux camps qui se sont formés et affrontés dans la Fédération à propos des changements constitutionnels ne s’en sont pas moins saisis de l’affaire pour justifier rétrospectivement leurs positions à l’égard de la question, dans la perspective de la campagne électorale qui va s’ouvrir. Pour les adversaires du projet qu’ils ont fait capoter, les propos de Dodik prouvent que l’existence d’une entité serbe pèse comme une épée de Damoclès sur l’avenir de la BH. Pour ses partisans, l’adoption de la réforme aurait permis un renforcement des autorités centrales de l’Etat, amoindri les pouvoirs des entités et empêché les dirigeants de l’entité serbe de se livrer à leurs démonstrations d’arrogance. La réforme aurait surtout permis d’accélérer le processus d’adhésion à l’Union européenne, seule perspective propre à faire de la BH un pays « normal », car le contraignant à se conformer aux normes juridiques et politiques de la communauté des nations européennes.

Le porte-parole de l’ambassadeur de l’UE en BH, celui de Javier Solana, Le Haut-Représentant et ses adjoints ont tous réaffirmé la position de la Communauté internationale, qui est, en l’occurrence la même que celle de tous les responsables politiques de la Fédération : un référendum sur une séparation de la RS est hors de question, en dépit de la victoire de l’indépendance au Monténégro et quel que sera le statut définitif du Kosovo. La presse de Sarajevo estime que c’est le message que fera passer Christian Schwarz-Schilling aux dirigeants serbes à l’occasion de la visite qu’il leur rend, ces jours, à Belgrade.

Toutes ces assurances n’empêchent pas les imaginations, serbes ou autres, de galoper sur le thème du rattachement de la RS et du nord du Kosovo à la Serbie. Répondant brillamment à une opinion parue dans « Le Monde » du 19 mai, signée Philippe Martinez, « spécialiste » autoproclamé des Balkans (voir notre site du 19 mai ), Muhamedin Kullashi montre, dans le n° du 31 mai de ce même journal, en quoi cette solution, apparemment simple et qui continue d’être préconisée dans de nombreux milieux, serait non seulement injuste mais destructrice pour l’ensemble de la région.

Il ne suffira pas aux dirigeants politiques européens de confirmer avec constance de bons principes ; s’ils ne mettent pas fin aux chantages des dirigeants serbes, s’ils ne s’attellent pas à faire réellement avancer la Bosnie-Herzégovine et les Balkans sur la voie de l’intégration européenne, ils ne répondront pas aux attentes des peuples concernés, qui risquent alors de s’isoler définitivement dans leurs prisons « ethniques ».

Mais qui s’intéresse à tout ceci dans notre France d’aujourd’hui, qui ne pense qu’à se préserver des dangers d’un « élargissement » de l’Europe, comme si les Balkans ne se trouvaient pas en Europe ?

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