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Dominique de Villepin et les "Balkans occidentaux"

mercredi 14 décembre 2005


Pour nos lecteurs qui ne font pas de la lecture des débats à l’Assemblée Nationale leur pain quotidien, il n’est peut-être pas inutile de rapporter in-extenso le passage, relatif aux Balkans, du discours prononcé par le Premier Ministre Dominique de Villepin, le 13 décembre, devant les députés, en préparation du Conseil européen des 15 et 16 du même mois :

« La Commission européenne a recommandé le 9 novembre que l’ancienne République yougoslave de Macédoine reçoive le statut de candidat à l’Union. La France abordera cette question avec deux exigences.

La première est la stabilité des Balkans : l’Europe a envers cette région une mission historique, née avec le déclenchement de la première guerre mondiale à Sarajevo et réaffirmée lors du conflit qui a embrasé l’ex-Yougoslavie il y a quinze ans. La clé de la stabilité pour les Balkans, c’est la perspective européenne, qui comporte trois étapes : la signature d’accords de stabilisation et d’association ; l’octroi du statut de candidat que demande l’ancienne République yougoslave de Macédoine ; enfin l’ouverture de négociations d’adhésion, comme cela a été décidé le 3 octobre pour la Croatie. A travers ces différentes étapes, l’Union européenne dispose de formidables instruments pour ancrer la paix dans la région et y garantir le respect des droits de l’homme et des minorités.

Notre deuxième exigence, c’est de préserver le soutien des citoyens européens à l’Union. Nous savons en effet que les derniers élargissements n’ont pas toujours été bien compris : les Français ont eu l’impression d’entrer dans un processus irréversible et continu. Nous devons entendre leur inquiétude.

Pour l’ancienne République yougoslave de Macédoine et pour l’ensemble des pays candidats,nous disposons aujourd’hui de plusieurs garanties : la Commission a rappelé que l’octroi du statut de candidat ne signifie en rien l’ouverture de négociations et ne constitue pas l’amorce d’un nouvel élargissement ; les critères d’adhésion ont été complétés par la notion de capacité d’absorption de l’Union, qui orientera l’ouverture et la conduite des négociations ; les Français auront enfin le dernier mot sur tout ce qui touche aux frontières de l’Europe, exigence que le Président de la République a voulu inscrire dans la Constitution.

Notre choix est celui de la responsabilité et de la clarté : l’Union européenne n’a aujourd’hui ni les institutions adaptées à un nombre accru d’Etats, ni les règles de fonctionnement nécessaires pour avancer rapidement sur les sujets les plus importants. Dans ces conditions, la priorité doit donc aller à la définition de ces règles et de ces institutions et non à l’ouverture à de nouveaux pays. Par conséquent, une candidature de l’ancienne République yougoslave de Macédoine n’est envisageable que dans le cadre d’un processus maîtrisé et conditionné ».

Interprétation libre et débarrassée de fioritures des propos du Premier ministre :

1-Les Balkans nous embêtent depuis bien longtemps. M. de Villepin sait certainement qu’avant même l’attentat de Sarajevo, d’où il date tous nos malheurs, il y a eu la fameuse question d’Orient et les guerres balkaniques de 1912-13. Sur ce dernier sujet, si les députés socialistes avaient encore la tête à lire Jaurès, ils se rappelleraient ses ardentes interventions à la Chambre des députés et ses articles dans l’Humanité pour sommer les puissances européennes de prendre leurs responsabilités dans les affrontements qui ont ravagé la région.

2-L’Europe a, certes, la responsabilité d’établir la stabilité dans la région. (Ne serait-ce pas parce qu’elle a eu l’irresponsabilité, particulièrement la France, de laisser faire Milosevic ?)

3-Mais les Français ont, pour l’heure, d’autres préoccupations, plus urgentes à satisfaire. Ils l’ont montré en votant « non » au projet de constitution européenne, sans d’ailleurs que quiconque leur parle des Balkans, censés être hors sujet de discussion, mais qui ne l’étaient apparemment pas puisque la question resurgit.

4- En attendant que l’Europe soit en état de fonctionner, c’est-à-dire on ne sait quand, les Balkans peuvent attendre, sans doute leur effondrement.

D’ailleurs, dans sa grande sagesse, le Président Jacques Chirac a fait en sorte que ce soit la Constitution française qui fixe les limites de l’Europe, ce qui est une précaution de taille pour tenir certains pays à l’écart du banquet commun.

C’est ainsi que, par les temps qui courent, le Parlement français dit l’Histoire par des lois et le Peuple français, la Géographie, par référendum.

On remarquera que personne, dans l’hémicycle, n’a fait la moindre objection à cet exposé de la politique balkanique de la France.

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